Juillet 10, 2022
Par Collectif Emma Goldman
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C’est une comĂ©die macabre Ă  laquelle nous assistons dans le dossier actuellement mĂ©diatisĂ© de la fonderie Horne Ă  Rouyn-Noranda. Les masques ont un temps tombĂ©. On a d’abord vu la direction nationale de la santĂ© publique du QuĂ©bec tentĂ© bĂȘtement d’expliquer sa tentative de dissimuler les faits des Ă©missions d’arsenic extrĂȘmement Ă©levĂ©es par la fonderie et les impacts de l’exposition des enfants et des plus grands Ă  ce poison. Pour tenter de nous faire avaler la pilule, celle-ci argumentait au dĂ©part que les emplois Ă©taient une question de santĂ© publique et qu’elle ne devait pas venir y nuire! Ce discours a bien sĂ»r de quoi inquiĂ©ter et rĂ©volter ; on en sait quelque chose au Saguenay-Lac-St-Jean avec l’Alcan qui lutte toujours pour empĂȘcher une reconnaissance des maladies industrielles chez ses travailleurs et travailleuses qui, par une supposĂ©e coĂŻncidence, meurent beaucoup plus jeunes. Le carnaval parlementaire a tĂŽt fait de s’emparer de l’enjeu mĂȘme si plusieurs de ses partis politiques partagent une responsabilitĂ© dans le droit de polluer offert Ă  la fonderie. C’est eux qui par Ă©lectoralisme ont fait de Rouyn-Noranda la ville du QuĂ©bec oĂč`les habitants et habitantes sont les plus exposĂ©-e-s Ă  l’arsenic. Pour rĂ©pondre au tollĂ©, le Premier ministre Legault a par la suite changĂ© de discours pour affirmer hypocritement que la santĂ© passerait avant l’Ă©conomie et qu’il pourrait fermer la fonderie si elle n’apportait pas des changements, sans prĂ©ciser de mesures quant Ă  ses attentes. Sa ligne a Ă©tĂ© reprise en choeur par ses ministres, ainsi que par la non-indĂ©pendante direction nationale de la santĂ© publique. La rĂ©solution de ce qui est, en particulier pour les rĂ©sidents et rĂ©sidentes de Rouyn-Noranda, une crise majeure se sera en dĂ©finitive rĂ©sumĂ©e en une opĂ©ration de relations publiques oĂč les responsables proclĂąment leur bonne foi et oĂč les droits acquis de polluer sont prĂ©servĂ©s.

La principale bĂ©nĂ©ficiaire de cette collaboration de l’État capitaliste est bien sĂ»r la multinationale extractiviste suisse Glencore, qui dĂ©tient la fonderie Horne. Glencore reprĂ©sente une des 50 plus grandes entreprises sur la planĂšte et ses activitĂ©s sont concentrĂ©es dans plusieurs des domaines les plus polluants. La multinationale est Ă  ce titre devenue championne dans les infractions aux normes environnementales. Avec ses moyens Ă©conomiques faramineux, l’entreprise s’est arrogĂ© un vĂ©ritable droit de polluer qu’elle cherche Ă  Ă©tendre toujours plus. Par exemple, au printemps, alors que la concentration de nickel dans l’air au port de QuĂ©bec (propriĂ©tĂ© de Glencore) inquiĂ©tait, la multinationale faisait partie des industriels qui ont fait penchĂ© le gouvernement pour un rehaussement des normes de concentration de nickel dans l’air. Alors qu’au QuĂ©bec, l’activitĂ© de prĂšs d’une vingtaine de lobbyistes de l’entreprise auprĂšs du gouvernement est bien connue, la multinationale fait face Ă  des accusations de corruption au Royaume-Uni, aux États-Unis et au BrĂ©sil et est sous enquĂȘte pour les mĂȘmes raisons au Pays-Bas et en Suisse. Les enveloppes brunes et les pots-de-vin au QuĂ©bec, on ne connait pas ça hein? Avec le systĂšme judiciaire que l’on a, ce n’est pas si surprenant.

Pour une décroissance libertaire

Tant qu’il y aura un arbre Ă  raser, une riviĂšre Ă  harnacher, une montagne Ă  raser pour le minerai, les multinationales, alliĂ©es des gouvernements, seront prĂ©sentes pour en tirer d’importants bĂ©nĂ©fices. Bien sĂ»r, elles ”crĂ©eront”  en Ă©change quelques emplois dans des rĂ©gions qui connaissent des taux chĂŽmages importants depuis de nombreuses annĂ©es et qui sont le produit d’un dĂ©veloppement basĂ© sur la mono-industrie. Mais que valent ces emplois dans un environnement saccagĂ© et  invivable?  Mais surtout qu’allons-nous faire quand la multinationale aura pliĂ© bagage une fois le sol Ă©puisĂ© et les millions amassĂ©s? Si nous persistons dans cette voie,  nous retournerons Ă  la case dĂ©part. La seule alternative : dĂ©cider maintenant de briser ce cycle de misĂšre et d’exploitation et construire une Ă©conomie basĂ©e sur la satisfaction de nos vĂ©ritables besoins et la pĂ©rennitĂ© des ressources. Face aux grands projets inutiles que veulent mettre de l’avant gouvernements et multinationales, nous devons non seulement rĂ©sister, mais crĂ©er nos propres alternatives Ă  ce systĂšme autodestructeur. Nous ne pouvons plus accepter les miettes de pain que la grande entreprise est disposĂ©e Ă  nous offrir pour ”assurer” pendant un temps notre ”bien-ĂȘtre”. Car ne nous leurrons pas, la seule chose de durable dans leur systĂšme c’est la misĂšre et la dĂ©solation qu’il engendre. Une dĂ©croissance libertaire, c’est-Ă -dire non pas l’arrĂȘt du dĂ©veloppement de nouvelles technologies qui facilitent et amĂ©liorent nos vies, mais l’arrĂȘt de la fabrication de marchandises inutiles qui alimentent cette sociĂ©tĂ© consumĂ©riste et qui nĂ©cessitent de plus en plus de ressources bien souvent exploitĂ©es dans les pays du Sud. Une sociĂ©tĂ© horizontale et Ă©galitaire basĂ©e sur nos besoins rĂ©els et construite en complicitĂ© avec les PremiĂšres Nations.




Source: Ucl-saguenay.blogspot.com