Novembre 26, 2021
Par Demain Le Grand Soir
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Car tout le monde le sait bien à Exarcheia : c’est la mafia qui a tué le dealer égyptien Habibi, et non des membres du groupe anarchiste. Certes, comme la plupart du mouvement social, Rouvikonas était clairement opposé à l’omniprésence du trafic en plein centre du quartier, inquiétant parfois les passant-es et provoquant souvent des bagarres… mais pas au point d’utiliser un mode opératoire qui n’est pas du tout le sien !

La place d’Exarcheia était auparavant le rendez-vous de magnifiques événements beaucoup plus fréquemment et, surtout, un haut-lieu des luttes depuis plusieurs décennies. Mais ces dernières années, l’État avait méthodiquement laissé la mafia se réinstaller, dans un bras de fer avec le mouvement social, tout en jouant les pompiers pyromanes à grands renforts de médias horrifiés par “la situation du quartier”.

Au sein des différents réseaux mafieux, les tensions étaient fortes. De surcroit, le dealer en question avait la réputation de se disputer avec beaucoup de monde et d’être particulièrement violent. Personne ne sait exactement ce qui lui est arrivé le jour de sa mort, en 2016, mais c’était manifestement un règlement de comptes, comme cela arrive plusieurs fois par an dans la pègre athénienne.

Un plan machiavélique contre les anarchistes

La police a saisi l’occasion parfaite pour tenter de fabriquer le coupable idéal… ou plus précisément deux coupables : deux membres actifs de Rouvikonas, l’un cofondateur du groupe et l’autre ancien combattant internationaliste du Rojava contre Daesh. À la manière de nombreuses machinations historiques contre des anarchistes (les martyrs de Haymarket dans les années 1880 à Chicago, Francisco Ferrer en 1909 à Barcelone, Sacco et Vanzetti dans les années 1920 dans le Massachussets, et tant d’autres), la police grecque a rassemblé des faux témoignages en échange d’arrangements judiciaires pour les signataires, pour la plupart des dealers menacés de prison.

À son arrivée au pouvoir durant l’été 2019, Kyriakos Mitsotakis avait promis de nettoyer Exarcheia et d’en finir avec Rouvikonas par tous les moyens possibles (sic). Le nouveau premier ministre de droite et plusieurs de ses ministres caressaient probablement le rêve de classer le groupe anarchiste parmi les organisations criminelles (avec les mêmes conséquences qu’Aube Dorée). En effet, condamner deux de ses membres pour meurtre aurait permis de frapper violemment l’ensemble du groupe, bien que ses pratiques n’avaient pourtant rien à voir avec celles de la pègre ou avec celles d’organisations révolutionnaires plus radicales dans leurs façons d’agir. Un plan machiavélique contre les anarchistes.

Oui, mais : un premier juge d’instruction avait prévenu que le dossier était insuffisant et avait lâché l’affaire, après une courte garde-à-vue de Giorgos et Nikos l’année passée.

Manifestement, le sommet de l’État a fait preuve d’insistance par la suite et a poussé pour un procès en grande pompe, tout en diffusant un maximum de boules puantes par des moyens anonymes que seuls des naïfs ou des jaloux ont pu croire (rappelons que le groupe Rouvikonas n’est pas composé que de Grecs, qu’il mène souvent des actions aux côtés d’autres collectifs, par exemple des Kurdes, et qu’il est également très féminin avec une section féministe en son sein). Lors de mes derniers déplacements en France, en Suisse et en Belgique, je ne compte pas le nombre de personnes qui m’ont demandé : « il parait que Rouvikonas a tué un migrant, est-ce vrai ? » Cette calomnie a même nui à plusieurs collectes en soutien du groupe et de ses actions, provoquant l’annulation de plusieurs soirées de solidarité ! Pour vous dire à quel point nous attendions avec impatience ce procès pour faire enfin taire la rumeur !

À l’inverse, depuis un mois et la révélation publique de la machination policière contre Rouvikonas, nous avons reçu une quinzaine de messages d’excuses de camarades et compagnons de luttes qui avaient été bernés. L’un d’eux a notamment écrit : « La présomption d’innocence est un principe dans la société, il est dommage qu’on s’emporte trop souvent dans les réseaux militants, dès la moindre rumeur malveillante contre untel ou untel. Il serait temps qu’on réfléchisse à ça, d’autant plus que les calomnies anonymes peuvent parfois provenir du camp d’en face en réalité, ou de règlement de comptes personnels. Je suis vraiment désolé. »

Lors de la première journée du procès, le 13 octobre à Athènes, les témoins à charge ont révélé qu’ils avaient été manipulés par la police, provoquant une onde de choc jusqu’au palais du premier ministre*.

Lors de la deuxième journée du procès le 29 octobre, ce fut à nouveau une pantalonnade ! Les derniers témoins prétendument à charge ont également innocenté nos camarades et confirmé la machination policière ! De l’autre côté, une sélection des nombreux témoins de la défense a défilé très vite à la barre pour rappeler tout ce que fait de formidable Rouvikonas, au cœur de la base sociale, pour aider, lutter, réfléchir et agir, sans jamais baisser les bras. De quoi gêner le pouvoir et provoquer son ire (et peut-être aussi rendre jaloux quelques militants narcissiques et cent fois moins actifs au point de participer à la rumeur). À la fin de la séance du 29 octobre, Giorgos et Nikos ont pris la parole à la barre, durant environ dix minutes chacun, démontant brillamment la tentative ignoble du pouvoir de les enfermer à vie en prison et de salir l’image de leur groupe. Comme le 13 octobre, le 29 fut une belle journée, mais nos regards étaient déjà tournés vers ce jeudi 25 novembre pour le troisième et dernier acte.

Un acquittement prononcé à l’unanimité ?

Que va-t-il se passer jeudi ? La séance commencera à 9 heures par le réquisitoire du procureur, puis par les plaidoiries des deux avocats, Anny et Kostas, et se terminera par la délibération. La décision sera prise par 7 personnes : 3 juges (dont le président) et 4 jurés.

Si l’acquittement est prononcé à l’unanimité des 7, il sera juridiquement impossible au procureur de faire appel. Par contre, une seule voix discordante et l’appel sera possible. Mais est-ce bien l’intérêt de l’État de faire durer cette histoire rocambolesque et lamentable ? Même s’il est impossible de savoir avec certitude quel a été le rôle de Mitsotakis dans l’ombre de cet infâme procès pour meurtre, ce n’est pas du tout son intérêt que l’on creuse plus longtemps sur ce qui s’est passé pour en arriver là : qui a donné les ordres ? Pourquoi ? Comment ? Ce n’est pas non plus l’intérêt de la police qui a subi un camouflet considérable, amplifié par l’unanimité des témoins prétendument à charge qui ont révélé la machination policière.

Parions sur un 7-0 pour ce jeudi, mais méfions-nous : en Grèce comme ailleurs, l’État est puissant et capable de tout. Il peut inventer n’importe quoi, provoquer un élément nouveau. Surtout quand il est en difficulté.

Pour l’instant, ce procès est un nouveau succès inoubliable pour le groupe anarchiste et toutes celles et ceux qui le soutiennent en Grèce et ailleurs.

Confirmation jeudi.

Yannis Youlountas po/ le comité international de soutien

Contact : [email protected]

Tél. 0030 694 593 90 80

https://www.youtube.com/watch?v=342ZzVVCm70




Source: Demainlegrandsoir.org