Tribune unitaire publiée par Mediapart le 19/08.

Roland Veuillet, gilet jaune, a Ă©tĂ© parmi les manifestants particuliĂšrement ciblĂ©s par les forces de rĂ©pression. L’accumulation de diverses mesures de rĂ©torsion et son refus de s’y soumettre l’a menĂ© en prison en dĂ©cembre 2019, puis en mai 2020. Il est toujours incarcĂ©rĂ©, Ă  l’isolement. Un ensemble de partis et collectifs dĂ©noncent l’« acharnement inacceptable Â» dont est victime le gilet jaune, cas emblĂ©matique de la rĂ©pression qui frappe les militants politiques.

Roland Veuillet, de tous les combats depuis des dĂ©cennies, est bien connu Ă  NĂźmes, oĂč il a travaillĂ© et vit, mais aussi nationalement depuis 2003. Il avait Ă©tĂ© sanctionnĂ© par l’Éducation nationale pour son soutien aux luttes contre la destruction du statut des MI-SE (les « pion·ne·s Â»), et pour son engagement total dans les luttes contre la dĂ©centralisation et la rĂ©forme Raffarin des retraites. RetraitĂ© de l’Éducation nationale, mais sĂ»rement pas des combats sociaux et politiques, Roland s’est engagĂ© Ă  fond avec les Gilets Jaunes particuliĂšrement actifs et actives dans le Gard. De tous les ronds-points et manifs, Roland a Ă©tĂ© parmi les Gilets Jaunes particuliĂšrement ciblĂ©s par les forces de rĂ©pression. ContrĂŽles policiers Ă  rĂ©pĂ©titions, perquisitions violentes, amendes, poursuites judiciaires, Roland a connu personnellement toutes ces formes de rĂ©pression qui ont visĂ© les Gilets Jaunes, comme les autres mouvements sociaux ces derniĂšres annĂ©es. RĂ©pression qui vise Ă  dissuader de manifester, de revendiquer, de contester. RĂ©pression qui vise Ă  briser pour l’exemple celles et ceux qu’elle ne dissuade pas, comme Roland.

L’accumulation de ces diverses mesures de rĂ©torsion et son refus de s’y soumettre ont conduit Roland Ă  systĂ©matiquement dĂ©noncer tant la rĂ©pression policiĂšre que judiciaire, ce qui l’a menĂ© en prison en dĂ©cembre 2019. PlacĂ© en dĂ©tention provisoire dans l’attente d’un procĂšs, alors qu’il ne reprĂ©sentait en rien une menace pour la sociĂ©tĂ©, il a fallu une grĂšve de la faim et de la soif de 15 jours relayĂ©es par son comitĂ© de soutien pour obtenir sa remise en libertĂ©. Remise en libertĂ© assortie d’un contrĂŽle judiciaire particuliĂšrement inique puisque Roland devait pointer 3 fois par semaine au commissariat (dont il avait dĂ©noncĂ© les violences policiĂšres rĂ©currentes contre les Gilets Jaunes) et avait interdiction de participer Ă  une manifestation. Il a respectĂ© ces conditions, tout en les dĂ©nonçant, en particulier dans une Lettre ouverte au procureur de NĂźmes et a lancĂ© une pĂ©tition « DĂ©fendre le droit de manifester Â» qui a recueilli Ă  ce jour prĂšs de 27 000 signatures. Il a Ă©galement saisi le Conseil supĂ©rieur de la Magistrature pour demander le dĂ©paysement de son procĂšs pour ne pas ĂȘtre jugĂ© par une juridiction qu’il avait largement dĂ©noncĂ©e.

Incarcéré depuis le 31 mai

Le 31 mai dernier, Roland est de nouveau incarcĂ©rĂ© car il est contrĂŽlĂ© sur un rond-point avec un groupe de Gilets Jaunes (qui ne bloquent rien mais sont simplement rĂ©uni.e.s). Cela suffit aux instances pour considĂ©rer qu’il s’agit d’une rupture des mesures de libertĂ© conditionnelle. Roland se retrouve donc de nouveau enfermĂ© dans une prison de NĂźmes surpeuplĂ©e avec tout ce que cela veut dire : 3 dĂ©tenus par cellule, insalubritĂ©, chaleur insupportable, mĂ©pris des droits humains. C’est dans ces conditions qu’il a dĂ» prĂ©parer un procĂšs avancĂ© du mois de novembre au 2 juillet, alors qu’il dormait sur un matelas par terre et n’avait accĂšs Ă  aucun document pour prĂ©parer sa dĂ©fense.

Condamné depuis le 2 juillet

Son procĂšs se tient sans public sous prĂ©texte d’épidĂ©mie. D’aprĂšs les journalistes prĂ©sents, les dossiers d’accusation sont Ă  peu prĂšs vides. Ce qui n’empĂȘche pas la condamnation de tomber : 1 ans de prison, dont 6 mois ferme et mandat de dĂ©pĂŽt. Et donc, pour Roland, retour en prison. Quelques jours aprĂšs, le 8 juillet, la Cour de cassation saisie sur la situation indigne dans cette prison rend un arrĂȘt autorisant tous les dĂ©tenus en prĂ©ventive Ă  demander leur libĂ©ration. Roland est celui qui diffuse la nouvelle et accompagne les dĂ©tenus qui peuvent faire cette dĂ©marche, alors que l’administration, de son cĂŽtĂ©, n’a pas communiquĂ©.

Au « mitard Â» depuis le 17 juillet

Le 17 juillet, plusieurs dizaines de dĂ©tenus refusent de regagner leur cellule Ă  la fin de la promenade. Roland est considĂ©rĂ© comme un des responsables de cette action de revendication contre les conditions indignes d’incarcĂ©ration, et est placĂ© par dĂ©cision administrative en cellule d’isolement : le « mitard Â». C’est une dĂ©gradation supplĂ©mentaire des conditions de dĂ©tention (insalubritĂ©, 1 heure de sortie par jour, arbitraire pour la circulation du courrier
).

Nous dĂ©nonçons cet acharnement inacceptable. Roland Veuillet est un cas parmi des centaines de cas de rĂ©pression, mais c’est un cas emblĂ©matique. Il est en prison parce que militant, il est Ă  l’isolement, parce qu’il continue de dĂ©fendre les droits de tous les dĂ©tenus.

Roland Veuillet n’a rien Ă  faire en prison, libĂ©rez Roland Veuillet !

Signataires :

  • Ensemble !
  • Fondation Copernic
  • La France insoumise
  • Nouveau Parti Anticapitaliste
  • Lutte OuvriĂšre
  • Union syndicale Solidaires
  • Union communiste libertaire

Article publié le 19 AoĂ»t 2020 sur Solidaires.org