Pierre-Joseph Proudhon est un con !

« Pierre-Joseph Proudhon est un con ! »
Hurlait une adolescente en bord de plage.
Les poings sur les hanches et vert de rage
Elle vociférait contre ses postulations.

Dans la lignée d’« Élections, pièges à cons »
Qui conduit à réserver à la carte en usage
Un sort identique à nos cartons d’emballage
La jeune femme s’époumonait contre le trublion.

Le libelliste franc-comtois n’est pas le parangon
Du fumier ordinaire qui se prĂŞte aux saccages
De l’ordure caractérisée qui multiplie les outrages
Du tenant zélé de la mainmise et de l’exploitation.

Pourquoi agonir d’injures en baie de Quiberon
Un fils de tonnelier mort dans la fleur de l’âge
Et aussi apeurer les vacanciers au passage
Eux dont ce n’est pas la préoccupation ?

Lire un manifeste contre l’appropriation
De préférence à Martine fait le ménage
C’est désirer un bout de fromage
Et renoncer aux délices du calisson.

Personne ne réussit à la ramener à la raison
Elle refusa toute tentative d’arbitrage.
A ses parents on souhaita bien du courage :
« Une horreur ! Votre fille a l’égalité pour passion ! »

***

« La propriété, c’est le vol », non, non et non !
La propriété est un crime, s’époumonait-elle en nages.
Pour échapper à la furie et à l’orage
Les familles se repliaient derrière les cabanons.

« Une femme qui exerce son intelligence devient laide, folle et guenon »
Sérieusement, c’est pour faire du tapage
Ou réellement tu participes à ces commérages
Apostrophait-elle le typographe de Besançon ?

Et cela aillait crescendo et sans altération
Les estivants rangeaient leurs bagages
Les baigneurs s’éclipsaient à la nage
Pour Ă©chapper au flux de son argumentation.

Un moment, je me suis mis au diapason
Prenant les gens à témoin et en otages
Rameutant les bronzés des parages
MĂŞlant ma voix Ă  la sienne en canon.

Elle reprit de plus belle sa péroraison
D’aucuns parlant déjà de la mettre en cage
De solliciter les services d’un tueur à gages
Pour profiter Ă  plein de la saison.

Elle symbolisait parfaitement la déraison
Pour l’ensemble des têtes blondes bien sages.
« Doux Jésus, faîtes qu’elle dégage ! »
Crachaient les maîtresses de maison.

***

« Pierre-Joseph Proudhon est un con
Mais il y a du monde dans son sillage.
La connerie n’est pas son apanage »
Lançait-elle bravache à la population.

« Ses insanités misogynes sont légion
Au lieu de quoi et sans ambages
Aux femmes il aurait dĂ» rendre hommage
Elles portent haut les couleurs de la RĂ©volution.

Mais il ne s’est jamais satisfait du ronron
Il refusait que le monde soit une gare de triage.
Quoique barbu, tout le contraire d’une figure de roi mage
Et vous ? Ça donne quoi la pêche au plancton ? »

CĂ©d.


Article publié le 10 AoĂ»t 2020 sur Monde-libertaire.fr