La Revue de stress est un exercice collectif auquel nous vous invitons à participer ! Ça se passe sur ce pad. A vos claviers !

De sang et de boue

L’insécurité, la saleté, et les porcs sauvages [2] règnent dans ce pays décadant.

Heureusement, l’inénarrable Moudenc de la ville de Béziers, aka Robert Ménard, prend en main le fléau des déjections canines sur les trottoirs. Pour mieux sanctionner les maitres scato-friendly, il prévoit à partir d’octobre 2016 de rendre obligatoire le fichage ADN des chiens de la ville. Contravention pour un chien non fiché ou, après enquête effectuée grâce au grand savoir-faire de la police, contravention pour une crotte sauvage dont on peut retrouver le propriétaire génétique. Beau projet de société : tout régler par la technologie et la répression ; engraisser un labo et forcer chacunE à être sa propre police au quotidien pour ne pas payer d’employés municipaux. [3]

De l’autre côté des Corbières, en Ariège, les chasseurs ne prennent pas autant de pincettes pour assurer la veille sanitaire et l’hygiène : on commence par abattre les gros porcs [4], et l’analyse vient seulement ensuite, pour dépister la trichinellose, histoire que le banquet gaulois ne se transforme pas en oraison funèbre.

À Toulouse, la police harcèle pour le moment surtout les humains [5] en appliquant l’arrêté anti-alcool en vigueur toute l’année. Malgré cela, “les excès en tout genre n’évoluent pas à la baisse“, selon les membres de l’association “apolitique” Bien Vivre Toulouse Centre (BVTC)créée en juillet 2014 par des habitants du centre-ville exaspérés par la violation des réglementations locales et nationales en tous genres [6], qui ont rencontré lundi place Saint-Pierre l’élue Julie Escudier pour exiger que des mesures plus fermes soient prises. [7]

C’est sans doute grâce à ce genre de mesures salutaires que le commerce du centre ville se porte aussi bien, avec 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier. La galerie Reflets Compans rénovée ouvrira ses portes dans quelques mois, mais “c’est surtout vers l’Espace Saint-Georges que les professionnels du commerce regardent” … pour augmenter leurs profits.

Une tranquillité à peine écornée par le mouvement Nuit Debout qui se poursuit dans des dizaines de villes. Ce qui n’est pas du goût de Nicolas Sarkozy, pour qui : “Nous ne pouvons pas accepter que des gens qui n’ont rien dans le cerveau viennent sur la place de la République donner des leçons à la démocratie française.” Ni tous ces “lycéens manipulés” qui “bloquent des lycées pour protester contre [la loi Travail] dans laquelle il n’y a rien“. ManipuléEs, les lycéenNEs ? Sûrement encore un coup de notre camarade prof de philo !

D’ailleurs, on peut pas non plus accepter ces “étrangers en situation irrégulière [qui] occupent des établissements publics ou des églises”, comme le lycée Jean Jaurès à Paris, alors qu’illes étaient si paisiblement installéEs à Stalingrad !

Le chiffre d’affaire des commerces toulousains dépasse le milliard malgré le vol récent de la caisse d’un Super U, apparemment par “rancoeur” contre l’employeur qui avait refusé un CDI à un de ses employés en CDD. Une histoire qui s’est malheureusement finie à Seysses pour les deux personnes interpellées par malchance en flag suite à un contrôle…

Petite consolation quand même : quelques véhicules de notre si douce métropole sécuritaire et policée sont semble-il mystérieusement partis en fumée dans un entrepôt après qu’une grille y permettant l’accès ait été sectionnée…

ACAB

Qui a dit que les luttes n’étaient pas entendues ? Après trois journées de mobilisation marquées par des actions fortes encore ancrées dans les esprits, telles que le fameux dépôt des casques des motards au pied de leurs machines ou la non surveillance du Capitole pendant une heure, les autorités n’ont eu d’autre solution que de donner satisfaction à nos chers policiers municipaux : les supporters de l’Euro auront l’honneur d’être accompagnéEs par des patrouilles municipales armées. On apprend au passage que les flics ne sont “toujours pas formés au maniement des armes”… mais après tout cela fait aussi partie du folklore ! Et pour une ambiance encore plus festive, la municipalité avoue ne pas être “fermée à l’idée d’équiper les policiers d’un flashball, en plus du 38 spécial, mais que cela demanderait du temps“. Dommage, on a hâte !

Une bonne nouvelle donc pour les flics toulousains, qui, pour montrer leur gratitude, n’hésitent pas à faire un peu de bénévolat en arrêtant des voleurs pendant leurs congés !

Mais comme d’habitude, les habitantEs de Bellefontaine jouent les rabat-joie. Deux fois dans la même soirée illes ont caillassé les bleus, qui n’ont “pas eu d’autres choix que de tirer des grenades lacrymogènes.” Heureusement, un individu de 15 ans a été interpellé. Et Moudenc applaudit des deux mains !

Sans parler de ce “fait divers” que La Dépêche nous glisse entre un article sur le régime d’Angelina Jolie et le commerce de viande de chiens en Corée : deux “engins incendiaires” ont atteris inopinément sur le commissariat de Jolimont. Comme ça, en passant… [8]

Mais ne nous minons pas le moral. Grâce à l’Euro 2016, la Ville de Toulouse s’apprête à créer 600 emplois… dont 400 dans la sécurité ! Quelle aubaine !

Ce qui achève de nous rassurer, c’est que quand bien même les effectifs viendraient à manquer, on pourrait toujours faire comme à Strasbourg, où les flics n’hésitent pas à faire appel aux militaires pour les épauler dans leur mission de maintien de l’ordre !

En termes de maintien de l’ordre, Jean-Luc, quant à lui, en appelle à une coopération plus forte entre les pouvoirs publics et les organisateurs de manif, pour éviter que des “perturbateurs ne se glissent dans le cortège”, comme cela s’est encore vu lors de la manifestation du jeudi 28 avril :

Planète Aïe Tech

Si vous ne l’aviez pas encore senti vibrer en vous, La Dépêche vous informe : nous vivons en ce moment un exceptionnel “alignement des planètes industrie et aéronautique” ! Un événement “tout à fait bénéfique pour l’avenir économique” de l’Ariège, où deux usines de production de pièces en titane sont en cours de construction, l’une à Varilhes et l’autre Mazères, formant une sorte de “Titane vallée“. Les randonneurses risquent d’avoir mal aux pieds.

L’influence astrale semble aussi particulièrement intense du côté de Blagnac, où la première pierre du nouveau siège mondial du groupe Airbus [9] a été posée au sud de l’aéroport, près de la rue Velasquez. Un chantier de plus dans ce bled déjà bien convoité.

À Saint-Alban, l’horoscope annonce l’arrivée prochaine, au cours de l’été, d’un nouveau robot super cher dans l’usine de Sud Aéro, qui va créer plein d’emplois et éviter les tâches pénibles. Cet hôte de marque sera accueilli par Actemium Toulouse Robotique et Automation, filiale de Vinci Énergies. [10]

Une grand-messe intersidérale sera tenue à l’occasion au centre de congrès Pierre Baudis [11] du 28 au 30 juin, où près de 2 000 participants de 40 pays sont attendus pour le “Toulouse space show“. [12]

Et au cas (improbable) où ces gens là voudraient encore habiter sur Terre, ils pourront gagner du temps en configurant votre logement grâce à un logiciel de réalité virtuelle, disponible moyennant finances au “UrbiStore” qui ouvrira au mois de juille au 9 rue du rempart Saint-Étienne.

En dépit tous ces bons chakras, Toulouse vient de perdre son label “Initiative d’excellence” [13], pour lequel elle avait bénéficié d’une aide financière de 750 millions d’euros.

Peut-être que les dégradations commises au début du mois d’avril sur le campus du Mirail, pour lesquelles Minovez l’a mauvaise et vient de porter plainte, y sont pour quelque chose ? Non, arrêtons de rêver.

A Genève, en revanche, c’est bien l’action d’une “fouine déterminée” qui a réussi à bloquer le LHC du CERN (comprendre : le Grand Collisionneur de Hadrons du Centre Européen de Recherche Nucléaire).

Merdias

Parce que c’est vrai qu’on est en manque d’info régionale de qualité, un nouveau projet de télévision régionale en LRMP [14] est dans les tuyaux.

En attendant, la Dépêche répond présente pour s’émerveiller des inepties locales comme le marché… de l’eau en bouteille

Beau travail de désinformation aussi cette semaine autour de la contestation de la loi “Travaille !”, notamment au détour du bel article de La Dépêche joliment intitulé Manif contre la loi Travail à Toulouse : qui sont les casseurs ?” Le journal, qui ne se cache pas d’avoir pour source le très objectif “responsable du syndicat Police Force Ouvrière“, nous apprend que le 28 avril “Plusieurs groupes très mobiles ont attaqué les policiers. Ils étaient spécifiquement sur la manifestation pour en découdre. Ils étaient équipés, cagoulés, armés de barres de fer, de pavés, de canettes.” Le journal oublie ainsi de mentionner nos Kalashnikov et autres ceintures d’explosif. Mais prend tout de même le temps de nous rassurer : “Les fauteurs de trouble font-ils partie du mouvement ’Nuit Debout’ ? ’Je refuse de faire cet amalgame’, répond Cédric Caubère, le secrétaire général de la CGT 31’“.

Même stratégie de division des manifestantEs dans l’article de la veille qui nous raconte qu’une “cinquantaine de personnes ont multiplié les dégradations en centre ville peu après 23h30. (…) Dans un premier temps, il a été dit qu’il s’agissait de manifestants rassemblés autour de la place du Capitole dans le cadre du mouvement Nuit Debout. Or, ces individus pourraient n’avoir aucun lien avec les Toulousains adeptes de démocratie participative.” Et La Dépêche de rajouter une couche : “Ils n’étaient pas là pour échanger sur la société de demain, croyez-moi’, raconte une jeune femme qui en a vus une dizaine prendre la direction de la rue des Lois en lançant un pétard. Ce qu’elle n’a pas vu en revanche, c’est qu’à peine le dos tourné les casseurs ont enfilé des cagoules pour commettre leurs méfaits plus loin.” Moralité : ne tournez jamais le dos à un casseur.

Sinon, affaire à suivre : on a remarqué plusieurs “buzz” médiatiques ces derniers temps au sujet du harcèlement des femmes, dont le dernier en date concerne l’histoire d’un mec qui est intervenu pour stopper une aggression dans le métro. D’un autre article on pourra surtout retenir le lien vers une page Facebook “Stop au harcèlement de rue Toulouse” avec pas mal de témoignages.

Et pour finir, parce que ça rentre pas trop dans les catégories… Dans un article titré “L’esclavage moderne livré à domicile“, l’Humanité revient sur le Uber de la livraison en vélo, dont on vous parlait ici. On y apprend que onze salariéEs, oups, entrepreneurEs, ont traîné Take Eat Easy aux prud’hommes. Il semble que leurs arguments aient fait mouche puisque “sept d’entre elleux ont accepté une somme en phase de conciliation”. Pour les autres, une audience est prévue le 5 mai.




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