La loi italienne sur la “légalisation” des migrant·e·s est un flop

En mai, le ministre de l’agriculture avait annoncé que jusqu’à 600 000 sans-papiers seraient régularisé·e·s à titre temporaire pour promouvoir le développement économique. Jusqu’à présent, cependant, le ministère n’a reçu que 32 000 demandes, principalement de la part d’aides domestiques et de soignant·e·s privé·e·s, c’est-à-dire pas de travailleurs et travailleuses des récoltes.

Les raisons en sont à la fois la complexité des procédures et la réticence des entrepreneurs à admettre qu’ils ont déjà eu recours à une main-d’œuvre clandestine et à payer 500 € par procédure, ainsi que l’absence de documents prouvant la durée de séjour des personnes migrantes en Italie.

La résistance contre ces conditions de régularisation a été portée dans la rue le week-end dernier par le groupe “Forum Antirazzista Palermo”.

Ils critiquent les conditions injustes de la loi, qui n’est appliquée que dans les quatre secteurs de l’agriculture, de la pêche, des soins et de l’aide domestique. Cela déshumanise les migrant·e·s qui deviennent de simples outils de travail et en excluent beaucoup à cause de la couleur de leur peau : “En Italie, il y a 700 000 personnes invisibles, femmes et hommes, qui ne peuvent pas obtenir de permis de séjour à cause des lois italiennes et européennes sur l’immigration qui les ont rendus illégaux ces dix dernières années. La récente amnistie de Bellanova exclut la plupart de ces personnes”. L’initiative demande donc l’extension immédiate des procédures de régularisation à tous les domaines de travail et à toutes les personnes (même si leur permis de séjour est expiré depuis longtemps), ainsi que la délivrance d’un permis de séjour pour chercher du travail ou pour des urgences sanitaires et la suppression des coûts de la procédure.

Sources :

Les Etats européens financent un nouveau système de surveillance au large de la Tunisie

Un nouveau dispositif de contrôle des côtes tunisiennes vise à prévenir la “migration irrégulière” à travers la Méditerranée. Il s’agit du “Système intégré de surveillance maritime” (ISMariS), financé par la Suisse et l’UE. Il complète, entre autres, la mission militaire “Irini” et la mission Frontex “Themis”.

L’ISMariS est destiné à rassembler le plus d’informations possible de toutes les autorités et à être compatible avec les dispositifs existants des autorités en Tunisie, y compris les systèmes de commandement et de contrôle des gardes-côtes, les systèmes radar, les émetteurs et récepteurs de positionnement, les équipements de vision nocturne et les capteurs thermiques et optiques. L’élément probablement le plus important de “ISMariS” pour l’Europe est un système de communication qui y est également inclus. Ce dispositif vise à permettre aux garde-côtes et à la marine d’échanger des informations avec l’Italie et d’autres États membres de l’UE “afin d’améliorer la coopération opérationnelle”, par exemple avec Frontex et EUROSUR, le système de surveillance paneuropéen de l’agence européenne pour la gestion des frontières. Frontex surveille déjà les régions côtières au large de la Libye et de la Tunisie, entre autres à l’aide de satellites et d’un service aérien.

La Méditerranée est l’une des régions les mieux surveillées au monde, mais les personnes dans le besoin sont de plus en plus rarement secourues par les États membres de l’UE. Au lieu de cela, les États aident les garde-côtes tunisiens ou libyens à refouler les exilé·e·s, et cela souvent par la force.

Égée : une barrière frontalière flottante, des agresseurs masqué·e·s et la banalisation des refoulements

Au début de l’année, le gouvernement raciste grec a annoncé la construction d’une barrière flottante contre les migrant·e·s (en fuite) au nord-est de l’île de Lesbos. Selon le portail d’information Real et l’agence de presse AFP, le projet répressif sera désormais mis en œuvre à la fin du mois d’août.

La barrière de 2,7 km de long coûte un demi-million d’euros. Des lampes puissantes doivent rendre ce symbole de la forteresse Europe visible jusqu’à 10 kilomètres. Pour faire respecter cette clôture, ni la morale ni les lois ne s’appliquent dans la mer Égée se situant entre la Grèce et la Turquie. Tous les moyens sont bons.

En juin, des canots pneumatiques sur lequel étaient des exilé·e·s ont été attaqués à plusieurs reprises par des personnes masquées qui ont détruit leurs bateaux. Une vidéo et des images documentent par exemple un incident survenu le 4 juin. Ils montrent le trou dans le bateau, le moteur détruit et les personnes qui sautent finalement dans l’eau pour pousser le bateau en direction de Lesbos. L’attaque a été menée sous le regard des garde-côtes grecs. Ils étaient constamment à proximité. Un survivant a expliqué au journal en ligne DW que les personnes masquées étaient des policiers grecs venus du bateau des garde-côtes et étaient en contact permanent avec lui. Le groupe Belingcat a également pu prouver que le bateau des auteurs de violence masqués provenait des garde-côtes grecs.

En dehors de ces attaques, de plus en plus de refoulements ont lieu. Le fait que le refoulement de bateaux d’exilé·e·s allant des eaux grecques vers les eaux turques ne mette pas seulement des vies en danger, mais viole également tous les accords et lois imaginables, ne dérange plus guère les acteurs officiels. Le racisme qui prévaut a diminué la valeur de la vie d’une personne en fuite au point que les décès peuvent être acceptés politiquement sans danger.

  • Source du groupe Belingcat ici
  • Journal en ligne DW ici
  • Infomigrants ici

Article publié le 14 Juil 2020 sur Renverse.co