Quoi de neuf ?

Saisie du Ocean Viking – dernier navire de sauvetage civil en Méditerrannée

Suite à une série de tracasseries causées par des modifications de la législation et des allégations non fondées de défaillances en matière de sécurité, l’ensemble de la flotte de navires civils pour le sauvetage en mer est désormais immobilisée par les autorités européennes. Dans le cas du Ocean Viking, la principale raison invoquée est que le navire transportait plus de personnes que ne le permettait le certificat de sécurité. Une revendication cynique, peut-on sauver trop de gens en mer ? Peut-on comparer ces bateaux de sauvetage à une croisière où le nombre de passagers ou passagères est limité ? Quelle aurait été l’alternative – laisser une portion arbitraire ou choisie de la population se noyer parce que « le bateau est plein » ? Sortir les gens de la détresse est un devoir, pas une décision. #FreeTheShips

Lors de la réunion des ministres de l’intérieur de l’UE, une volonté commune de repli sur soi

Les 22 et 23 juillet a eu lieu à Vienne une rencontre de certains ministres de l’intérieur de l’UE sur « la lutte contre l’immigration clandestine ». Outre les ministres d’Allemagne, du Danemark, de la Grèce, de la Slovénie, de la République tchèque et de la Hongrie, des représentant·e·s de la Suisse, de la Commission européenne, de FRONTEX (Agence européenne des frontières et des garde-côtes) et de l’ICMPD (Centre international pour le développement des politiques migratoires) ont été invité·e·s par le ministre de l’intérieur autrichien Karl Nehammer (ÖVP).

Et qu’est-ce qui est ressorti de ces deux jours d’échanges intensifs ? Tout le monde s’accorde à dire que les États veulent coopérer plus étroitement pour pouvoir se verrouiller plus efficacement. Lors de la conférence de presse, Nehammer a parlé d’un succès surprenant. Il a été impressionné par la détermination commune des acteurs et actrices participant·e·s. Même les États qui ne parviennent que rarement à un accord au niveau de l’UE semblaient partager une même attitude, celle d’un cloisonnement encore plus grand et, adoptaient, selon lui, pour une fois une stratégie axée sur des solutions.

Pour ce faire, il est prévu, premièrement, de créer un nouvel office de coordination pour la gestion des migrations. Deuxièmement, d’accélérer les procédures d’asile et les expulsions. Et, troisièmement, de promouvoir le développement de la protection des frontières. Le changement le plus important, cela dit, concerne probablement ces nouveaux centres de coordination. Ceux-ci visent à renforcer la coopération entre les différentes institutions et agences de l’UE existantes (telles que Frontex) et les États concernés en matière de protection des frontières, de politique d’asile et de migration. Entre autres choses, le « trafic d’êtres humains » devrait être combattu plus efficacement (cela se traduit généralement simplement par plus de murs et de soldats aux frontières). La coordination des renvois devrait en plus être améliorée. Les détails de ce projet seront mis au point à l’automne.

Selon la taille et la conception de cette plateforme de coordination, cela pourrait entraîner d’énormes gains d’efficacité et renforcer encore l’administration des personnes exilées. Dans certains cas, cela a déjà eu lieu dans le cadre de la restructuration de Frontex. Depuis cette moment-là, l’agence fonctionne, entre autres, comme une institution d’expulsions, qui, d’une part, effectue des renvois coordonnés, soit de manière indépendante, soit pour le compte des États et, d’autre part, les finance. L’Allemagne, en particulier, fait souvent appel à cette offre. En conséquence, la part des vols charter lors d’expulsions a augmenté de manière significative. Bien que les vols charters soient généralement plus chers que les renvois s’effectuant par les vols de ligne, ils présentent un avantage décisif du point de vue des autorités : contrairement aux vols de ligne, il n’y a pas de tiers qui pourraient interférer avec l’expulsion ou d’en témoigner par la suite. Ces expulsions sont donc probablement beaucoup plus violentes, car si en 2019, environ 25 % des expulsions ont été effectuées par des vols charters, seuls 0,3 % des expulsions qui ont été annulées en raison de la résistance des personnes concernées ont eu lieu lors de ces déportations collectives. De nombreux rapports font état d’un recours systématique à la force au cours des expulsions. Mais précisément parce que les expulsions n’ont généralement pas lieu en public, cette violence policière n’est ni vue ni condamnée.

En outre, Frontex est en train de constituer un groupe d’expert·e·s « accompagnateurs et accompagnatrices de renvois » (forced return escorts). Il s’agit de policiers et policières et de gardes-frontières des États membres de Frontex d’où partent les expulsions et qui peuvent être déployé·e·s de manière flexible dans d’autres pays. Actuellement, on compte 690 « expert·e·s » de ce type.

Le ministère public italien prépare une plainte concernant les refoulements vers la Libye

Un procès est en préparation en Italie. Il est dirigé contre le capitaine du navire Asso Ventotto et le responsable de la compagnie maritime Augusta Offshore. En juillet 2018, ils ont ramené en Libye plus d’une centaine de personnes qu’ils avaient précédemment secourues en mer. La Libye est en guerre civile et n’offre aucun port sécurre. C’est une violation du droit international que de faire entrer des personnes dans le pays où elles sont à nouveau menacées d’internement, de torture et de mort. Les autorités italiennes n’ont pas été informées. Puisque les exilé·e·s sont entré·e·s sur le territoire italien à bord des navires, le débarquement aurait dû être coordonné par les autorités italiennes.

Le capitaine a affirmé avoir contacté le centre de contrôle libyen. Cependant, selon les enquêtes du ministère public de Naples, il n’a notifié aucune autorité et a arbitrairement conduit les personnes en Libye et leur a refusé le droit de demander l’asile en Italie. Au cours des enquêtes, le ministère public a également eu connaissance d’une deuxième affaire dans laquelle des navires appartenant à la même compagnie maritime auraient reconduit au moins 276 personnes en Libye. Ce cas devrait être inclus dans la plainte.

Cette plainte est la première du genre et est potentiellement significative car les rapatriements vers la Libye sont à présent quotidiens. La plupart des refoulements sont effectués par les soi-disant garde-côtes libyens, qui sont payés et formés par l’Europe, afin que les pays européens puissent se déguiser en innocents. On peut donc également se demander quel est l’intérêt des autorités italiennes à clarifier et condamner cette situation. En effet, celles-ci n’ont pas commenté les questions parlementaires sur le sujet depuis 2018 et maintiennent les documents secrets.

Qu’est-ce qui se passe-t-il au niveau de l’État ?

L’alibi de la prévention de la torture par la Suisse officielle

La Commission nationale pour la prévention de la torture (CNPT) accompagne toutes les expulsions forcées de niveau 4 par voie aérienne ou maritime (partant de Sète en France vers le Maroc). Les retours forcés sont l’une des manifestations les plus brutales de la violence néocoloniale utilisée en Suisse contre des individus ou des familles. Les décisions administratives des autorités suffisent pour expulser par la force et la coercition des personnes qui ont subi un parcours migratoire (de fuite) – pouvant durer des années et mettre leur vie en danger – vers des États qui sont pour la plupart sous domination néocoloniale. La tâche de la CNPT est d’établir un rapport annuel sur la « proportionnalité » de cette violence disproportionnée. D’avril 2019 à mars 2020, huit personnes ont donc été payées pour assister aux renvois forcés.

La violence de niveau 4 a touché un total de 111 personnes au cours de la période considérée, dont 16 familles et 28 enfants. Dix-huit personnes ont été expulsées avec des contraintes corporelles intégrales. Quatre familles ont été séparées et expulsées des moments différents. Une famille avec quatre enfants a été arrêtée dans le centre de renvoi dans son dortoir par 20 policiers et policières armé·e·s. Elle a été conduite à l’aéroport au moyen de lumières bleues et de sirènes tournoyantes.

Il y a en moyenne un vol spécial tous les 10 jours. 18 vols spéciaux ont eu comme destination des États européens de Dublin, 16 des États non européens. Seules trois personnes ont été autorisées à passer un appel téléphonique avant le départ. Tous les autres ne pouvaient pas informer leurs parents ou leurs connaissances qu’ils ou elles étaient désormais expulsé·e·s. Pourtant, les normes internationales le prévoiraient. Les normes interdiraient également la fixation préventive de menottes dans le dos ou sur les pieds. Bien que la CNPT l’ait critiqué à plusieurs reprises, cela se produit toujours. La CNPT a également recommandé que les gens ne soient pas surpris dans les cellules sans avertissement. Néanmoins, cela s’est à nouveau produit. Dans un autre cas, les policiers ou policières ont pressé un homme sur le sol pendant 25 minutes après qu’il se soit blessé avec un rasoir.

Il est frappant de constater que la CNPT n’a, en matière de torture, pas grand chose à dire. Elle ne fait que des recommandations, qui n’ont aucune obligation d’être suivies. Elle a ainsi perdu un combat contre le Secrétariat d’État aux migrations (SEM). La CNPT a proposé de renoncer aux expulsions forcées à partir de la 28e semaine de grossesse. C’était trop mou pour le SEM qui a insisté sur les expulsions des femmes enceintes jusqu’à 32 semaines.

Mais le plus absurde est que la CNPT n’a ni le mandat ni les moyens de savoir si les personnes expulsées souffrent de torture, reçoivent de mauvais traitements médicaux ou sont victimes de discrimination après leur expulsion. Le risque de torture est probablement le plus élevé à ce moment-là Après tout, de nombreuses personnes expulsées ont fui l’État vers lequel la Suisse les renvoie de force par crainte de persécution. Mais la Suisse officielle ne s’en soucie évidemment pas du tout.

Qu’est-ce qui a été remarqué ?

Le rôle de la société de conseil McKinsey dans le régime d’asile européen

Les journaux BIRN et DER SPIEGEL ont mené un enquête approfondie sur le géant néolibéral McKinsey, une société de conseil, et ont démontré comment celui-ci influence en arrière-plan les politiques européennes de repli sur soi. En 2016 et 2017, McKinsey a été engagé pour « maximiser la productivité » dans les Hotspots des îles grecques, c’est-à-dire pour établir des recommandations afin de traiter le plus grand nombre possible de procédures d’asile dans un délai aussi court que possible. Lors de l’enquête, il s’est avéré que ni les autorités étatiques, ni la société privée McKinsey ne voulaient autoriser la transparence. Il a fallu des mois pour découvrir que McKinsey avait encaissé 992 000 euros pour prêcher aux autorités les mantras néo-libéraux qui sont habituellement utilisés par les entreprises qui veulent voir leurs taux de profit grimper en flèche sur le dos de leurs employés.

Bien que l’ensemble du rapport n’ait jamais été mis à la disposition du public, certaines des mesures proposées ont été rendues publiques. La productivité du système d’asile, par exemple, devait être augmentée de cette manière :

  • Des périodes de formation plus courtes pour le personnel, afin qu’il puisse examiner les demandes d’asile plus rapidement et de manière plus productive.
  • Réduire le nombre de demandes d’asile en décourageant davantage les exilé·e·s à demander l’asile ou de faire appel et en les persuadant de plutôt opter pour le « retour volontaire ». Cela doit commencer dès le point d’arrivée des demandeurs et demandeuses d’asile en Grèce.
  • Les autorités devraient examiner 300 demandes par semaine au lieu de la moyenne de 50. Afin de garantir la « motivation » des emplioyé·e·s, McKinsey a recommandé des appels téléphoniques hebdomadaires entre employé·e·s supérieur·e·s ainsi qu’un tableau de bord des « performances », qui indiquerait en permanence aux salarié·e·s leur taux de réalisation des objectifs.
  • La détention en attente d’expulsion, dont les capacités devraient être suffisantes pour accueillir tou·te·s les migrant·e·s rejeté·e·s, est également importante pour McKinsey. McKinsey ne s’inquiète pas du fait que la détention des exilé·e·s n’est prévue qu’en tant que « mesure extrême » dans de nombreux accords.

    Nombre de ces propositions sont désormais reflétées dans la nouvelle loi sur l’asile en Grèce. Mais pas seulement là. Le régime d’asile en Suisse fonctionne également selon la même logique : accélération par la privation de droits, dissuasion et répression.

Les cas de photomatons allemands officiels se trouvant dans des bureaux administratifs et qui ne reconnaissent régulièrement pas les personnes noires ont fait parler d’eux les dernières semaines. Ces machines qui produisent des images biométriques sont donc souvent inutilisables pour une partie de la population allemande qui doit alors fournir des efforts supplémentaires pour obtenir des photos exploitables pour les démarches administratives les plus simples.

Ce fait est documenté et dénoncé depuis des années en Allemagne. Or, la Bundesdruckerei, l’institution publique en charge de ces appareils rejette toute accusation de discrimination. Elle affirme que ces distributeurs automatiques sont parmi les plus modernes au monde et ne font pas de différence selon la couleur de la peau mais dépendent de la qualité de la situation d’éclairage respective. En outre, le système optique serait tout aussi innocent de racisme que la Bundesdruckerei elle-même.

Quiconque effectue une brève recherche sur Internet trouvera néanmoins rapidement des histoires similaires provenant du monde entier. Ces histoires font l’objet de critiques de la part de journalistes et de militants depuis plus de quinze ans. Car, quel que soit le degré de modernité d’un système, il reflétera toujours le racisme dont ses concepteurs ont fait preuve : ainsi, en biométrie, la technologie a été développée avec des bases de données constituées principalement de personnes blanches. La technologie n’a donc pas été conçue pour les personnes ne correspondant pas à cette norme de blanchité implicite et inhérente au système.

Plusieurs études prouvent cette caractéristique raciste de la technologie. En 2018, par exemple, le Massachussets Institute of Technology a révélé que les bases de données qui alimentaient les systèmes de reconnaissance faciale des leaders du marché Microsoft, IBM et MEGvii of China étaient composées de 77 % de personnes considérées comme hommes et de 83 % de personnes considérées blanches. En conséquence, les hommes blancs ont été correctement reconnus par le système dans 99,2 % des cas alors que cela n’était que le cas pour 65,3 % des femmes noires. Le fait qu’en 2016, pas une seule femme noire n’était salariée dans les dix plus grandes entreprises technologiques de la Silicon Valley, et dans trois parmi ces dernières pas une seule personne noire du tout, n’a probablement pas aidé à penser le système en dehors de la norme hégémonique de l’homme blanc.

Mais ce problème ne se résume pas aux fastidieux efforts quotidiens supplémentaires que les personnes noires doivent déployer pour les procédures civiques les plus simples : les attitudes racistes des développeurs de technologies et des autorités, combinées au racisme structurel et mortel de la société, peuvent ruiner des vies entières. Aux États-Unis, en juin dernier, un homme noir innocent a été arrêté parce qu’une caméra de surveillance équipée d’une intelligence artificielle l’a confondu avec un autre homme noir. En ce sens, l’antiracisme doit également observer d’un œil critique les développements technologiques, car ceux-ci représentent généralement les intérêts de ceux qui investissent dans ces technologies et en bénéficient en fin de compte.

Le Conseiller d’Etat socialiste zurichois Mario Fehr retient les contrats avec ORS

Après des mois de litige fondé sur le principe de la publicité, le journal « Die Republik » a pu obtenir une vue sur les contrats de hauteur de millions de francs suisses du système d’asile zurichois. Le journal a réclamé l’accès aux contrats entre les services sociaux zurichois et les gestionnaires des camps d’asile ORS Service AG, des privés, et l’AOZ, qui appartient à la municipalité de Zurich. Les deux institutions facturent un total d’environ 120 millions de francs pour ce mandat.

Les services sociaux et la Département de la sécurité zurichoise ont refusé d’accorder l’accès à ces documents, bien que l’ORS et l’AOZ avaient déclaré par écrit qu’ils n’avaient aucun intérêt à garder ces informations confidentielles. Le tribunal administratif a alors décidé que les services sociaux sont obligés accorder l’accès aux contrats avec l’ORS de manière complète et « sans autre examen ». Entre-temps, les services sociaux ont toutefois déposé un recours contre cette décision auprès du Tribunal fédéral à Lausanne, de sorte que les contrats restent secrets jusqu’à ce que le Tribunal fédéral se prononce. Cela peut prendre des mois.

Il est remarquable de constater à quel point les services sociaux et le Département de la sécurité se s’opposent avec acharnement à la transparence du régime d’asile zurichois. Il est vrai que dans les projets dits de partenariat public-privé, les entrepreneurs privés se défendent de manière répétée contre la divulgation des contrats. Il est plus rare que l’administration publique résiste. Dans ce sens, la constellation dans ce cas précis est très inhabituelle : l’entrepreneur privé se félicite de la transparence, tandis que l’administration publique insiste sur le secret.Comme le montre le recours des services sociaux, le directeur de la sécurité, Mario Fehr, a dû donner son approbation spéciale pour celui-ci. C’est donc le Conseiller d’Etat social-démocrate en personne qui veut empêcher la transparence dans cette affaire et tente de garder secrets les contrats de millions de francs suisses du système d’asile zurichois.

Ce qui est monstrueux dans ce conflit juridique, c’est qu’il montre que nous sommes évidemment loin de savoir tout ce qui se passe dans le régime d’asile zurichois. Et ce, malgré les nombreux rapports sur les conditions intenables des camps d’asile de l’ORS, qui ressemblent à des prisons. Et il est de notoriété publique que l’ORS s’enrichit de la gestion des réfugiés et qu’elle a également des deals avec Securitas, qui inflige régulièrement des violences physiques aux personnes. Il est effrayant d’imaginer que les contrats entre les services sociaux et l’ORS contiennent encore de nombreux et énormes détails que Mario Fehr ne veut pas mettre à la disposition du public à n’importe quel prix.

Les erreurs statistiques des cantons sur les expulsions suscitent une campagne de haine de l’UDC

Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique concernant le cas de condamnation à l’expulsion de Suisse ne sont pas corrects. Certaines des données utilisées comme base de décompte ont été enregistrées de manière incorrecte au niveau cantonal. Dans le casier judiciaire Vostra, entièrement automatisé, les cantons répertorient les infractions sous forme de code. Si le code de saisie est incorrect, par exemple si un cambriolage est enregistré avec le code du vol à l’étalage, les statistiques sont incorrectes. Si un cambriolage peut mener à une expulsion du pays, ce n’est pas le cas du vol à l’étalage. Rien que dans le canton de Zurich, une centaine de cas ont été enregistrés de manière incorrecte. Il est donc possible que des cas, dans lesquels l’expulsion n’était pas nécessaire et pour lesquels celle-ci n’a donc pas été effectuée, aient été enregistrés dans les statistiques. Les chiffres corrigés ne sont pas encore disponibles.

La semaine dernière, le taux de cas de rigueur dans les procédures d’expulsion a fait l’objet de critiques publiques. Depuis l’adoption en 2010 de l’initiative de l’UDC sur le renvoi, les personnes reconnues coupables d’un crime énuméré dans le Code pénal sont censés quitter la Suisse. Or, la clause de rigueur permet au pouvoir judiciaire de maintenir la proportionnalité des peines et, par exemple, de ne pas expulser les personnes « fortement ancrées en Suisse » en cas de délit mineur. Dans toute la Suisse, 42 % des affaires seraient jugées comme des cas de rigueur. Un scandale pour le journal Blick et l’UDC, qui peut désormais déployer grossièrement ses gros discours sur la « criminalité étrangère », la « faiblesse de la justice » et le « mépris de la volonté du peuple ». L’UDC discute déjà d’une nouvelle initiative populaire visant à abolir la clause de rigueur.

Aussi en Allemagne, l’éternel débat sur le foulard ne faiblit pas

Comme dans de nombreux pays européens, l’Allemagne connaît un climat islamophobe. Les femmes musulmanes qui portent un voile en sont particulièrement touchées par cela. Cette semaine, le quotidien taz a rapporté le cas d’une femme de Hambourg portant un foulard qui s’est vu refuser un job d’été au supermarché Edeka à cause de son voile. Cette semaine, le Conseil des ministres du Baden-Wuerttemberg a également décidé d’interdire les voiles intégraux couvrant le visage dans les écoles. Bien que les cas de tels recouvrements soient extrêmement rares, le porte-parole du gouvernement a affirmé qu’ils doivent être interdits, car ils ne seraient pas compatibles avec une société libre.

Cette décision fait suite aux polémiques sur cette question qui n’ont cessé d’être soulevées par la droite et la gauche européenne durant ces 15 dernières années. Aux Pays-Bas, au Danemark, en Autriche, en Bulgarie, en Belgique, en France, mais aussi en Suisse, les politicien·ne·s conservateurs et conservatrices instrumentalisent des arguments féministes afin de faire adopter des législations islamophobes. La burqa, qui est rarement portée dans ces pays, fait constamment l’objet de débats sans que les femmes qui la portent ne soient impliquées d’aucune manière dans ces discussions, bien que les décisions ne concernent en fin de compte que ces personnes. Elles sont alors de plus en plus stigmatisées et ont un accès de plus en plus difficile aux activités publiques.

Les exemples de débats publics, de votes et de situations quotidiennes islamophobes sont également nombreux en Suisse. Outre l’interdiction des minarets et la controverse constante autour de la burqa, il est également courant en Suisse que les femmes portant le foulard se voient refuser l’accès à certains emplois, par exemple dans les fonctions publiques à Genève. Il est également fréquent que les femmes portant le voile se voient refuser l’accès à des emplois dans les supermarchés, les maisons de retraite ou les hôpitaux.

Et maintenant ?

Racisme institutionnel : l’Argovie verse trop peu d’argent aux réfugié·e·s

« Les réfugié·e·s reconnu·e·s et les réfugié·e·s admis·es à titre provisoire ont les mêmes droits à l’aide sociale que les ressortissant·e·s suisses », peut-on lire dans la brochure que le SEM distribue à toutes les personnes qui ont été reconnues comme « réfugié·e·s » ou « réfugié·e·s admis à titre provisoire ». Il n’a vraiment pas fallu une longue étude de droit pour se rendre compte que le canton d’Argovie violait ce principe d’égalité de traitement en donnant à ces personnes le même petit montant – à savoir neuf francs par jour – que les personnes privées de leurs droits par une décision négative ou celles dont la procédure d’asile est en cours. Les autorités argoviennes l’ont également reconnu : « Cette pratique n’est pas conforme à la base juridique », disent-elles dans leur communication. Toutefois, les parties lésées ne recevront un montant plus élevé qu’à partir de septembre. Cependant, le canton n’a pas voulu divulguer le montant exact. Cependant, comme « des services et des biens sont mis à disposition » dans les camps d’asile, le montant sera certainement inférieur à celui recommandé par la Conférence suisse de l’aide sociale (Skos). Aucun paiement rétroactif aux parties lésées n’a encore été décidé.

« Stop Isolation » continue les combats

Plusieurs fois en quelques semaines, le groupe « Stop Isolation » a mobilisé dans le canton de Berne des exilé·e·s frappé·e·s par des décisions négatives. Le week-end dernier a eu lieu une rencontre avec des militant·e·s exilé·e·s et non exilé·e· participant au Velotour d’Horizon. Devant le camp d’asile fédéral Ziegler à Berne, les personnes isolées dans le camp ont été invitées à un repas de solidarité qui a eu lieu à proximité. Dans l’après-midi, des discussions politiques ont eu lieu sur les luttes contre les problèmes d’isolement. La mise en réseau avec des militant·e·s exilé·e·s et non-exilé·e·s de Zurich a été une réussite et les prochaines étapes, notamment une autre manifestation à Berne, ont été décidées.

La dernière action du groupe a été plus bruyante. En réaction aux autorités bernoises, qui ont accusé les exigences du groupe d’être « non solidaires » et « antidémocratiques », le groupe a organisé une manifestation avec plus d’une centaine de militants des camps de renvoi de Bözingen, Gampelen, Aarwangen et Konolfingen. De manière surprenante, un participant à la manifestation s’est immolé par le feu sur la Bundesplatz. Heureusement, l’homme ne s’est pas trop blessé. Il se sent maintenant mieux. Il est sorti de l’hôpital et continue à participer au mouvement. Comme il ne montre aucun remord pour ses actions, il subit des pressions de la part de la police.

Il y avait beaucoup d’excitation lors de la manifestation quand l’homme s’est mis en feu. Lorsqu’il est devenu évident que l’homme était pris en charge, la manifestation a continué et les militant·e·s se sont rendu·e·s à la direction cantonale de la sécurité. Les activistes y ont alors exigé une rencontre avec les responsables du bureau, ce qu’ils ont obtenu. Ils y ont fait connaître une fois de plus leurs problèmes, leurs critiques et leurs revendications. Cela montre à quel point la résistance du groupe est forte, déterminée et autodéterminée.

Néanmoins, des défis extrêmes sont à relever. D’une part, les responsables de l’isolement se passent la balle, ce qui peut provoquer un sentiment d’impuissance et de désorientation. Le groupe a d’abord protesté à l’intérieur des camps. L’ORS AG, qui est en partie responsable des mauvaises conditions de vie et du règlement intérieur répressif, a orienté les militant·e·s vers le canton et le SEM. L’entreprise argumente que c’est le gouvernement qui prend les décisions, l’ORS ne les exécute uniquement. La manifestation suivante a eu lieu devant le SEM. Cette autorité a pris des décisions négatives à l’égard de tou·te·s ces militant·e·s et se prononcera également en dernière instance sur toute demande de cas de rigueur. Malgré cela, les agents du SEM ont affirmé que seul le canton pouvait faire quelque chose concernant les demandes suivantes : « pour un permis de séjour », « pas d’isolement dans les centres de retour », « pas de contrôles constants, d’amendes et de condamnations pour « séjour illégal » et « respect et égalité de traitement ». Le canton, de son côté, affirme néanmoins que ces demandes sont « antidémocratiques » et « manquent de solidarité ». Indirectement, le conseil d’Etat sous-entend que c’est à l’électorat et au parlement de modifier les lois. Bla bla bla bla…

Un deuxième défi est posé par les médias. La plupart des médias ne se sont intéressés à la manifestation qu’après que l’homme se soit mis en feu. Ils partagent donc la responsabilité du fait que ces actions radicales semblent nécessaires pour que les exilé·e·s rejeté·e·s soient entendus. Deuxièmement, les médias ne rendent pas compte de manière globale des revendications des manifestations, mais ne transmettent uniquement les critiques sur les conditions de vie dans les camps. Jusqu’à présent, toutes les demandes de plus grande portée ont été ignorées, ainsi que le fait qu’un nombre étonnant d’organisations et de partis ont déjà fait preuve de solidarité avec la protestation et se sont penchés sur les demandes faites par le groupe Stop Isolation.

5 ans après la tuerie de Suruç : Démonstration à Bâle

Dans le centre ville de Bâle, environ 200 personnes ont protesté samedi contre l’attaque de la ville de Suruç.

Au cours de l’été 2015, la Fédération des associations de jeunesse socialistes de toute la Turquie a mobilisé la campagne « Nous l’avons défendue ensemble, nous la construirons ensemble ! Leur objectif était de reconstruire la ville de Kobane (Kurdistan occidental). Le 20 juillet 2015, plus de 300 jeunes d’origine turque et kurde venant de toute la Turquie se sont réunis à Suruç pour se rendre à Kobane. Avec cette campagne d’aide, les jeunes ont voulu montrer à la population majoritairement kurde de Kobane qu’elle n’est pas seule face à son destin.

Ils voulaient construire des aires de jeux pour les enfants, mais aussi s’informer sur les développements politiques et relier les luttes du mouvement socialiste en Turquie avec le mouvement kurde. Lors de la conférence de presse à Suruç, l’Etat Islamique a perpétré un attentat suicide en collaboration avec le gouvernement AKP. 33 personnes, principalement des jeunes, ont perdu la vie et plus de 100 ont été blessées. Par la suite, l’Etat Islamique a mené une série d’autres attentats à la bombe et de massacres dans différentes villes.

Par sa coopération avec l’Etat Islamique, l’État turc a toujours tenté d’assassiner les révolutionnaires. Mais après l’assassinat à Suruç, cela est devenu plus évident.

Au lieu de les aider, les policiers ont dépassé les blessés et ont même bloqué le passage des ambulances. Ainsi commença la guerre sanglante en Turquie.

Agenda (Envoyez votre événement à [email protected])

Berne : Manifestation du 1er août

Partout dans le monde, divers mouvements descendent dans la rue pour mettre un terme à des siècles d’oppression continue. Le 1er août est la fête de la nation suisse et de son histoire. Un jour choisi arbitrairement par l’État pour créer le mythe fondateur par le biais du soi-disant serment du Rütli. Une histoire qui représente la violence, l’exploitation et l’oppression. Joignons-nous donc à la manifestation contre le mythe de la Suisse.

Démo “Contre l’administration totale dans les camps”

28.07.20 I 18:00 I Place du moulin de Lucerne

Le système d’asile suisse est caractérisé comme un système de contrôle des étrangers. Ce qui fut longtemps la réalité des demandeurs d’asile débouté·e·s est devenu réalité pour les nouveaux arrivants avec l’ouverture des camps d’asile fédéraux en mars 2019. Des heures de présence rigoureuses sont déterminantes pour le versement de l’argent et la remise de la nourriture, la cuisine n’est autorisée qu’à certaines heures ou pas du tout, et des places de couchage fermement attribuées dans les chambres partagées rendent l’intimité impossible. L’auto-organisation ou l’hébergement privé n’est pas souhaité et ceux qui le font doivent néanmoins se passer de tout soutien. Examinons-la et montrons ensemble l’exemple contre la politique d’exclusion et d’isolement. La manifestation aura lieu dans le cadre du Velotour d’Horizon 2020.

Enough. Journées d’action sur les luttes migratoires et la résistance antiraciste

29 – 30.08.20 I Park Platz Zurich

Nous créons un espace pour rendre visibles les initiatives antiracistes et la résistance au système de migration. La migration et le racisme ne sont pas la même chose : ce sont deux phénomènes aux effets différents, mais ils se chevauchent souvent. Tous deux sont fondés sur des schémas de pensée post- et néocoloniaux qui ont des effets réels : dans le régime frontalier européen, ainsi que dans le racisme quotidien en Suisse ou la violence policière raciste dans le monde entier. La résistance antiraciste et les luttes pour la migration ont de nombreux aspects. Nous voulons les montrer : laisser les différents sujets se côtoyer et laisser les différentes approches des initiatives individuelles et des réseaux parler d’elles-mêmes.


Article publié le 02 Août 2020 sur Renverse.co