Renforcement raciste de la loi sur l’ADN

Actuellement, une modification de la loi en Suisse prĂ©voyant la saisie plus Ă©tendue des donnĂ©es ADN est sur le point d’ĂȘtre adoptĂ©e. Jusqu’à prĂ©sent, il n’était, Ă  partir d’une trace d’ADN d’une scĂšne de crime, que permis d’examiner les chromosomes x et y que les enquĂȘteurs et enquĂȘteuses associent au sexe, et de mener une comparaison gĂ©nĂ©tique de deux traces d’ADN diffĂ©rentes. DĂ©sormais, des informations sur la couleur des yeux, des cheveux et de la peau ainsi que sur l’origine dite biogĂ©ographique pourront Ă©galement ĂȘtre enregistrĂ©es.

Cette Ă©volution est la consĂ©quence d’une motion dĂ©posĂ©e par le politicien du Parti LibĂ©ral Radical Albert Vitali en 2015. Chaque critique concernant l’empiĂštement majeur sur les droits de la personne de cette analyse ADN Ă©tendue est dĂ©lĂ©gitimĂ©e par l’argument qu’on souhaiterait “protĂ©ger des auteurs de viols et de meurtres”. A l’époque de la soumission de la motion, l’UDC avait dĂ©jĂ  instrumentalisĂ© un cas de violence sexuelle comme prĂ©texte pour faire des gĂ©nĂ©ralisations racistes sur les auteurs et d’ensuite poursuivre des discours de dĂ©nigrement de droite.

Trois autres hypothĂšses racistes forment la base de la motion :

  1. La mĂ©thode d’analyse complĂšte de l’ADN, qui dĂ©termine les caractĂ©ristiques externes – ce qu’on appelle le phĂ©notypage – utilise des schĂ©mas basĂ©s sur la recherche raciste du XIXe siĂšcle, qui suppose que les personnes peuvent ĂȘtre affectĂ©es Ă  un groupe spĂ©cifique sur la base de caractĂ©ristiques physiques.
  2. Les caractĂ©ristiques visibles d’une personne sont associĂ©es Ă  son origine.
  3. Si l’analyse d’ADN rĂ©vĂšle qu’il s’agit d’une personne blanche aux cheveux bruns, les donnĂ©es ne sont pas pertinentes en Suisse en raison de la forte densitĂ© de ces caractĂ©ristiques physiques parmi la population, de sorte que l’analyse ne peut ĂȘtre utilisĂ©e que s’il y a un Ă©cart par rapport Ă  la norme blanche. Le danger rĂ©side donc dans la stigmatisation supplĂ©mentaire de toutes les personnes qui se situent en dehors de la norme blanche, car elles peuvent ĂȘtre exposĂ©es Ă  une suspicion gĂ©nĂ©rale de la part des autoritĂ©s chargĂ©es de l’enquĂȘte.

Inégalités cantonales en matiÚre de double peine raciste



Si les femmes et hommes non-suisses sont condamné·e·s, ils et elles doivent – comme les Suisse·sse·s – purger une peine. Toutefois, dans le cas de certaines condamnations, les ressortissant·e·s Ă©tranger·e·s ne sont pas libĂ©ré·e·s aprĂšs avoir purgĂ© leur peine de prison, mais sont sanctionné·e·s une deuxiĂšme fois par une expulsion, c’est-Ă -dire un renvoi. Les condamnations qui peuvent conduire Ă  une telle expulsion se trouvent Ă  l’article 66a du code pĂ©nal. La liste est longue et, outre les infractions contre les ĂȘtres humains, elle comprend Ă©galement des infractions telles que le vol qualifiĂ©, la fraude, l’obtention illĂ©gale de prestations sociales, ainsi que la perturbation grave des transports publics ou les infractions Ă  la loi sur les stupĂ©fiants.

En Suisse, environ 20 % de la population n’a pas de passeport suisse. Cela signifie qu’une personne sur cinq est menacĂ©e d’une double peine raciste. Elle touche Ă©galement les personnes qui n’ont que peu ou pas de liens avec le pays vers lequel elles seraient expulsĂ©es. En particulier dans ces cas, les juges “peuvent exceptionnellement s’abstenir d’expulser si cela risque de causer de graves difficultĂ©s personnelles Ă  l’étranger”, indique le mĂȘme article 66 bis. Le Limmatthaler Zeitung a maintenant Ă©tabli un classement des cantons qui sont extrĂȘmement sĂ©vĂšres Ă  l’égard de la double peine raciste par expulsion :

Pourcentage d’étrangers et Ă©trangĂšres effectivement expulsé·e·s suite Ă  la condamnation selon l’article 66a.

1. Lucerne 91%
2. GenĂšve 80%
3. BĂąle-Campagne 75%
4. Saint-Galle 73%
5. BĂąle-Ville 73%
6. Argovie 62%
7. Berne 60%
8. Vaud 59%
9. Tessin 54%
10. Zurich 46%
11. Fribourg 37%
12. Soleure 36%
13. Valais 33%
14. NeuchĂątel 23%

N’ont qu’étĂ© considĂ©rĂ©s que les cantons avec plus de 50 expulsions dans l’annĂ©e 2019

Le rapport d’Alarmphone : stratĂ©gies europĂ©ennes, violence et mort en MĂ©diterranĂ©e

Au cours des six derniers mois, de janvier Ă  juin 2020, la MĂ©diterranĂ©e centrale a continuĂ© d’ĂȘtre une zone de violence, de disparitions et de mort, ainsi qu’une scĂšne de luttes pour la libertĂ© de mouvement, tant pour les personnes fuyant la Libye que pour la flotte civile, indique le dernier rapport de l’Alarmphone. Entre autres choses, le rapport rĂ©sume les expĂ©riences de l’Alarmphone et les dĂ©veloppements importants en MĂ©diterranĂ©e centrale, dĂ©crit l’escalade de la violence aux frontiĂšres de Malte et donne une premiĂšre Ă©valuation de la nouvelle mission de l’UE, Irini.

Depuis 2020, Alarmphone a Ă©tĂ© en contact avec 77 bateaux en dĂ©tresse en MĂ©diterranĂ©e centrale, et donc avec quelque 4 500 personnes. Cela n’inclut pas les dizaines de bateaux qui ont appelĂ© mais n’étaient pas suffisamment connectĂ©s et ne pouvaient donc pas communiquer des donnĂ©es importantes telles que leur position. 1 100 des personnes qui ont appelĂ© Alarmphone ont Ă©tĂ© interceptĂ©es et forcĂ©es de retourner en Libye par les soi-disant garde-cĂŽtes libyens ou par des navires marchands ou privĂ©s. L’Alarmphone rapporte Ă©galement plusieurs tragĂ©dies en mer dans lesquelles des centaines de personnes sont mortes ou ont disparu.

Les statistiques officielles font Ă©tat de 377 dĂ©cĂšs Ă  ce jour pour l’annĂ©e 2020. Les chiffres rĂ©els sont certainement beaucoup plus Ă©levĂ©s, car mĂȘme dans les situations d’urgence maritime connues, dont trois en MĂ©diterranĂ©e centrale pour le seul mois de juin, le nombre de personnes Ă  bord reste souvent inconnu. Le 1er avril, la nouvelle opĂ©ration Irini en MĂ©diterranĂ©e a remplacĂ© la mission Sophia. L’opĂ©ration prĂ©tend faire respecter l’embargo sur les armes des Nations unies contre la Libye grĂące Ă  des moyens aĂ©riens, maritimes et satellitaires. Elle soutient Ă©galement la formation des “garde-cĂŽtes” et de la marine libyenne pour lutter contre les “rĂ©seaux de trafic et de traite des ĂȘtres humains”. Dans le mĂȘme temps, elle a explicitement exclu les opĂ©rations de sauvetage en mer et ne se dĂ©place qu’au large de la partie orientale de la cĂŽte libyenne, oĂč les dĂ©parts vers l’Europe sont rares. Les premiĂšres expĂ©riences montrent que les navires de l’opĂ©ration Irini refusent en fait de lancer des opĂ©rations de sauvetage, ce qui est contraire au droit maritime. Le 12 juin, un sauvetage a Ă©tĂ© refusĂ© par un navire militaire de l’opĂ©ration Irini. Le 26 juin, l’Alarmphone a Ă©tĂ© contactĂ© par un bateau en dĂ©tresse au cƓur de la zone d’opĂ©ration de l’Irini. Aucun navire militaire de l’UE n’était disponible pour le sauvetage. Au lieu de cela, les personnes en dĂ©tresse ont Ă©tĂ© interceptĂ©es par les soi-disant garde-cĂŽtes libyens et dĂ©portĂ©es en Libye. Le navire de sauvetage Mare Jonio Ă©tait arrivĂ© sur place au moment de cet interception et a proposĂ© de transborder les personnes, mais les soi-disant garde-cĂŽtes libyens ont refusĂ© la proposition.

L’Alarmphone continue de signaler que la MĂ©diterranĂ©e est l’une des rĂ©gions les mieux surveillĂ©es au monde.

“Tout en surveillant de prĂšs la MĂ©diterranĂ©e, l’Europe tente de rendre invisibles les effets dramatiques de sa politique de laisser mourir les gens en transformant activement la MĂ©diterranĂ©e en un trou noir oĂč les personnes noires en fuite sont systĂ©matiquement laissĂ©es Ă  mourir, repoussĂ©s illĂ©galement ou maintenus en mer pendant des jours sans aide”.

Le rîle de Malte dans la fermeture de l’Europe



Au cours des six derniers mois, Malte s’est distinguĂ©e comme un acteur Ă©tatique de la fermeture des frontiĂšres : Ports fermĂ©s, navires fantĂŽmes, nouveaux hotspots en mer, coopĂ©ration avec la Libye.

D’abord, en avril, comme l’Italie, Malte a dĂ©clarĂ© ses ports peu sĂ»rs pour les migrant·e·s, en raison de la pandĂ©mie de Covid 19. Elle a Ă©galement arrĂȘtĂ© ses opĂ©rations (de sauvetage) dans la zone Search and Rescue. Le dĂ©ficit de sauvetage dĂ©jĂ  existant dans la zone de la MĂ©diterranĂ©e centrale s’est creusĂ©, il y a eu des lenteurs dans le sauvetage en mer ou pas d’assistance du tout. Dans le mĂȘme temps, aucun navire de sauvetage civil n’a pu ĂȘtre dĂ©ployĂ© pendant des semaines en raison de restrictions de voyage Ă  l’échelle europĂ©enne et de difficultĂ©s officielles.

En outre, le gouvernement maltais a louĂ© plusieurs “bateaux de pĂȘche” privĂ©s, dont le Dar al Salam 1 et le Tremar, qui battent pavillon libyen et effectuent des opĂ©rations de refoulement sous la direction de Malte. Les refoulements illĂ©gaux de 63 personnes ont fait parler d’eux pendant le week-end de PĂąques en Libye. En utilisant ces navires privĂ©s, Malte tente de dissimuler son rĂŽle dans les refoulements et de fuir ses responsabilitĂ©s. Le gouvernement maltais est soutenu par son propre systĂšme judiciaire. Suite aux tactiques maltaises de temporisation, de non-assistance et de sabotage, ainsi qu’à l’organisation de refoulements illĂ©gaux et privatisĂ©s, qui ont fait 12 mort·e·s au cours du seul week-end de PĂąques, la GO Repubblika Maltaise a dĂ©posĂ© une plainte contre le Premier ministre maltais et contre 12 membres des garde-cĂŽtes. Avec une rapiditĂ© surprenante et des lacunes juridiques, le tribunal n’a trouvĂ© aucune preuve de mauvaise conduite de la part du Premier ministre ou de manquement de Malte Ă  ses obligations.

Le troisiĂšme grand problĂšme du cloisonnement de Malte est l’établissement de hotspots flottants dans les eaux internationales. Au 30 avril, Malte dĂ©tenait 425 personnes sur quatre navires de croisiĂšre. À Malte, la crĂ©ation de prisons flottantes se justifiait non seulement par une mesure de quarantaine mais aussi par le manque de capacitĂ© des camps d’asile Ă  terre. Non seulement les personnes ne pouvaient pas entrer sur le territoire maltais, mais elles Ă©taient Ă©galement empĂȘchĂ©es de demander l’asile en Europe. Certains des dĂ©tenus ont entamĂ© une grĂšve de la faim pour protester contre les conditions inhumaines Ă  bord, qui ont forcĂ© le gouvernement maltais Ă  les autoriser Ă  dĂ©barquer en juin. De maniĂšre rĂ©vĂ©latrice, les mĂ©dias ont dĂ©peint les fugitif·ve·s comme des personnes violentes, et n’ont pas rendu compte des conditions physiques et psychologiques brutales de leur traitement par l’État maltais.

Fin mai, le Premier ministre maltais a signĂ© un nouvel accord avec Fayez al-Sarraj, le Premier ministre du gouvernement libyen, pour empĂȘcher les gens d’atteindre Malte. Depuis le 1er juillet, les deux pays collaborent encore plus Ă©troitement en crĂ©ant deux “Interception Coordination Centers”. Ils sont financĂ©s par Malte. Le gouvernement maltais y stationne trois officiers libyens pour soutenir et coordonner le contrĂŽle des frontiĂšres et le retour des bateaux dans la zone de guerre libyenne. Trois officiers maltais sont dĂ©ployĂ©s au centre libyen pour organiser les refoulements.

L’état d’urgence a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© sur l’“Ocean Viking”

La semaine derniĂšre, des scĂšnes inimaginables ont eu lieu sur le navire de sauvetage en mer de SOS MĂ©diterranĂ©e. L’équipage de l’“Ocean Viking” a secouru un total de 180 personnes en dĂ©tresse en mer, leur a prodiguĂ© des soins mĂ©dicaux et les a hĂ©bergĂ©es sur leur navire. Comme ni l’Italie ni Malte n’ont rĂ©pondu Ă  la demande de port d’accueil, deux hommes ont sautĂ© par-dessus bord aprĂšs des jours d’errance et ont dĂ» ĂȘtre secourus par l’équipe de sauvetage. Un homme a essayĂ© de se pendre. D’autres ont exprimĂ© des pensĂ©es suicidaires. Nombre des personnes secourues sont gravement traumatisĂ©es et prĂ©sentent des signes de dĂ©pression. Dans un communiquĂ© de presse, SOS MĂ©diterranĂ©e a Ă©crit :

“Le comportement inquiĂ©tant et le mauvais Ă©tat mental de nombreux survivants Ă  bord du navire sont une consĂ©quence directe du retard inutilement long et de l’absence de solution pour leur dĂ©barquement en lieu sĂ»r”.

Au total, les autoritĂ©s compĂ©tentes ont Ă©tĂ© sollicitĂ©es sept fois pour port sĂ»r soit attribuĂ©, seules deux rĂ©ponses nĂ©gatives ont Ă©tĂ© reçues. Le droit de la mer est trĂšs clair : un sauvetage n’est complet que lorsque les survivants ont atteint un lieu sĂ»r, et ce lieu doit ĂȘtre fourni par les autoritĂ©s maritimes compĂ©tentes dĂšs que possible.

AprĂšs que l’état d’urgence ait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© Ă  bord, les autoritĂ©s italiennes ont envoyĂ© une Ă©quipe mĂ©dicale pour prĂ©lever des Ă©chantillons des migrant·e·s pour les tests Covid-19. Un psychiatre impliquĂ© dans l’opĂ©ration avait constatĂ© que les rĂ©fugiĂ©s prĂ©sents Ă  bord du navire Ă©taient soumis Ă  un Ă©norme stress psychologique. AprĂšs plusieurs jours en mer, le “Ocean Viking” a enfin pu entrer dans le port de Porto Empedocle en Sicile. 180 personnes sont maintenant sur le ferry “Moby Zaza” en quarantaine pour cause de Coronavirus.

Sea-Watch 3 Ă  nouveau interdit de prendre la mer

Les autoritĂ©s italiennes ont prononcĂ© mercredi soir l’interdiction de navigation pour le navire de sauvetage allemand “Sea-Watch 3”. Le navire est actuellement ancrĂ© devant le Porto Empedocle sicilien.

“Au cours d’une inspection, les garde-cĂŽtes ont constatĂ© des lacunes techniques et opĂ©rationnelles qui affectent la sĂ©curitĂ© du navire ainsi que celle de l’équipage et des migrants secourus”, a annoncĂ© le ministĂšre de l’intĂ©rieur Ă  Rome. En outre “le navire Ă©tait en infraction avec les rĂšglements de protection de l’environnement”. Trois minutes seulement aprĂšs le dĂ©barquement des autoritĂ©s du “Sea-Watch 3”, les garde-cĂŽtes italiens ont publiĂ© un communiquĂ© de presse sur ces manquements allĂ©guĂ©s et les mesures qui en dĂ©coulent.

Cela prouve une fois de plus que les accusations sur les manquements sont prĂ©parĂ©es et font partie de la machination des autoritĂ©s europĂ©ennes. Le navire restera interdit de navigation jusqu’à ce qu’il soit prouvĂ© que les dĂ©fauts ont Ă©tĂ© rectifiĂ©s, selon le ministĂšre de l’intĂ©rieur. Alors que les autoritĂ©s remettent en question la sĂ©curitĂ© Ă  bord en raison de prĂ©tendus dĂ©fauts techniques, ce sont elles qui mettent en danger la population en participant Ă  des retraits illĂ©gaux vers la Libye et en refusant de dĂ©barquer dans des lieux sĂ»rs.


Article publié le 17 Juil 2020 sur Renverse.co