Juin 28, 2021
Par Le Monde Libertaire
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16.06.2021
En Colombie la révolte sociale compte désormais 45 jours de mobilisation permanente sur tout le territoire. Comme d’autres fois, la mobilisation a été marquée par le terrorisme d’État qui s’est exercé lors de diverses manifestations, dont la répression brutale des mobilisations, les montages judiciaires et les assassinats systématiques. Malheureusement, ces situations ne sont pas nouvelles pour le pas car l’État colombien se caractérise par ses alliances rapprochées avec le paramilitarisme et le trafic de drogues. Preuve en est pour l’année 2020, les 76 massacres avec 272 personnes assassinées, selon les chiffres du Bureau de la Haute-Commissaire aux Droits Humains [<a title="Note de la traductrice. En espagnol, Alta Comisionada de la ONU para los Derechos Humanos (ACNUDH). Mais, en français, la traduction officielle maintient le masculin (Haut-Commissaire) même pour un poste occupé par une femme, Michelle Bachelet, et ” droits de au lieu dans toutes les autres langues. luttons contre usages patriarcaux class=”notebdp”>note] ; depuis le 28 avril 2021 -jour où la grève générale a débuté- jusqu’au 11 juin, la Campagne Défendre la Liberté signale 78 personnes assassinées, 3086 arrestations arbitraires, 84 personnes disparues, 79 victimes de mutilations oculaires et 106 cas de violence sexuelle et il faut noter que pour la plupart ces actions ont été perpétrées par la force publique et des civils armés dans une stratégie paramilitaire.

En réponse à la révolte sociale, l’État, et Ivan Duque à sa tête, a mis en place le scénario habituel : durcir le ton contre ce que l’on appelle l’ennemi de intérieur, pointer les manifestant.e,s comme des vandales aux ordres de groupes armés illégaux. Pour traiter la révolte sociale, on crée un scénario de guerre ouverte contre les organisations ethniques, paysannes, de banlieusardes, étudiantes et syndicales qui sont restées mobilisées contre des années de politiques criminelles des gouvernements successifs sous la houlette d’Uribe Velez. Cet ancien président fait l’objet de multiples enquêtes pour crimes contre l’humanité telles que les “Faux Positifs”, c’est-à-dire des exécutions sommaires de civils, assassinés par les forces militaires pour présenter de bons résultats et obtenir ainsi des primes. La Juridiction Spéciale pour la paix (JEP) dresse le bilan scandaleux de 6402 assassinats.

La contestation lancée par le Comité National de Grève Générale (plateforme qui rassemble de certaines branches professionnelles de travailleurs.ses, retraité.e.s, professur.e.s des écoles et paysan.ne.s) a multiplié ses actions, grâce surtout aux jeunes pour qui l’action directe de rue est le moyen principal de contestation.

Même si la bureaucratie syndicale représentée au Comité National de Grève Générale est en pourparlers avec les institutions étatiques, dans la rue on s’est tenu loin, en conservant un niveau d’affrontement et d’organisation, de ces vieilles méthodes de conciliation propres à la bureaucratie, en n’oubliant pas non plus que ces “négociateur.ses” font partie de partis de “centre” et de “centre-gauche”.

A partir de là, des espaces de résistance se sont organisés en divers points du pays, comme Cali, Bogotá, Buga, Popayán, Bucaramanga et les routes du sud-ouest aussi bien que du nord-est du pays, avec des méthodes de lutte caractérisées par l’horizontalité, l’action directe et l’entraide. II faut souligner l’importance que revêtent les premières lignes comme méthode de contention de la violence policière. Mises sur pied non seulement par des jeunes mais aussi des professeure.s, des mères et même des prêtres, elles ont atteint un niveau de résistance et de légitimité assez important dans les circonstances présentes, y compris dans des endroits comme Cali. Ce sont des interlocutrices légitimes et reconnues face aux autorités gouvernementales. La situation actuelle, 45 jours après est douce-amère, car il y a toujours des personnes mortes et blessées au cours de manifestations qui finissent en affrontements avec les forces de l’ordre, avec de plus une impunité pour des pratiques de guerre telles que les agressions à des commissions de contrôle des Droits Humains dans la rue et aux missions médicales qui portent secours aux personnes blessées. L’État terroriste a fait usage de méthodes sales comme les coupures d’électricité et d’internet, les pressions de groupes paramilitaires, les montages judiciaires à l’encontre des manifestant.e.s et la censure de la diffusion en direct des manifestations.

D’un autre côté, les motifs de la Grève Générale se sont étendus et certains objectifs de la mobilisation ont été atteints comme le retrait de la réforme fiscale qui avait été à l’origine du mouvement, ainsi que le retrait de la Réforme du système de santé (un coup aux classes populaires) et la démission de trois hauts responsables du gouvernement (le ministre des Finances, la ministre des Affaires Étrangères et le haut-commissaire à la Paix). Malgré tout, nous savons que le gouvernement, sous la pression des grandes entreprises, cherchera toujours à faire passer des réformes pour nourrir et soutenir ses intérêts de classe tandis que les travailleurs.ses et leurs familles continuent à souffrir de la pauvreté. En Colombie, plus de 40% de la population est sous le seuil de pauvreté (Chiffres du DANE). Les revendications que l’on entend dans la rue vont de la demande de démission d’Ivan Duque et tout son cabinet, à la démilitarisation des territoires, des réformes structurelles des forces militaires et policières, pas de mis en examen des personnes arrêtées dans le cadre du mouvement social, l’application effective des accords de paix signés entre les FARC et le Gouvernement, des garanties pour les activistes sociaux et environnementaux en territoire urbain et rural, l’arrêt du glyphosate et du fracking, entre autres.

Nous savons que nous vivons un moment historique qui est le résultat d’années de terrorisme d’État et de politiques criminelles, de précarisation des conditions de vie de millions de personnes en ville et à la campagne. Nous vivons l’accumulation des grèves de 2018, 2019 et la révolte sociale de septembre 2020, violemment réprimé. A présent, la contestation sociale s’intéresse aux processus sociaux, on a travaillé au renforcement du tissu social dans les quartiers, les villages, les localités urbaines et des villes entières en menant des actions avec des habitant.e.s, en constituant des assemblées ou des commissions de travail selon leurs besoins concrets, peu à peu et pas à pas, parce que les formes d’organisation sont encore très déconnectées et sans perspective claire, mais la colère et les méthodes de l’assemblée couvent chez un peuple qui cherche à changer une histoire qui les condamne à la recherche d’un mieux vivre, de conditions de vie dignes. Nous ne pouvons oublier le rôle des communautés indigènes organisées dans le Conseil Régional Indigène du Cauca et les Autorités Indigènes du Sud-Ouest, qui grâce à leur ténacité et leur détermination ont donné une impulsion et de l’oxygène à la mobilisation sociale. Elles nous ont aussi invité à remettre en question cette partie de l’Histoire qu’on nous a toujours racontée, celle qui voit les conquistadors comme des héros et les peuples originaires comme des sauvages.

Nous lançons, pour finir une invitation à suivre de près le processus que la Colombie est en train de vivre, car la liberté de manifester et le droit de vivre n’existent pour l’État que sur le papier. Preuve en est le statut de guerre donné à la contestation sociale par le ministre de la Défense, chef de l’Armée et de la Police. Seule l’organisation populaire et les observateurs.trices internationaux.nales peuvent rendre compte du massacre que l’État est en train de perpétrer en ce moment. La diffusion et les actions internationalistes de pression au gouvernement de Duque sont indispensables pour le processus que nous sommes en train de vivre.

Face à la répression policière, organisation populaire !

Vive la lutte !




Source: Monde-libertaire.fr