Juin 21, 2017
Par Renversé (Suisse Romande)
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“On occupe, c’est logique !” On est tombéEs dans des vieux classeurs sur les archives du Front de Liberation des Immeubles Commerciaux (FLIC), autour d’une histoire qui date de 1999 et qui ressemble beaucoup à ce qu’il se passe aujourd’hui avec la maison de Malagnou. Quatrième épisode de la série “Retour vers le futur”.

Interview des locaux vides

Le large soutien reccueilli par Intersquat avait abouti au vote d’une motion au Grand Conseil pour permettre la création de logements dans les bureaux laissés vides plus de deux ans.

En opposition au soutien des députéEs, Bernard Bertossa (père d’Yves Bertossa premier procureur en fonction depuis 2007, au Parti Socialiste), Procureur général de 1990 à 2002 dont la grande priorité est la lutte contre la “grande criminalité”, développe sa doctrine vis à vis des squatteurEUSEs en trois points :

  • pas d’évacuation avant le début des travaux
  • pas d’occupation de locaux commerciaux
  • généralisation des peines de prison (avec sursis ou non) pour les mauvaisES squatterEUSEs, celleux refusant de quitter gentiment leur logement ou ayant jeté leur dévolu sur un immeuble de bureaux.


Cette doctrine est alors vue comme “favorable” aux squatteurEUSEs, notamment par les proprios qui voient toujours d’un mauvais oeil tout ce qui empêche de spéculer en rond (larmes de crocodiles, puisqu’ils étaient assurés de récupérer leur bien dès qu’ils trouveraient avantageux de les rénover pour se faire un max de thunes sur le dos des locataires). Mais les squatteurEUSEs l’avaient compris, cette doctrine ouvrait la voie à la criminalisation du milieu squat, la dissociation entre bonnes et mauvaises squatteurEUSEs permettant à la Police et à la Justice d’augmenter le niveau de répression sur celleux ne jouant pas le jeu selon les règles du pouvoir tout en sapant le soutien aux franges plus radicales du milieu. D’autre part, le deal “pas d’occupation de locaux commerciaux en échange de pas d’évacuation directe” permettait aux milieux immobiliers de continuer à spéculer sur ces immeubles (nettement plus rentables que les biens locatifs) et aux autorités de justifier leur défense musclée de ces locaux. Finalement, dans le contexte de crise du logement perpétuelle que connaît Genève, l’impossibilité d’occuper des locaux commerciaux signifiera l’impossibilité d’occuper la majorité des espaces, la plupart des bâtiments vides étant des bâtiments commerciaux.

“On occupe, c’est logique” par le Collectif des habitantEs

Alors que 300’000 m2 étaient vides en 1999, on parle aujourd’hui de 176’000 m2 [1] de bureaux contre 50’000 m2 en 2011 et 84’000 m2 en 2013 [2]. Une modification de loi (votée en 2015) dite “loi Zacharias”, du nom du député MCG qui en est l’instigateur, devait permettre aux promoteurs immobiliers de faciliter la transformation de locaux commerciaux en logements. La droite et les millieux immobiliers promettaient la création de centaines de logements par an. En 2016, 1 an environ après la votation, seule une dizaine de logements avaient vus le jour. On est bien loin de la proposition de loi des députéEs en 1999, qui devait permettre de réquisitionner les locaux commerciaux inocuppés et de les transformer en logements s’ils l’étaient depuis plus de deux ans.

Dans le prochain épisode, nous nous pencherons sur le soutien des députéEs du Grand Conseil, pratique peu usuelle de nos jours.. Les actuelLEs concernéEs réussiront-ielles à briser leurs chaînes institutionnelles ?


[1] voir TDG 18.01.17

[2] voir TDG 15.04.14




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