Retour sur un an d’action sur Tours du collectif Résistance à l’Agression Publicitaire, état des lieux de la publicité et propositions pour le futur règlement local de publicité intercommunal.

Notre action à Tours, depuis un an, s’inscrit dans un mouvement d’opposition, à l’échelle mondiale, à l’industrie publicitaire, et d’élaboration, à l’échelle communale, de solutions qui répondent aux besoins de la population et de la planète.

Agir face au matraquage consumériste

Nous recevons en moyenne entre 500 et 3 000 messages publicitaires par jour. Il s’agit d’un véritable matraquage. En poussant à une consommation superflue et futile, la publicité contribue au maintien en place d’un système capitaliste, à l’épuisement des ressources et à la création de déchets aussi polluants que coûteux, dont nous payons, en tant que contribuables, le retraitement et en tant que citoyens, les conséquences sanitaires, sociales et environnementales à long terme. Mais ce constat n’est pas une fatalité. Partout dans le monde, des citoyens et des artistes agissent pour se réapproprier l’espace public accaparé par la publicité extérieure des grandes firmes.

Depuis sa réunion de lancement qui a réuni près de 40 personnes en janvier 2018, le groupe local de l’association Résistance à l’Agression Publicitaire (R.A.P.) organise ainsi des actions et sensibilisations dans l’espace public à Tours, envahi par l’agression publicitaire, pour alerter sur les méfaits de la publicité. Plusieurs actions de recouvrement de panneaux publicitaires ont été organisées, sur la place Jean-Jaurès, sur l’avenue de Grammont, dans le quartier du Sanitas. Nous avons toujours eu un bon accueil des passant.e.s, en variant les techniques et les plaisirs (blanc de Meudon, bâches plastique, panneau d’expression libre, etc.). Certains CRS ont moins apprécié, mais dans le contexte de répression actuelle, nous n’avons pas de blessés à déclarer, c’est déjà ça… Nous participons aussi aux manifestations des marches pour le climat, la publicité étant un vecteur essentiel de surconsommation irrespectueuse de l’environnement.

Les actions se déroulent toujours en plein jour, à visage découvert. À quelques exceptions près, le collectif s’étant livré la nuit à des séances d’extinction d’enseignes lumineuses, où l’on a pu noter que quelques commerçants n’étaient pas forcément d’accord avec notre point de vue, pourtant simple, qui veut que quand on s’en va, on éteint la lumière !

Des écrans partout

Nos nouvelles cibles principales sont les écrans numériques publicitaires, nouvel avatar de l’envahissement publicitaire (qui foisonne ici ou là dans l’espace public, ainsi que dans les deux gares SNCF de Tours et Saint-Pierre-des-Corps). Une simple bâche par-dessus, et l’écran est pourtant neutralisé. Ces écrans représentent la plus grande menace à l’heure actuelle, un énorme gaspillage énergétique qui génère stress, fatigue et surcharge cognitive, et permettent un ciblage et une intrusion dans la vie privée sans précédent. La publicité ne s’arrête pas à l’espace public, même si c’est seulement là où elle est inévitable (éteignons nos télé…). Toujours sur le thèmes des écrans, nous avons ainsi contribué à relayer la mobilisation nationale de R.A.P et de la Quadrature du Net contre la pub sur internet.

Pour faire connaître notre lutte, nous avons organisé les rencontres intergalactiques de l’antipub à Mettray, ainsi que des soirées-débats, la dernière en date au CNP sur le thème de la publicité et du sexisme, particulièrement d’actualité. Nous relayons également l’appel international « Subvert the City », et appelons diverses organisations et citoyen.ne.s à se mobiliser contre la publicité la semaine du mardi 19 au lundi 25 mars 2019.

Liberté d’expression et régulation du contenu ?


Retour sur un an de lutte collective face à l’agression publicitaire à Tours

Détournements d’affiches publicitaires à l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes

Les messages publicitaires sont intrinsèquement anti-sociaux : l’illusion de liberté véhiculé renforce l’individualisme, les stéréotypes (sexiste notamment) repris allègrement sont des incitations à la violence (culture du viol notamment), le ciblage des enfants (premières cibles de l’idéologie publicitaire) est un cauchemar pour les parents (76 % des demandes d’achats faits par les enfants de 4 à 10 ans sont en lien avec une publicité)… L’Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité, organisme privé composé d’annonceurs, d’agences de communication et de médias, dont l’avis n’est que consultatif, est une vaste farce. Il est urgent de se doter d’un véritable contrôle par une tierce partie.

Lutter pour un règlement local plus contraignant

La réglementation impose de réviser avant juillet 2020 les Règlements Locaux de Publicité (RLP). Le RLP établit les règles en matière de publicité extérieure et d’enseignes et ne peut être que plus restrictif que la réglementation nationale. L’enjeu majeur est la limitation de la taille des panneaux, de leur densité, et en premier lieu l’interdiction des écrans numériques (qui ont été autorisé par la nouvelle réglementation nationale issue du… Grenelle de l’environnement (sic)). À Tours, la compétence du RLP va passer de la commune à la métropole.

Notre gros chantier de l’année, toujours en cours, a consisté en une formation juridique en vue de la prochaine « consultation citoyenne » préalable obligatoire à l’établissement du règlement local de publicité intercommunal en 2020 (RLPi). L’objectif du groupe est de peser un maximum pour obtenir un RLPi contraignant, qui interdise notamment les écrans numériques publicitaires, et élargisse les zones de publicité restreinte, comme le centre historique de Tours. Entre-temps, pour se former et pour titiller un peu les municipalités, nous dénonçons les panneaux illégaux sur l’agglomération Tourangelle. Après plusieurs séances de formations (la réglementation aux mains des lobbys n’est pas faite pour être simple), nous arpentons les rues pour vérifier la conformité des panneaux publicitaires. C’est l’aberration du système : des pages et des pages de réglementation, mais aucune instance de régulation qui tienne la route (ni du contenu, ni des supports). Plusieurs panneaux illégaux ont ainsi été repérés [1], et nous avons effectué pour l’instant quatre relevés d’infraction, mais on en a encore en réserve.

La pub à Tours en quelques chiffres

Après quelques échanges, au début plutôt cordiaux, on a senti que les services de la voirie de Tours avaient reçu des instructions : nous n’obtiendrons plus aucune informations sur le contrat liant JCDecaux (principal annonceur, qui a notamment le marché des abri-bus) et la ville de Tours. Ceci ne nous a pas empêché de connaître l’ampleur du désastre (écologique et social).

Il y a environ 700 panneaux de publicité sur mobilier urbain (espace public), pour une surface de 1 803 m² et qui rapportent à la ville de Tours environ 100 000 euros, auxquels il faut rajouter les « contre-parties » de l’afficheur comme la gestion des abri-bus de JCDecaux. La publicité sur domaine privé (mais bien visible de l’espace public), avec près de 800 panneaux pour une surface de 4 800 m², rapporte à la ville de Tours 550 000 euros au titre de la taxe locale sur les enseignes et publicités extérieures (TLPE).

Cela « rapporte » donc à la ville de Tours environ 650 000 euros soit… 0,34 % des recettes de fonctionnement de la ville, ou moins de 1 % du montant des taxes foncières et d’habitations. Quand on sait que les marques incluent bien évidemment le coût de la publicité dans leur prix de vente, on se dit qu’on pourrait se passer de ces maigres revenus !

Les propositions du RAP

  • Interdiction des écrans numériques et de tout dispositifs éclairés, déroulants et animés afin d’éviter le gaspillage énergétique et la pollution lumineuse. Pour que la publicité ne soit pas imposée aux habitants, éviter le risque de distraire les automobilistes et préserver le cadre de vie.}
  • Limitation de la surface unitaire des dispositifs publicitaires à 2 m² et des affiches publicitaires à 50×70 cm (comme les actuels panneaux d’expression libre, bien trop rares à Tours) pour limiter l’impact sur le cadre de vie et moins imposer les contenus publicitaires dans le paysage.
  • Limitation à un panneau de 2 m² par tranche de 2 000 habitants pour diminuer la fréquence de répétition d’un même message et limiter le nombre d’obstacles à la circulation et au regard. Cela représenterait 180 panneaux sur l’agglomération, pour une surface de 360 m2. Près de 20 fois moins qu’actuellement.
  • Application de la règle des trois tiers, soit un tiers d’affichage politique et citoyen, un tiers d’affichage commercial (avec quota pour les PME) et un tiers d’affichage public et culturel.
  • Extinction des enseignes lumineuses lorsque l’établissement est fermé afin d’éviter le gaspillage énergétique et la pollution lumineuse. Actuellement la règlementation impose l’extinction des enseignes entre 1h et 6h du matin, ou au plus tard 1h après que l’activité a cessé.
  • Indépendance des services publics vis-à-vis la publicité, avec la gestion des abri-bus et tram en régie municipal. Rompons le contrat avec JCDecaux, qui entretient le mythe de la publicité générateur de services. Installons des bloqueurs de publicités sur le système informatique des services municipaux et de tout service public en général.

Certaines de ces propositions ont été reprises dans plusieurs villes françaises, et notamment à Grenoble, qui a supprimé la publicité sur le mobilier urbain directement géré par la ville (hors abribus, hors domaine privé).


[1] Les « trucs » faciles : les publicités sur support mural où le mur dispose d’une ouverture sont interdites sur Tours. Les publicités dépassant le niveau de la gouttière du toit le sont également.

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