Janvier 25, 2021
Par Basse Chaine
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La Grande Ourse expulsĂ©e en pleine trĂȘve hivernale.

Le matin du jeudi 21 janvier Ă  6h, c’est Ă  coups de disqueuse dans la porte que les habitant·es du squat de la Grande Ourse ont Ă©tĂ© brutalement rĂ©veillé·es.

Sous les ordres du prĂ©fet du Maine-et-Loire, qui avait pourtant signalĂ© Ă  l’avocat en charge du dossier qu’il n’y aurait pas d’expulsion avant le mois de mars, une demie compagnie de CRS ainsi qu’un escadron de gendarmes mobiles sont venus expulser les habitant·es.

L’ancien bĂątiment, appartenant Ă  Bertrand Baudaire, PDG de la chaĂźne de restaurant La Boucherie, Ă©tait inoccupĂ© depuis 2017. Ici, les oublié·es d’une sociĂ©tĂ© inĂ©galitaire avaient trouvĂ© refuge en septembre 2019.

Demandeur·euses d’asile, rĂ©fugié·es, Ă©tudiant·es, sans-abris, personnes en situation d’exclusion sociale et militant·es politiques s’y Ă©taient installé·es face Ă  l’incapacitĂ© du gouvernement d’assurer un hĂ©bergement digne et dĂ©cent pour tous.

DĂšs lors, au-delĂ  de la proposition de logement qu’elle reprĂ©sentait, la Grande Ourse Ă©tait rapidement devenue un espace essentiel Ă  l’organisation des luttes locales : Ă©cologie, justice sociale, mouvement pour les sans-papiers…etc.

Les causes, aussi diverses soient-elles, s’y sont croisĂ©es, enrichies et soutenues.

IndĂ©niablement propice Ă  la convergence des luttes et des tactiques, le squat a Ă©galement participĂ© au dĂ©veloppement d’actions solidaires : rĂ©cupĂ©ration, distribution de nourriture et de vĂȘtements, maraudes, soirĂ©es de soutien…

Nombreuses étaient les initiatives porteuses de solidarité et vectrices de lien social.

Dans un monde aux systĂšmes destructeurs et autoritaires, oĂč la justice et la libertĂ© n’ont de cesse d’ĂȘtre bafouĂ©es, prendre possession de lieux vacants afin d’y faire vivre les sans-abris et les luttes politiques est de l’ordre de la raison. S’extraire d’une sociĂ©tĂ© dĂ©vastatrice, politiser notre maniĂšre d’habiter, penser la rĂ©silience et incarner concrĂštement l’alternatif sont des actes vitaux que le collectif de la Grande-Ourse s’applique Ă  exercer sans relĂąche.

Parce qu’il menaçait l’ordre Ă©tabli, une dĂ©cision d’expulsion avait Ă©tĂ© prise Ă  l’encontre du squat en octobre 2020, dĂ©cision rejetĂ©e par la Cour d’appel d’Angers le 6 janvier 2021. Le 9 fĂ©vrier 2021 aurait dĂ» se tenir la Cour d’appel qui devait se pencher sur la dĂ©cision d’expulsion. Le prĂ©fet n’a cependant pas attendu le feu vert de la justice pour organiser l’expulsion des habitant·es en pleine trĂȘve hivernale. Cette dĂ©cision d’expulsion prise Ă  ce moment empĂȘche les habitant·es de pouvoir se dĂ©fendre aux yeux de la justice face Ă  un verdict manipulĂ© par la domination des intĂ©rĂȘts d’une classe bourgeoise prĂ©dominante dans la ville d’Angers.

Les forces de l’ordre ont donc procĂ©dĂ© Ă  l’expulsion en faisant usage de la force.

RĂ©veillé·es brutalement, mis·es Ă  terre, parfois mĂȘme tiré·es par le pantalon, les occupant·es ont Ă©tĂ© mis·es dehors tĂŽt ce matin lĂ , sans voir de propositions de relogement fiables pour les jours Ă  venir.

Iels ont dû assister, impuissant·es, à la destruction de leurs meubles et de leurs lits par des gendarmes visiblement à la recherche du moindre élément pouvant permettre de mettre à mal les habitants ou les membres du collectif.

Les ordinateurs, outils et disques durs ont Ă©tĂ© volĂ©s et les matelas issus de la donation de sympathisants ou d’associations (EmmaĂŒs entre autres) ont Ă©tĂ© Ă©ventrĂ©s. Les chambres construites ont Ă©tĂ© saccagĂ©es et les habitant·es ont dĂ©couvert nombre de leurs affaires dĂ©truites ou disparues.

Un soi-disant test du Covid19 aurait Ă©tĂ© fait Ă  la sortie de chaque habitant·es, aucun des concernĂ©s n’en a vu la couleur malgrĂ© que Ouest France l’affirme.

L’inventaire, procĂ©dure lĂ©galement obligatoire n’a Ă©galement pas Ă©tĂ© respectĂ©e, ainsi les habitant·es se sont vu·es dans l’obligation de nĂ©gocier et de « crier comme des putois Â» face aux salariĂ©s de l’entreprise chargĂ©s de vider les lieux afin de rĂ©cupĂ©rer la moindre de leurs affaires.

En effet, ceux-ci engagĂ©s auprĂšs d’une entreprise privĂ©e avaient pour mission de jeter et dĂ©truire la totalitĂ© des biens.

C’est ainsi que tous les biens matĂ©riels des occupant·es, la nourriture, les vĂȘtements, duvets et couvertures ont tout simplement eu le mĂȘme destin que les ordures, vouĂ©s Ă  la destruction.

En quelques heures, tout ce qu’ils n’ont pas pu rĂ©cupĂ©rer pendant l’expulsion s’est tout simplement retrouvĂ© jetĂ© dans de grandes bennes avec tous les objets qui avaient entourĂ© un quotidien commun.

Les salariĂ©s, par manque de moyen, se sont ainsi retrouvĂ©s Ă  utiliser la mĂȘme charrette qui servait pour les maraudes, pour jeter Ă  la bennes les lĂ©gumes (fournis par le RAARE, ravitaillement autonome et alimentaire rĂ©seau d’entraide) permettant de nourrir des SDF du centre-ville, ainsi que les habitant·es et les « trĂšs prĂ©caires Â» qui cĂŽtoyaient la Grande Ourse.

On notera que l’un des salariĂ©s a refusĂ© de travailler ce jour lĂ  en apprenant qu’il s’agissait de l’expulsion de cette derniĂšre.

Chaque bien appartenant Ă  l’un·e des habitant-es a dĂ» ĂȘtre nĂ©gociĂ©.

En plus de mettre ces personnes sur le trottoir, l’huissier, visiblement peu enclin Ă  agir lĂ©galement, porte le coup de grĂące en refusant Ă  une dizaine d’habitant·es qui avaient pourtant leur nom sur la procĂ©dure de rentrer chercher leur biens.

Ce qui Ă  alors obligĂ© le peu de personnes qui ont pu pĂ©nĂ©trer dans le bĂątiment Ă  sortir le plus d’affaires personnelles en plus des leurs et du matĂ©riel de valeur.

AprĂšs avoir refusĂ© toutes les demandes de DALO (droit au logement opposable), les occupant·es se sont vu·es proposer des solutions d’hĂ©bergement temporaires (de quelques semaines) sur Saumur, Cholet et pour deux chanceux Angers. Rappelons que toutes ces personnes sont en procĂ©dure de rĂ©gularisation, ce qui leur demande de venir rĂ©guliĂšrement sur Angers alors qu’elles sont hĂ©bergĂ©es loin, souvent Ă  plusieurs kilomĂštres du centre-ville ou d’un magasin, sans titre de transport ni moyen de se dĂ©placer ou de s’alimenter.

La Grande Ourse ne pourra plus servir de lieu refuge pour les personnes prĂ©caires, pour l’organisation de maraudes ou de l’épicerie solidaire.

Pour couronner le tout, dĂšs le lendemain matin, plusieurs voitures de la police municipale et nationale sont venues Ă  Étincelle, lieu associatif et Ă©vĂ©nementiel qui a servi de lieu de stockage et de rĂ©pit aprĂšs cette dure journĂ©e.

Pour enquĂȘter sur le cambriolage du groupe d’extrĂȘme droite, arrivĂ© quelques jours plus tĂŽt ?

Non, mais bien pour cette fois expulser les 2 personnes qui y étaient présentes ce matin là, prétextant que la fin de la convention avait pris fin un an plus tÎt.

Il est visiblement trop compliqué pour ces sbires de la bourgeoisie de lire correctement une simple date.

Ou serait-ce un coup de pression ?

Le Chabada, salle de concert situĂ©e Ă  cĂŽtĂ© de L’Etincelle, s’est ainsi retrouvĂ© averti par la police que des « squatteurs Â» pourraient tenter de pĂ©nĂ©trer dans leur locaux.

La bourgeoisie angevine aurait-elle peur ?

Parce que nous n’acceptons pas que des personnes puissent ĂȘtre expulsé·es de maniĂšre indigne, judiciairement douteuse en pleine crise sanitaire, par une bourgeoisie hautaine et mĂ©prisante.

Parce que nous n’acceptons pas d’ĂȘtre considĂ©ré·es comme de simples pions face Ă  la haine que reprĂ©sente leur cheval de bataille.

Parce que nous n’acceptons pas qu’un investissement permette de jeter Ă  la benne la dignitĂ© de simples victimes du colonialisme et d’une sociĂ©tĂ© de consommation et de production.

Parce que nous n’acceptons pas une sociĂ©tĂ© oĂč le profit est en concurrence avec la solidaritĂ©.

Parce que nous n’acceptons pas la censure de l’expression de nos droits fondamentaux, bafouĂ©s et rĂ©primĂ©s.

Parce que nous n’accepterons plus les injustices sans se BATTRE, nous serons lĂ  ! Pour pointer, nommer et les faire assumer l’indiffĂ©rence de leurs crimes.

Demander n’a JAMAIS suffit, il faut PRENDRE ce qui nous revient de DROIT !




Source: Basse-chaine.info