Voici six jours et six nuits que le monde regarde ébahi les Etats-Unis d’Amérique. Pour mieux comprendre le soulèvement en cours, nous nous sommes entretenus avec des manifestants et émeutiers de Minneapolis, Chicago, Atlanta et New York. Reportage.

Lundi matin

Voici six jours que le monde regarde l’Amérique, depuis que George Floyd a été tué, le 25 mai, par l’officier de policier Derek Michael Chauvin devant trois de ses collègues. La photo de l’agent, son genou appuyé pendant 8 minutes sur le cou de sa victime a fait le tour de la planète. Elle a immédiatement provoqué la plus grande révolte qu’ont connu les Etats-Unis depuis plusieurs décennies. L’histoire a été racontée jusque dans les journaux français : George Floyd, Afro-Américain de 46 ans, a grandi au Texas, où il fut notamment footballeur (pour le Yates High School), basketteur et rappeur (produit par DJ Screw). Le champion NBA Stephen Jackson, un ami d’enfance, disait de lui après sa mort : « La seule différence entre moi et ce frère est que j’ai eu davantage d’opportunités que lui ». Il avait déménagé à Minneapolis il y a plusieurs années et travaillait dans un bar avant que l’épidémie de Covid-19 ne le pousse au chômage. Le 25 mai, il est arrêté à bord de sa voiture, garée sur le parking d’un magasin Cup Food, accusé d’avoir voulu y acheter des cigarettes avec un faux billet de 20 dollars.

Dès le lendemain du meurtre, les habitants de Minneapolis ont commencé à manifester pour réclamer notamment l’inculpation des 4 policiers impliqués dans l’arrestation (dont deux ont déjà été accusés par le passé de violences policières). Boudant les rassemblements militants, ils se regroupent spontanément, notamment autour du commissariat où travaillait Dereck Chaunvin, le « 3rd precinct ». C’est à partir d ici, avec l’attaque à coup de pierres du poste de police (qui sera plus tard incendié) que les manifestations vont s’étendre, et tourner à l’émeute. Comme nous le raconte l’un des participants à cette première journée de révolte :

Je ne suis pas certain que les gens d’ailleurs saisissent l’ampleur de ce qui s’est passé. Le premier jour, à Minneapolis, la foule s’étendait sur trois kilomètres de long, depuis l’emplacement du meurtre de George Floyd jusqu’au commissariat de police du troisième district. Les choses étaient incontrôlables dans toute la zone, même si les affrontements étaient concentrés autour du commissariat.

L’émeute va se poursuivre pendant plusieurs jours, malgré l’instauration d’un couvre-feu, le licenciement des 4 policiers impliqués, l’arrestation de Derek Chauvin, et la condamnation publique des violences policières par les responsables politiques locaux. Alors que la police a repris le contrôle du 3rd precinct, la foule se déplace 3 kilomètres plus loin, autour du commissariat du 5e. La pratique du pillage-incendie en voiture disperse dans un premier temps les forces de police (occupées à sécuriser les extinctions de feux). Tandis que les unités de maintien de l’ordre restent fixées sur leurs positions (notamment le commissariat) l’émeute se propage dans les deux villes jumelles.

Lire la suite de l’article avec vidéos et témoignages :

https://lundi.am/Nous-avons-construit-ce-pays-et-nous-allons-le-detruire-par-le-feu-s-il-le-faut


Article publié le 02 Juin 2020 sur Millebabords.org