Il y a deux ans, en mai 2018, le militant anarchiste lyonnais Bernard Pensiot nous quittait brutalement. L’occasion de revenir sur son engagement antifranquiste et libertaire durant la «  transition démocratique  » espagnole à l’occasion de la publication du livre “Espoirs déçus”.

Le 6 Mai 2018, Bernard Pensiot décédait d’une crise cardiaque dans le village de l’Abergement-de-Varey dans l’Ain où il s’était installé pour passer sa retraite.

Militant libertaire lyonnais de longue date, à la Fédération anarchiste puis à la Coordination des groupes anarchistes mais aussi un temps au Syndicat unitaire du bâtiment de la CNT et animateur de la librairie libertaire la Plume noire comme de l’émission Idées noires sur Radio Canut, Rebellyon lui avait rendu hommage et était alors revenu sur son parcours militant :

Deux ans plus tard ce sont Les éditions Atelier de création libertaire qui reviennent sur son engagement peu connu durant les “années de braises” de la fin du franquisme, qui le conduisit notamment en prison à la Modelo à Barcelone, à l’occasion de la publication du livre Espoirs déçus, Engagements antifranquistes et libertaires durant la «  transition démocratique  » espagnole de David Rappe

En effet, le 4 février 1978, Bernard Pensiot est arrêté par la Guardia civil sur les Ramblas à Barcelone. Dans le même temps, dans les jours qui précédent et suivent c’est 13 autres militants libertaires, espagnols et français, qui subissent le même sort dans le cadre d’un « coup de filet » contre un soit-disant « groupe terroriste international » dont Bernard serait le relais à Perpignan pour organiser les passages entre la France et l’Espagne. Des arrestations qu’il faut replacer dans le contexte de criminalisation d’un mouvement libertaire renaissant en Espagne, notamment au plan syndical avec la CNT. Pour Bernard et ses camarades, il s’ensuit torture puis incarcération durant de longs mois voire des années.

Bernard menait depuis plusieurs années une activité au sein d’un réseau de soutien, matériel et humain aux militant-e-s libertaires en Espagne. Il réalisait un travail d’information sur ce qui s’y passait notamment par la diffusion de tracts envers l’Espagne et ceux qui y partaient. Il participait à de nombreux passages clandestins de matériel de propagande à pieds ou dans des voitures trafiquées tout comme de l’argent et des armes aussi parfois. Il organisait encore la réception de camarades fuyant le régime franquiste et qui avaient besoin de papiers, de travail, d’argent, d’hébergement. Il allait pour cela de nombreuses fois chercher des militant-e-s qui avaient urgemment besoin de venir se réfugier en France et leur faisait passer, dans des conditions souvent très difficiles, la frontière clandestinement.

Solidarité par delà la frontière, passeur de propagande, de matériel, d’espoirs, renouveau libertaire, répression puis prison avec ses mutineries, ses tentatives d’évasion et ses grèves de la faim… une période dite de « Transition démocratique » que Bernard a vécu à fond, avec ses espoirs, ses enthousiasmes mais aussi ses désillusions. Période où Bernard s’est impliqué aussi, lors de sa détention, dans le mouvement des prisonniers d’Espagne regroupés dans la Coordination des prisonniers en lutte (COPEL) réclamant une amnistie générale.


Article publié le 12 Juin 2020 sur Rebellyon.info