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L’expulsion : entre pressions policières et bizounours de la métropole

La fermeture du squat a été négociée entre les habitants et soutiens d’un côté, la Préfecture et la Métropole de l’autre avec des médiateurs (menés par Ch. Delorme) au milieu.

Les échanges ont commencé avec Kimelfeld (LREM) et se sont poursuivis avec la nouvelle municipalité verte. Des modalités précises ont été établies sur la base de « pas d’expulsion sans relogement digne et durable ». La métropole a proposé des lieux (deux à Villeurbanne et un à Lyon Vaise), lancé des appels d’offre pour leur gestion. Le MAS a été retenu pour des préfabriqués modulaires à destination des mineurs (La Station), et des Tiny house [1] à Villeurbanne.

La fermeture du lieu était prévue pour le 27 octobre mais, alors que des négociations se poursuivaient, une intervention policière a lieu le 13 octobre : blocage des rues, interdiction d’entrer ou de sortir, isolement des bâtiments les uns par rapport aux autres, intrusion dans les chambres pour relever les identités. Résultat : les absents ne sont pas pris en compte et d’autres, effrayés, ne remettent plus les pieds au squat. Pas grave, pour la préfecture et Darmanin (venu à Lyon la veille) qui peuvent ainsi montrer leurs muscles.

Le 27 octobre, c’est rebelote en terme de présence et de pratiques policières. Les jeunes sont regroupés et conduits sous escorte dans un gymnase voisin, triés et répartis. Les mineurs présents au collège le jour de l’expulsion seront d’abord hébergés en hôtel, puis rapidement 52 sont installés à la Station.

Les majeurs sont envoyés à l’OFII [2] ou au guichet de la Préfecture, où leur est proposé « l’ aide au retour » : une prime de 1300 euros pour retourner dans leur pays avec, en attendant, un hébergement. À priori, aucun n’a accepté cette proposition qui les scandalise car ils ont déposé une demande d’asile.

Enfin, (mais on ne sait pas s’il faut en rire ou en pleurer), il est même proposé aux soutiens de récupérer comme souvenirs des morceaux de la fresque décorant le bâtiment. Le squat serait-il perçu comme le mur de Berlin local dont la Métropole venait enfin de se débarrasser ?

Amateurisme ou mauvaise volonté métropolitaines ?

Immédiatement après l’expulsion de nombreux habitants se retrouvent dans la nature et sont ballottés d’informations contradictoires en rendez-vous à l’arrache. Ainsi, le 27 en après-midi, un rendez-vous est donné par les autorités place Bellecour, mais sans préciser où. Sur place, expulsés et soutiens trouvent un fonctionnaire de la Métropole installé en plein air avec un ordinateur mais sans table ni chaise. Il est chargé de la répartition des personnes dans des hôtels. Deux cars attendent de se remplir et de partir vers les hôtels à St Priest, Décines, Rillieux, Givors… Trois personnes de la Croix-Blanche (payées par la Métropole pour encadrer) regardent la scène d’un peu plus loin sans bouger.

Les exilés/ expulsés restent dans une situation extrêmement précaire, ainsi sur le logement, Il faudra attendre le 9 novembre pour que l’ensemble des jeunes (mineurs comme majeurs) soient provisoirement hébergés.

Le comité de suivi mis en place avec la mairie dès l’expulsion ne donnera rien, et à la Métropole, l’engagement de « zéro personne à la rue » se limite à « ceux du ressort de la Métropole » (les mineurs) et actuellement les déboutés ou les exilés en situation précaire bien qu’hébergés en hôtel sont dans l’incertitude et certains en sont déjà partis de leur plein gré vu la situation inquiétante. Les négociations pour obtenir un engagement de mise à l’abri durable même après la trêve hivernale et la crise sanitaire patinent car personne ne semble ni ne souhaite s’engager et des luttes internes à la Métropole empêchent le dossier d’évoluer favorablement.

L’adhésion de la ville et de la Métropole au réseau ANVITA [3] manque de concret car cette généreuse initiative n’engage pas à un hébergement.

Malgré une bonne volonté affichée, l’installation de lieux d’accueils traîne (certains annoncés comme imminents en novembre ne seront prêts qu’en mai/ juin 2021). La destination des hébergements prévus, lorsqu’ils sont créés, est parfois détournée. Deux délibérations votées en conseil métropolitain font état de subventions accordées pour reloger les habitants du collège. Ces lieux qui devaient les accueillir seront finalement attribués à des familles ou femmes avec enfants.

Même si le soutien aux exilés ne limite pas à défendre uniquement les anciens du collège, le procédé paraît pour le moins contestable. On a l’impression qu’une nouvelle urgence plus urgente efface la précédente dans un cadre de pénurie généralisée.

En effet, 800 à 1000 personnes seraient hébergées en hôtel et de nouvelles personnes arrivent.

Actuellement des jeunes en recours qui étaient hébergés en CADA suite au diagnostic social réalisé pendant le premier confinement reçoivent leur refus de demande d’asile et sont mis à la rue.

Il en est de même pour certains mineurs.


Situation actuelle

Le collectif propose et travaille à diverses solutions :

  • des conventionnement de squats (ce qui ne résout pas le problème des carences systémiques d’accueil mais y pallie) via des associations qui pourraient gérer les lieux sous la vigilance des habitants. Cela se fait déjà pour deux bâtiments (Squat Arloing et Lafayette) dans lesquels d’importants travaux d’électricité et de plomberie ont été effectués par la métropole,
  • des locations d’appartements collectifs financés par la carte ADA des demandeurs,
  • afin de remplacer la fonction d’accueil (pour les nouveaux arrivants et le juridique) qu’avait Maurice Scève : projet de création d’une permanence dédiée aux majeurs (la convention vient d’être signée pour une salle inoccupée du fait de la pandémie), la métropole elle, envisage la création de Maison de l’hospitalité à la Croix-Rousse.

Pour les soutiens, il faut aussi éviter que l’expertise, les connaissances et le militantisme, déployés et accumulés autour du squat ne deviennent pas le cache-misère, le palliatif, la solution la moins coûteuse, aux carences, à la mauvaise volonté, à l’hostilité de la Préfecture, de l’État et des villes à l’accueil des exilés.

Car c’est ce qui s’est passé à Maurice Scève d’un strict point de vue financier. En hébergement d’urgence, le coût journée alloué par l’État est de 16,25 € et de 19,50 € en centre pour demandeur d’asile. Le squat a duré 730 jours et a hébergé quotidiennement 300 personnes à disons, 20 €. Le coût total estimé serait de 4,23 millions d’€.

Si on défalque les interventions de l’ALPIL et de FNDSA (400 000 la première fois et peut-être 280 000 pour la deuxième) cela a fait 3,7 millions d’euros économisés pour l’État et les collectivités alors que ni l’un ni l’autre n’assument leurs obligations légales d’accueil. De plus, la « sécurisation » anti-squat des bâtiments vides de la Métropole a coûté elle, 1,8 millions d’€ qui auraient pu/du être utilisés pour l’accueil.

En guise de conclusion

Les migrations ont existé de tous temps. Sans doute vont-elles s’amplifier dans les années à venir, à l’aune des conflits, du changement climatique et de la paupérisation des populations. Il faut aussi rappeler que ces migrations sont de manière écrasante internes aux continents et aux pays touchés.

Majoritairement, les syriens se réfugient au Liban ou en Turquie, les libyens en Tunisie, les vénézuéliens en Colombie, les nigérians, maliens, burkinabés à l’intérieur de leurs pays respectifs…) et les migrations intra-africaines (toutes causes confondues) représentent 80 % des populations africaines qui migrent.

Les migrations vers pays « riches », « développés » ne constituent donc qu’une faible partie des immenses mouvements migratoires actuels.

L’ouverture du squat et sa pérennisation pendant deux ans ont été imposées par la carence des politiques d’accueil, carence organisée sous le prétexte immonde qu’un accueil digne est un appel d’air pour que de tous les pays convergent les migrants, suspects de « benchmarker les pays » comme l’a dit l’ex-ministre de l’Intérieur Collomb. Or, avant de partir, les exilé.e.s ne font pas un tableau Excel comparatif des avantages et inconvénients de chaque destination, d’autant que ce ne sont pas eux qui génèrent les crises migratoires.

Toutes les mesures limitant la libre circulation justifient une répression qui n’a jamais montré d’effet sur les flux migratoires. Au contraire, ces mesures ne font qu’augmenter les tarifs et profits de l’industrie des réseaux mafieux de passeurs. Selon les Nations Unies et le Conseil de l’Europe, la traite des êtres humains serait la troisième forme de trafic la plus répandue dans le monde après le trafic de drogue et le trafic d’armes. Elle ne générerait pas moins de 32 milliards d’euros de « chiffre d’affaires » annuel, dont cinq milliards rien qu’en Europe [4].

La solidarité et l’accueil sont plus que nécessaires au moment où le débat sur l’immigration est mené par le RN et ses affidés et que tous les partis s’alignent dessus. Si en Lepénie, les migrants, « c’est comme les éoliennes : tout le monde est d’accord pour qu’il y en ait mais personne ne veut que ce soit à côté de chez lui », à « l’extrême-gauche » sauce LFI, c’est François Ruffin qui prône le « retour des frontières » car pour lui il faut « poser des limites à la circulation tous azimuts des personnes » (déclarations sur France Inter fin 2020).

On est ici dans la droite ligne des déclarations de Michel Rocard le 3/12/1989 « Puisque, comme je l’ai dit, comme je le répète, même si comme vous je le regrette, notre pays ne peut accueillir et soulager toute la misère du monde, il nous faut prendre les moyens que cela implique.  »

Sans oublier le discours de Chirac sur l’immigration du 19/06/ ju1991 sur le bruit et l’odeur, les « Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes. »

Les « fake news » et vocabulaire raciste martelés massivement sur « l’appel d’air », « le grand remplacement », « ils viennent prendre le boulot des français », « toucher les allocs » doivent être combattus par la solidarité concrète envers les exilés et un vaste changement de société car en paraphrasant « Matin brun », « personne n’est à l’abri quand chacun n’est pas à l’abri ».

Les statistiques comme la réalité le prouvent, aucune de ces assertions n’est vraie. La plus emblématique, « ils viennent manger le pain des français », (déjà dénoncée en 1972 par Fernand Raynaud dans son sketch « Le douanier ») est à regarder à travers le prisme des lauréats du prix de la meilleure baguette : en 2020, Taieb Sahal, en 2018, Mahmoud M’seddi, en 2017, Sami Bouattour. En 2019, Fabrice Leroy s’est intercalé dans ce florilège de noms fleurant bon l’universalité et le mélange. [5]

G. et Eugene the Jeep




Source: Oclibertaire.lautre.net