Juin 13, 2021
Par Marseille Infos Autonomes
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Dans les derniĂšres annĂ©es, on a assistĂ© en France Ă  un cycle de mobilisations politiques qui a visĂ© le rĂ©gime nĂ©o-libĂ©ral au pouvoir, soit pendant la prĂ©sidence Hollande, soit dans les derniĂšres trois annĂ©es sous Macron ; ces mobilisations ont commencĂ© en s’opposant Ă  une loi particuliĂšre mais ont fini pour contester une prĂ©carisation gĂ©nĂ©rale de la vie. Loi Travail, RĂ©forme des retraites, taxe sur les produits Ă©nergĂ©tiques, loi sĂ©curitĂ© globale, etc., sont des lois qui visaient des domaines spĂ©cifiques, mais qui ont dĂ©chainĂ© des mobilisations (GJ, manifestations, rĂ©actions syndicales…) qui ont contestĂ© toute une maniĂšre de vivre, tout un systĂšme social, politique et Ă©videmment Ă©conomique.

Dans ce sens, la mobilisation qui a pris forme dans les derniers mois au sein de l’Education Nationale rĂ©pond Ă  la mĂȘme logique. C’est Ă  dire que d’un cĂŽtĂ© c’est une rĂ©action Ă  un tournant rĂ©pressif de l’Etat, qui cherche Ă  utiliser la crise sanitaire pour appliquer un contrĂŽle resserrĂ© et disciplinaire sur le systĂšme scolaire ; et de l’autre cĂŽtĂ© c’est une contestation non seulement des conditions de travail des Ă©lĂšves et des adultes Ă  l’intĂ©rieur de l’école, mais de toute une structure productive et sociale qui fait en sorte que l’école soit devenue un apprentissage de compĂ©tences techniques qui adapte la formation des jeunes selon les demandes du marchĂ© de travail.



À Marseille, la catĂ©gorie la plus active dans ces mobilisations pendant les derniers mois a sans doute Ă©tĂ© celle des AED, (les surveillant.e.s) qui ont Ă©tĂ© les premiers Ă  se mobiliser de façon spontanĂ©e (c’est Ă  dire sans qu’un appel syndical ait Ă©tĂ© prononcĂ© avant). Plusieurs dates de grĂšves ont Ă©tĂ© fortement suivies cet hiver, avec des vies scolaires souvent entiĂšrement fermĂ©es. Le collectif AED 13 s’est formĂ© Ă  partir de luttes dans des Ă©tablissements marseillais, vite rejoint par des AED de tout le dĂ©partement, puis par des dates de grĂšves nationales, notamment le 1er dĂ©cembre.

Probablement les AED se sont mobilisĂ©s aussi Ă  cause d’un statut plus prĂ©caire que d’autres, soit d’un point de vue du capitale symbolique (reconnaissance sociale, visibilitĂ© publique…) soit Ă©conomique (smic, CDD d’un an renouvelable pour 6 ans maximum, etc.). Si d’autres catĂ©gories publiques, notamment les profs – mais aussi dans les secteurs de la santĂ© -, peuvent se sentir protĂ©gĂ©.e.s par leurs statuts, qui leur garantit encore (au moins jusqu’à l’explosion de la crise Ă©conomique qui est en train de murir) une position sociale et Ă©conomique, les AED sont des travailleur.euses qui ont beaucoup moins Ă  perdre en se positionnant contre le discours et les pratiques du pouvoir.

Au contraire, les AED ont beaucoup Ă  gagner en s’organisant et en se mobilisant, et leurs revendications sont ambitieuses mais rĂ©alistes. Encore plus si on les insĂšre dans une rĂ©forme gĂ©nĂ©rale de l’éducation nationale, ce qui semble de plus en plus nĂ©cessaire depuis que la crise sanitaire a rĂ©vĂ©lĂ© les fortes inĂ©galitĂ©s dĂ©jĂ  existantes dans le secteur Ă©ducatif rĂ©publicain ; en particulier, la crise a rendu plus Ă©vidente l’importance du travail de soin de l’autre et de soi-mĂȘme, qui est au centre de l’activitĂ© des AED.



En tant que AED, nous avons pu voir notre charge de travail augmenter, devenir beaucoup plus prenante et fatigante qu’avant le Covid, tout en restant assez invisibilisĂ©. Avec les protocoles sanitaires mis en place dans les Ă©tablissements, nous devons rĂ©pondre Ă  des nouvelles missions (souvent beaucoup moins Ă©ducatives que logistiques – voire rĂ©pressives-, notamment quant au port du masque). Trop souvent nous subissons le manque d’espace de concertation et de discussion avec les Ă©lĂšves et les collĂšgues, ce qui va de pair avec un durcissement des rapports hiĂ©rarchiques entre catĂ©gories (CPE, directions, professeurs…). Certain.es se sont fait convoquer pour avoir fait grĂšve, ou pour des tensions liĂ©es Ă  cette charge de travail, allant jusqu’à la menace de non-reconduction du contrat Ă  la fin de l’annĂ©e. Souvent, les hiĂ©rarchies jouent sur le contexte Ă©motionnel de la crise sanitaire pour culpabiliser et faire taire les AED qui dĂ©noncent des conditions dĂ©plorables, autant pour les travailleur.euses que pour les Ă©lĂšves.

À partir de ces constats, le collectif AED 13 en mobilisation a pu produire une plateforme commune de revendications, parmi lesquelles on peut trouver l’augmentation salariale, un statut reconnu juridiquement et – donc – socialement, l’accĂšs aux droits Ă  la formation, les primes Zep, et une amĂ©lioration des conditions sanitaires sur les lieux de travail.

Tout cela se passe pendant que le gouvernement continue Ă  parler de laĂŻcitĂ© et de lutte Ă  l’islamo-gauchisme, avec un discours qui est totalement dĂ©tachĂ© de la rĂ©alitĂ© du terrain. Toutefois nous sommes conscient.e.s que ces discours produisent des effets sur nos vies quotidiennes, sur la maniĂšre dont nos enfants vivent l’école et sur ce qu’elles.ils y apprennent.

MalgrĂ© la propagande des « hĂ©ros qui sauvent la patrie Â», Ă  l’école comme dans les hĂŽpitaux et dans tout le secteur public, les pouvoirs politiques n’ont concĂ©dĂ© aucune amĂ©lioration sensible aux conditions de travail depuis le dĂ©but de la pandĂ©mie. Au contraire, l’Education Publique a souvent Ă©tĂ© utilisĂ©e comme une garderie d’enfants qui doit garantir la productivitĂ© des parents, plus que pour l’épanouissement et la rĂ©ussite des Ă©lĂšves. C’est ce qui a produit le mouvement des AED qui, parmi d’autres, s’est agrandit et qui a unit beaucoup d’établissements scolaires, en prenant de plus en plus conscience de la nĂ©cessitĂ© de son engagement et de sa lutte.

Nous croyons que les mobilisations des AED sauront continuer et s’élargir si elles trouveront des convergences avec d’autres travailleur.euses, en influençant les prochaines luttes afin de dĂ©mocratiser par le bas la sociĂ©tĂ© et ses institutions. En particulier il sera fondamental de construire des liens avec les secteurs Ă©ducatif et sanitaire, qui sont parmi les plus directement concernĂ©.e.s par la nouvelle organisation sociale en train de se construire avec la pandĂ©mie. Ce mouvement, en mettant au jour l’organisation politique, est en train de montrer la nĂ©cessitĂ© de construire des luttes dans les prochains mois qui rĂ©unissent les intĂ©rĂȘts des travailleur.euse.s, non seulement des Ă©coles (adultes et Ă©lĂšves), mais dans toute la sociĂ©tĂ©.

La casse

Nous sommes un collectif de travailleur. ses dans l’éducation, pour l’instant profs et AED, qui se sont rĂ©uni.es suite aux gardes Ă  vue d’élĂšves aprĂšs l’hommage Ă  Samuel Paty. On trouvait qu’aucune rĂ©action des institutions ne condamnait la criminalisation des enfants de moins de 13 ans. On a donc Ă©crit un premier texte, et on aimerait en Ă©crire d’autres. On est donc un collectif en construction, et ce qu’on veut c’est faire entendre des voix dissonantes et invisibilisĂ©es sur les milieux de l’éducation et se mobiliser en consĂ©quences (soutenir nos Ă©lĂšves, leurs parents, nos collĂšgues ect.). Personnels, Ă©lĂšves, parents d’élĂšves, toutes vos idĂ©es, rĂ©flexions, propositions, attentes, expressions diverses sont les bienvenues ! On peut aussi se rencontrer, s’entraider dans la production ou recueillir des Ă©crits dĂ©jĂ  faits.

et le bulletin complet en version pdf






Source: Mars-infos.org