Janvier 24, 2022
Par CRIC Grenoble
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Manif label Grenoble capitale verte

Retour sur la manifestation du 15 janvier 2022 contre le label Grenoble Capitale Verte et son inauguration par Macron.

Anti-anti-anti capitale verte !


PrĂšs de 1500 personnes ont manifestĂ© samedi 15 janvier, contre le label Grenoble Capitale Verte et son inauguration par Macron. Refusant finalement l’invitation, il a envoyĂ© Ă  sa place la ministre de la « transition Ă©cologique Â» Barbara Pompili.


Rappelons que ce prix a pour but de donner des millions d’euros Ă  la ville (350 000euros de l’europe, 4 millions de l’État, 4 millions de la ville, 1,75 million du dĂ©partement) pour faire des Ă©vĂ©nements culturels et rĂ©nover des lieux d’accueil de ces spectacles, et promouvoir un label plutĂŽt que vraiment mettre en place des choses pour l’écologie. Une opĂ©ration de communication spectaculaire, pour faire simple. La mascarade atteint son paroxysme quand on voit le nom des entreprises partenaires qui financent ce label : Minatec, le CEA, Orange, ENEDIS, Schneider Electric, Caterpillar, Air liquide, le MEDEF, Vicat, etc.

Ce n’est pas pour rien que le DaubĂ© titre un de ses articles : Â« Grenoble Capitale verte : un coup de projecteur sur les bonnes pratiques des entreprises du bassin Â». En effet, c’est une opportunitĂ© pour elles de s’acheter une conscience Ă©cologique et de valoriser leur image un peu trop polluante en y apposant le petit “green label” tout en poursuivant leur participation Ă  une surproduction dĂ©sastreuse, qui plus est cotĂ©e en bourse. Quand l’écologie est rĂ©cupĂ©rĂ©e par le capitalisme Ă  grand renfort de marketing, c’est ce qu’on appelle le Greenwashing. Nous ne pouvons cautionner un Ă©vĂ©nement crĂ©Ă© par des institutions publiques qui se fourvoient avec le privĂ©.


Si la manifestation de ce samedi « marche pour une Ă©cologie sociale et populaire Â» Ă©tait dĂ©clarĂ©e par Alternatiba, Citoyens pour le climat (CPLC), Attac ou Greenpeace, c’est un mĂ©lange d’organisations, de syndicats trĂšs variĂ© qui Ă©tait prĂ©sent dans les rues. Nous Ă©tions plusieurs collectifs et individus rĂ©uni.es pour former un cortĂšge anticapitaliste, qui contrairement Ă  certains de ces groupes Ă©cologistes, ne croyons pas Ă  la « transition Ă©nergĂ©tique Â», critiquons non seulement l’État et son inaction mais aussi la politique de la ville de Grenoble, et l’écologie utilisĂ©e Ă  des fins politiciennes : « Grenoble, la “Smart City Â» des ingĂ©nieur·es et start-uppers, dĂ©veloppe de nouveaux marchĂ©s rentables pour le capitalisme Ă  travers la croissance “verte” tout en pĂ©nalisant les plus prĂ©caires. Â» (voir l’appel en entier ici).


En plus de l’immense banderole « Grenoble Capital-isme vert Â», on pouvait lire des messages comme “Non au greenwashing”, “contre la politique de Macron Â», « Non aux projets inutiles Â» ou « Piolle ami des multinationales Â».

C’est sous un grand ciel bleu que la manif s’est Ă©lancĂ©e Ă  partir du Parc Paul Mistral, en croisant Ă  plusieurs reprises celle contre le Pass Sanitaire, notamment place de la prĂ©fecture. Ce croisement de cortĂšges a semĂ© la confusion entre les manifestants qui nous scandaient qu’il fallait ĂȘtre contre le pass sanitaire avant tout, alors que beaucoup d’entre nous leur donnent certainement raison. C’est aussi Ă  ce moment que des slogans antifascistes ont Ă©tĂ© criĂ©s, pour rappeler qu’on trouve des mouvances d’extrĂȘme-droite dans ces manifestations anti-pass comme Civitas, EgalitĂ© et rĂ©conciliation, les Patriotes
. (voir article de la horde)

Puis on est passĂ©.es par l’avenue LesdiguĂšres jusqu’au centre-ville, dĂ©rangeant visiblement des gens assis aux terrasses des restaurants ou consommant dans les boutiques. Des RG se sont fait sortir de la manif, des fumigĂšnes roses et violets ont colorĂ© le cortĂšge et des tags sont apparus sur les murs et le « mobilier urbain Â». Le tout au son de la Combattucada, avec le divertissement des clowns de la BAC (brigade activiste de clowns) et les portraits de Macron barbouillĂ©s de peinture verte, et sous les slogans « siamo tutti antifascisti Â» , « Anti, anti capitale verte Â», « Techno, nano, pas Ă©co-lo ! Â» ou encore les chants « A bas l’état policier Â» ou « Greenwashing bobo Ă©colo / Grenoble, grenoble / Greenwashing bobo Ă©colo / le capitalisme Ă  vĂ©lo le capitalisme Ă  vĂ©lo ! Â», « On peut ĂȘtre heureux sans rollex /

On peut se passer de Castex / Et on peut cramer le Fouquet’s sans verser de larmes Â».


Dans la foule on pouvait rencontrer quelques pro-nuclĂ©aires se proclamant Ă©colo allant dans le sens de « Voix du nucleaire Â» (association soit-disant citoyenne et indĂ©pendante crĂ©Ă©e par des ancien.nes cadres d’Areva…) ou des Jancovisistes convaincus, mais aussi pas mal d’antinuclĂ©aires comme des membres du rĂ©seau SDN (Sortir du nuclĂ©aire) et des individus qui Ă©taient lĂ  pour dĂ©noncer la propagande de l’état et des lobbys dits Ă©colo et pro-nuclĂ©aires, distribuant un tract contre la politique technocapitaliste actuelle, critiquant vivement l’idĂ©ologie du progrĂšs et l’expansion Ă©nergĂ©tique :

« Dans ce contexte de grande bouffonnerie prĂ©sidentielle, et aprĂšs avoir matraquĂ© de propagande « verte Â» que le nuclĂ©aire serait la solution au rĂ©chauffement climatique, le terrain mĂ©diatique semble prĂ©parĂ© pour la nuclĂ©arisation intensive des annĂ©es Ă  venir, quel que soit la.e candidat·e Ă©lu·e. Avec l’aval de la Commission europĂ©enne, qui contribuera Ă  coups de financements publics, cette poursuite du nuclĂ©aire rĂȘvĂ©e par les dirigeants français va accĂ©lĂ©rer la numĂ©risation de la sociĂ©tĂ© et l’autoritarisme qui va avec, tout en permettant l’exportation du nuclĂ©aire Ă  l’étranger Â»

(brochure trouvable ici)


Le syndicat Solidaires était présent également pour dénoncer

« l’opĂ©ration de communication en faveur des institutions europĂ©ennes, des intĂ©rĂȘts personnels et carriĂ©ristes des dirigeant.es politiques, et au profit du patronat rĂ©gional. Le sacre de « capitale verte Â» ne rĂ©clame aucun critĂšre objectif ou chiffrĂ©, c’est un « concours de beautĂ© Â» entre 18 villes candidates, et les choix reposent sur des jugements obscurs. Ce titre de « capitale verte Â» est une supercherie, destinĂ©e Ă  masquer l’inaction des pouvoirs publics pour la justice sociale et Ă©cologique. Les changements nĂ©cessaires rĂ©clament des mesures radicales de transformation profonde Â»

Le DAL (droit au logement) aussi critique l’hypocrisie de ce label, qui n’est finalement qu’une “manoeuvre supplĂ©mentaire pour attirer toujours plus de catĂ©gories socioprofessionnelles supĂ©rieures au dĂ©triment des plus prĂ©caires”, ils rĂ©clament “la baisse des loyers et l’application de la loi de rĂ©quisition”, en opposition Ă  la bĂ©tonisation inutile des sols.


Parlons quand mĂȘme des membres de FFF (Friday’s for Future) qui, aprĂšs avoir fait un discours Ă  la fin de la manif pour critiquer l’implication de l’État français dans le mĂ©ga projet pĂ©trolier de Total, la construction d’un pipeline en Ouganda et Tanzanie, sont allĂ©.es participer Ă  l’inauguration du label au musĂ©e oĂč ils Ă©taient invitĂ©s par les Ă©lus, ces derniers se vantant mĂȘme de leur venue : “Les jeunes activistes qui nous ont interpellĂ© ont raison, on doit sortir des Ă©nergies fossiles”, “Je remercie cette jeunesse activiste pour son engagement”, « la gĂ©nĂ©ration ‘Greta Thunberg’ donnera le coup d’envoi de Grenoble Capitale verte de l’Europe 2022 Â» etc…

Nous dĂ©plorons les consĂ©quences dramatiques qu’aura ce projet sur l’écosystĂšme et les habitant.es, nous soutenons les personnes en lutte contre Total, les multinationales et l’impĂ©rialisme de la France. Cependant nous tenons Ă  critiquer cette stratĂ©gie opportuniste de Friday’s for future d’accepter cette mise en scĂšne en participant Ă  l’inauguration de ce label ; nous ne voulons pas ĂȘtre utilisĂ©.es par les politiciens et rĂ©cupĂ©rĂ©.es dans le sens qui les arrange, ni ĂȘtre mis en avant pour donner bonne conscience aux institutions. On peut rappeler que si la mobilisation du 15 avait lieu contre la politique de Macron, elle n’en n’a pas moins pour cible Eric Piolle et tous les pouvoirs politiques, qu’ils se disent Ă©colo ou pas. On pense bien sĂ»r Ă  certains projets locaux : l’agrandissement de l’autoroute A480, la construction du centre commercial Neyrpic, le MĂ©trocable, etc.


La manifestation s’est conclue vers 16h30 au Jardin de ville, avec quelques prises de paroles, des distributions de galettes du roi (Macron) vegan et de boissons chaudes, et avec une AG de luttes Ă©cologiste et anticapitaliste qui a pris place dans le kiosque, avec une cinquantaine de personnes restĂ©e dans le froid pour y participer.

Ce qui ressort de cette assemblĂ©e, c’est des envies de rĂ©flĂ©chir et d’agir concrĂštement, en tentant de rĂ©pondre Ă  la question : “qu’est-ce qui pourrait ĂȘtre mis en place en 2022 Ă  Grenoble ?”. On y rĂ©pond : demander la rĂ©quisition des logements vides plutĂŽt que de continuer Ă  bĂ©toniser la ville, s’attaquer aux multinationales, Ă  la construction des centres commerciaux, faire de l’affichage et du tractage contre le greenwashing de la ville, investir les lieux solidaires et en lutte, soutenir les lieux menacĂ©s d’expulsion. Ou encore : se rendre aux Ă©vĂ©nements Ă©tiquetĂ©s par le label et y prendre la parole, informer, dĂ©noncer.

Et surtout, on sent une envie commune de continuer à se réunir réguliÚrement, et malgré les divergences au sein des collectifs, de conserver un front uni dans de prochains rdv.

Le constat est bien que le capitalisme exploite les humain.es et les ressources naturelles. Que ce systĂšme n’est pas compatible avec une vĂ©ritable Ă©cologie. On souhaite repenser des modes de production appropriables, rĂ©duire notre consommation de biens et d’énergies, chercher l’autogestion de nos modes de vies.

Des RDV ont Ă©tĂ© donnĂ©s, pour continuer Ă  faire vivre nos luttes :

– jeudi 27 janvier Ă  18h30 au 38, rĂ©union du collectif LUCSE (Luttes pour un Usage Collectif et Solidaire des Espaces) sur les usages de la voiture

- lundi 31 janvier au Chantier de Fontaine Ă  18h30, rĂ©union publique autour du mĂ©trocable

- vendredi 11 fĂ©vrier Ă  18h maison des associations – SoirĂ©e « RĂ©quisitions Â» organisĂ©e par le DAL (qu’est-ce que la rĂ©quisition, comment l’atteindre)

Des individus anticapitalistes








Source: Cric-grenoble.info