Mai 25, 2022
Par Rebellyon
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Cette agression est le résultat d’interminables embrouilles et tensions entre différents groupes antifas lyonnais, principalement la Jeune Garde et les autonomes de la GALE (Groupe antifasciste Lyon et environs) qui durent depuis des années.

Nous sommes des antifascistes anarchistes et autonomes saoulé-x-s par ces groupes et ces embrouilles depuis des années. La plupart du temps, on n’est pas présent-x-s quand il y a ces embrouilles entre ces groupes et on a que des propos rapportés. Souvent, on entend juste deux versions, parole contre parole, on peut pas savoir qui ment, et ça finit juste par nous fatiguer et nous dégoûter du « milieu » antifa.

Ce 1er mai, on était présent-x-s place Colbert. On a été témoins. Comme tous les gens qui étaient là, impossible de renvoyer les responsabilités dos-à-dos : on a été témoins d’une attaque par la Jeune Garde.

Ce qu’il s’est passé

Environ une heure après l’arrivée de la manif, il y avait une centaine de personnes sur la place Colbert, des militant-x-s, des familles… Il faisait beau, on buvait le punch de Radio Canut et une chorale militante mettait une ambiance sympa. Les membres de la Jeune Garde n’étaient pas là, parti-x-s rapidement de la place après l’arrivée de la manif. Visiblement, iels sont allé-x-s se regrouper un peu plus loin.

D’un coup, iels ont débarqué-x-s à une quarantaine en colonne d’un pas rapide sur la place Colbert. Pendant quelques secondes, on a cru que c’était une des milices fascistes du Vieux Lyon qui venait nous attaquer, comme ces groupes le font régulièrement lors d’événements militants. Mais on a vite reconnu les membres de la Jeune Garde, qui se sont positionné-x-s en ligne dans une attitude menaçante et provocatrice face un groupe d’une vingtaine de personnes, parmi lesquelles des membres ou proches de la GALE.

Ces dernier-x-s sont resté-x-s à distance et ont envoyé un petit groupe de meufs discuter. À peine arrivées devant la Jeune Garde, des coups ont été donnés et c’est parti en bagarre générale. Plusieurs personnes ont été blessées, la plupart étant des gens comme nous qui n’avaient rien à voir avec les embrouilles et qui essayaient de s’interposer. On n’a pas vu qui a donné le premier coup ou dit le premier mot de travers et on s’en fiche, ce qu’on a vu c’est que la Jeune Garde était venue dans l’unique but de se battre. Rien dans leur action n’était différent des attaques de milices fascistes qu’on a vu/subit par le passé.

Après quelques minutes violentes et choquantes, beaucoup de gens sont partis de la place, dont les personnes visées comme appartenant à la GALE. Une voiture de la natio est passée devant la Jeune Garde qui restait sur la place sans être inquiétée par les flics, qui ont suivi direct les gens qui s’enfuyaient, dont nous, ce qui nous a mis en danger. On précise qu’on est parti-x-s pas parce qu’on est potes avec la GALE, mais juste parce que la Jeune Garde nous a fait flipper et qu’on avait peur qu’iels nous agressent.

Personne n’est irréprochable, mais la Jeune Garde a dépassé toutes les limites

Nous sommes loin d’être des proches de la GALE. Nous avons eu de nombreux désaccords vis-à-vis des positions et comportements de membres ou de proches de la GALE. Nous nous organisons très peu avec elleux car nous leur reprochons de nombreuses choses (sur lesquelles nous ne nous étalerons pas ici). Mais, ce qu’a fait la Jeune Garde, on n’avait jamais vu un truc aussi grave de la part « d’antifas ».

On a entendu les versions des deux sur les bagarres/agressions/vengeances qu’il y a eu entre elleux ces derniers temps et qui ont mené à cette triste scène, et on trouve que personne n’est irréprochable. Mais dans tout ce qui a été dit, que ce soit vrai ou faux, absolument rien ne justifie cette attaque par la Jeune Garde. Cette action stupide et viriliste ne pouvait que faire empirer dangereusement les choses.

C’est n’importe quoi de débarquer en colonne en montrant les muscles et en essayant d’intimider. De chercher à résoudre un différend entre « antifas » par la violence (on n’est pas systématiquement contre le recours à la violence, mais on considère qu’elle doit être réservée à nos véritables ennemis : les fachos, machos, capitalistes et autres oppresseurs, et les flics qui les protègent).

Ce comportement est symptomatique d’une manière assez générale de concevoir la lutte antifasciste. Celui qui dit la vérité, c’est celui qui tape le plus fort. À la moindre critique, on propose de “s’expliquer dans une ruelle” (on comprend toustes ce que ça veut dire). Vous êtes sûr-x-s que la meilleure manière d’agir contre l’extrême-droite, c’est d’agir selon des codes virilistes utilisés par les fachos eux-mêmes ? Et de dire bien fort devant les caméras que la Jeune Garde n’est pas violente… bande d’hypocrites.

Cette attaque est d’autant plus grave qu’elle a été préparée : genre en se donnant rendez-vous avant, en y allant ensemble, y en a pas un-e seul-e dans le lot qui s’est demandé si c’était pas une idée de merde qui ne résoudrait rien ? Cette préméditation de la violence est beaucoup plus grave qu’une réaction violente sous le coup de la surprise ou de l’impulsion (même si c’est aussi un problème).

La Jeune Garde profite que la GALE soit affaiblie par la répression

La GALE a fait l’objet ces derniers temps d’une répression étatique particulièrement violente. Pour rappel, des gens proches de la GALE ont passé plusieurs semaines en prison l’automne dernier avant d’être relaxés, à cause d’une procédure complètement fallacieuse et d’un acharnement policier et politique. Plus récemment, la GALE a été dissoute par le gouvernement. Dans tous les pseudo-éléments invoqués par le ministère pour justifier cette dissolution, pas un seul n’est aussi grave que les violences qu’a déclenché la Jeune Garde ce 1er mai.

La Jeune Garde ne subit pas autant de répression (et on ne lui souhaite pas). Là, clairement, elle profite que la GALE soit affaiblie par la répression judiciaire, que ses membres n’aient plus le droit de se regrouper et s’organiser ensemble, que certain-x-s de ses proches risquent des condamnations judiciaires et la prison, que le groupe soit privé de ses moyens de communications (comptes sur les réseaux sociaux…).

Malgré tout ce qu’on peut reprocher à la GALE, iels ont notre soutien total et inconditionnel face à la répression violente et injuste qui s’abat sur elleux. Cette répression est une menace grave pour tous les mouvements et groupes antifascistes, anti-autoritaires et/ou progressistes. Au-lieu de s’organiser pour se défendre collectivement face à cette attaque d’une gravité sans précédent, la Jeune Garde en profite pour essayer de prendre une position dominante sur l’antifascisme lyonnais, en enfonçant encore plus son « rival ».

Depuis sa création, la Jeune Garde s’est revendiquée ouvertement contre « l’antifascisme autonome ». En tant qu’autonomes et anti-autoritaires, on n’est pas d’accord dans le fond. Mais dans la pratique, on est OK pour en débattre et pour soutenir / collaborer avec des groupes qui ont d’autres modes d’organisation que nous. En participant à la tentative de l’État d’éliminer la GALE, la Jeune Garde veut affaiblir l’antifascisme autonome par la violence et la répression, plutôt qu’en défendant sa propre vision alternative de l’antifascisme. Et de fait, nous sommes antifascistes, nous militons de manière autonome et même si nous ne militons pas aux côtés de la GALE, nous sommes menacé-x-s par la Jeune Garde.

La Jeune Garde et les groupes qui s’organisent avec elle doivent rendre des comptes

La situation actuelle affaiblit l’ensemble des luttes antifascistes locales, dont la plupart des gens impliqué-x-s comme nous ne sont ni à la GALE ni à la Jeune Garde. À défaut de réconcilier ces deux groupes, il faut au moins qu’ils puissent coexister en s’ignorant mutuellement, pour qu’on puisse consacrer le maximum de notre énergie à lutter contre la menace fasciste.

Pour qu’un apaisement soit possible, la Jeune Garde va devoir se calmer et ne jamais recommencer une telle action. Elle a des comptes à rendre à l’ensemble des militant-x-s et collectifs « progressistes » / « de gauche ». Sans ça, au vu de ce dont nous avons été témoins ce 1er mai, nous les considérons comme des ennemis de nos luttes, tout aussi dangereux que les fascistes.

Rappelons également que la Jeune Garde a déjà été dénoncée par des militant-x-s racisé-x-s et/ou LGBTQ+ pour des propos racistes, islamophobes, transphobes, homophobes. L’année dernière, un militant antiraciste s’est fait agresser par des membres de la Jeune Garde et avait témoigné publiquement. Depuis, non seulement la Jeune Garde ne s’est pas exprimée, encore moins remise en question, mais elle a fait des autonomes antifascistes la véritable cible de sa lutte, que ce soit par des insultes, des coups de pression, des représailles violentes ou une exclusion pure et simple de l’organisation de manifestations et autres événements antifascistes.

En juin 2021, lors d’une émission avec un youtubeur, le porte-parole de la Jeune Garde, tenait les propos suivants, symptomatiques du mode de pensée de la Jeune Garde : “Malheureusement, ce n’est plus seulement les militants antifascistes qui sont visés par la menace de l’extrême-droite, mais bien de nombreuses personnes, que ce soit en raison de leur couleur de peau, de leur orientation sexuelle ou de leurs idées politiques”. Il serait utile de rappeler que les personnes racisées, les personnes musulmanes et juives, et les personnes LGBTQIA+ sont les premières cibles de l’extrême-droite, mais manifestement la Jeune Garde ne l’a toujours pas compris puisqu’à chaque manifestation, le cortège des personnes les plus vulnérables est reléguée en fin de cortège…la position la plus fragilisée et la plus invisible. Ces mêmes personnes qui se font agresser tous les jours reçoivent un message clair : “La lutte antifasciste, c’est un truc de mascu viriliste blanc, vous n’avez pas votre place dans la lutte antifasciste en dehors de notre utilisation de votre image de victimes de l’extrême-droite”. Il est bien beau de parler de lutte antiraciste, antisexiste, anti-LGBTQphobie, antifasciste devant les caméras, lorsque la Jeune Garde perpétue ces discriminations de manière autoritaire et violente, sans aucune réaction des diverses organisations et collectifs qui continuent, malgré tout, de s’organiser avec eux.

De nombreux groupes révolutionnaires, anarchistes et anti-autoritaires s’organisent avec la Jeune Garde. Beaucoup d’entre eux le font à cause de désaccords avec la GALE, avec qui on ne leur demande pas de se réconcilier mais seulement de les soutenir face à la répression qu’iels subissent et l’agression de ce 1er mai. Des membres de nombreux groupes/collectifs étaient présents et témoins de cette attaque. Personne n’a pour le moment pris de position publique sur le sujet. C’est notamment le cas à Lyon de l’UCL, Solidaires, la CNT ou encore le NPA. Ces orgas et syndicats, par lesquelles certain-x-s d’entre nous sont passé-x-s ou sont proches, ne peuvent pas à la fois se dire contre le fascisme et continuer à s’organiser avec la Jeune Garde sans lui demander de rendre sérieusement des comptes sur cette attaque et s’assurer que ça ne se reproduira jamais.

Des militant-x-s antifascistes, autonomes et anarchistes




Source: Rebellyon.info