La commission action existe depuis la mi-dĂ©cembre Ă  Toulouse. C’est une Ă©manation de la deuxiĂšme assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale GJ, qui a appelĂ©e Ă  l’organisation en commission, le dimanche 16 dĂ©cembre.

Elle s’est tenue tous les mercredis depuis le 19 dĂ©cembre, avant de se dĂ©placer au lundi, dans l’espoir d’une meilleure coordination avec la commission communication.

La premiĂšre commission, dans l’ambiance Ă©lectrique de dĂ©cembre.

Nous Ă©tions plus de 150, prĂšs de deux cent, Ă  la premiĂšre rĂ©union de la commission. RĂ©unis dans un lieu occupĂ© par des associations, a proximitĂ© du centre ville, nous Ă©tions trop nombreux pour l’espace. Au point de nous obliger Ă  sortir dans la cour, malgrĂ© le froid. L’ambiance elle, Ă©tait bouillante, reflet du climat de dĂ©cembre. Beaucoup de suspicion aussi, sur la prĂ©sence d’indics de la police
 de l’électricitĂ© dans l’air : nous ne nous connaissions pas, Ă  l’époque.

Il faut bien l’avouer, elle n’a pas accouchĂ© de grand-chose, cette premiĂšre commission, tant elle partait dans tous les sens. Le fait mĂȘme de s’organiser en assemblĂ©e Ă©tait Ă  l’époque tout frais chez les gilets jaunes et un fort besoin de parler de la situation, a bĂąton rompus, rendait les discussions d’organisation concrĂšte assez dĂ©licate.

DĂ©s le 26 dĂ©cembre, nous nous sommes dĂ©placĂ©s dans le lieu qui nous a accueille encore ( sauf parenthĂšse durant l’étĂ©) Mixart Myris.

Le mouvement avait dĂ©jĂ  un mois. Nous ne savions pas s’il tiendrait au-delĂ  des fĂȘtes. L’enjeu pour nombres d’entre nous, Ă©tait de se donner des perspectives pour la rentrĂ©e de janvier.

La premiĂšre action appelĂ©e dans le cadre de cette commission a ainsi Ă©tĂ© conçue pour se donner des perspectives, une date d’action pour la rentrĂ©e : un grand blocage des camions de marchandises, pour le dimanche 13 janvier. C’était aussi la premiĂšre fois depuis le 17 novembre, que nous investissions une date de la sorte. Des actions, dans les premiers temps du mouvement, il y en avait tous les jours, du moins plusieurs fois par semaine.

Mais a partir de la mi-dĂ©cembre, l’offensive policiĂšre sur les ronds points s’était intensifiĂ©, diminuant nos points de ralliements locaux. Cela participa sĂ»rement Ă  rendre nĂ©cessaire une plus grande centralisation, pour nous organiser et agir en dĂ©pit de la rĂ©pression.

Ce 13 janvier avait aussi Ă©tĂ© conçu comme une tentative de relance nationale de la mobilisation, un 17 novembre bis. Nous espĂ©rions qu’elle serait reprise partout.

Le jour J, nous Ă©tions plusieurs centaines et avons bloquĂ© un pĂ©age durant toute la nuit, jusqu’au matin. D’autres blocages eurent lieu dans la rĂ©gion, sans pour autant rĂ©ussir Ă  gagner la France entiĂšre. C’est a peu prĂšs depuis cette date aussi que le rond point de SesquiĂšre, situĂ© Ă  proximitĂ©, a Ă©tĂ© occupĂ© de maniĂšre permanente.

Et la manif ?

La manifestation s’est imposĂ©e comme le principal cadre vivant et puissant ou existe notre mouvement. On peut avancer que l’impact des journĂ©es du 1er et du 8 dĂ©cembre auront Ă©tĂ© considĂ©rable dans toute la rĂ©gion toulousaine. Ces journĂ©es restent dans les esprits comme des moments forts autour desquels tout un imaginaire s’est crĂ©Ă©. Ce sont les moments ou les GJ ont pris conscience de leur force collective et ont d’une certaine maniĂšre repris la ville. Une ville d’oĂč nombres d’entre nous, qui aujourd’hui sont gilets jaunes, ont du partir ces derniĂšres annĂ©es. Du fait des prix du logement. Une ville qui se vit de plus en plus comme un territoire hostile pour qui n’a pas un compte bancaire Ă  flot et ce n’est donc pas pour rien que nous entendons beaucoup le slogan « La rue elle est Ă  qui ?/ Elle est Ă  nous Â».

DĂ©s le dĂ©but de la commission action, le moment de la manifestation et celui des actions de la semaine, les deux maniĂšre dont les gilets jaunes apparaissent dans l’espace publique, coexistait comme deux moment distinct, sans vraiment se mĂ©langer, en tout cas pas se fondre.

Et mĂȘme Ă  ce moment, et au nombre que nous Ă©tions, nous avions du mal Ă  avoir prise rĂ©elle sur le moment de la manifestation, tant celle ci est un espace plus large, composĂ© aussi de personnes venant de toute la rĂ©gion voire de plus loin. Il s’agissait donc surtout de tenter d’y instituer des pratiques. On peut tout de mĂȘme citer quelques initiatives propres a la com action, comme des Ă©claireurs pour dĂ©finir le parcours, une coordination pour la tĂȘte de manif. Mais celle-ci Ă  Ă©tĂ© trĂšs vite confrontĂ©e au problĂšme de la sĂ©curitĂ© face Ă  la rĂ©pression, qui a limitĂ© la capacitĂ© de la commission Ă  ĂȘtre l’espace d’organisation des manifs et de leur dĂ©fense, et qui nous limite ici aussi dans ce que nous pouvons en dire.

Mais les discussions autour de la manif n’en sont pas moins riches. C’est tout de mĂȘme le seul espace public, ouvert, stable dans le temps et en terme de lieu, ou l’on vient parler des pratiques de la manifestation, de sa dĂ©fense, de son parcours.

Au fil des semaines, et mĂȘme s’ils reviennent rĂ©guliĂšrement, les discours de dissociation ont Ă©tĂ© battus en brĂšche.

Pour rappel, la dissociation consiste à diviser le mouvement et la manif en reprenant les discours de médias et de la police, qui sépare les participants entre bons manifestants passifs et méchants casseurs. La critique de ce type de positions est aussi bien venue de la Défense Collective que des débats sur la lutte et la nécessité de se défendre
 mais aussi car cela était en décalage total avec la réalité de la manifestation telle que la vivent les GJ actifs.

La commission action a vu aussi s’organiser en son sein des manifs femmes gilets jaunes. Il s’agissait de manifs mixtes ou les femmes Ă©taient mise en avant. Les premiĂšres ont obtenu un certain succĂšs avant de s’essouffler. Nous n’avons pas vraiment fait de bilan de cette initiative. Peut-ĂȘtre reviendrons de maniĂšre spĂ©cifique sur ces manifs, Ă  Toulouse mais aussi dans le reste de la France, dans un autre texte [1]. En attendant, sur cette question, vous pouvez notamment vous reporter Ă  cet article de camarade de Boulogne-sur-Mer.

Sur la participation, les actions proposées.

AprĂšs avoir les premiers temps, rassemblĂ©s plus de 150 personnes, elle a connu comme les autres espaces de ce mouvement, une certaine Ă©rosion. Nous nous sommes longtemps stabilisĂ© autour de la centaine, avant de descendre, au plus bas, a une quarantaine le 11 mars. Le 18 mars nous Ă©tions a nouveau plus de 80. Depuis, on peut constater une stabilisation autour de la soixantaine, tout le courant avril, mai. Avant une nouvelle chute durant l’étĂ©. D’une certaine maniĂšre et avec le sens des proportions, l’affluence Ă  la com action est en rapport avec celle Ă  la manif. Aujourd’hui, on se retrouve souvent une quarantaine en com action.

Avec quelques tĂątonnements, et avec bien sĂ»r des variations, la commission se dĂ©roule en trois temps. Une premiĂšre discussion en plĂ©niĂšre, suivie d’un temps en atelier, avant de revenir pour un rendu des ateliers. Un atelier fixe, autour de la manifestation, s’est instituĂ© au fil des semaines. On n’y vote pas, sauf rares exceptions. Les actions proposĂ©es font l’objet d’une sĂ©lection par la motivation des participants : si personne ne vient aux ateliers pour les organiser, c’est qu’elle sont mal parties


DĂ©fense collective

Depuis sa constitution, la DĂ©fense Collective (DC) qui se rĂ©unit de 18h Ă  20h avant la com action, vient y faire des annonces. On ne va pas en faire de bilan ici. Bornons nous Ă  dire que la DĂ©fense Collective (DC) est active depuis janvier. Et qu’elle a proposĂ© un appui matĂ©riel et moral aux prisonniers du mouvement. Qu’elle a organisĂ© la prise de contact et l’écriture de lettres aux prisonniers, organisĂ© et assurĂ© le soutien financier des prisonniers. La DC a plus gĂ©nĂ©ralement dĂ©ployĂ© une activitĂ© Ă©norme face Ă  la rĂ©pression. DiffusĂ© des dizaines et des dizaines de milliers de tracts, organisĂ© des ateliers sur les ronds points, entre autre, pour rappeler les consignes de base du mouvement, face Ă  la rĂ©pression ( utiliser son droit au silence en ne dĂ©clarant rien en garde a vue, demander du temps pour organiser sa dĂ©fense en refusant la comparution immĂ©diate).

La DC a permis de battre en brĂšche de maniĂšre concrĂšte les divisions que le pouvoir tente d’instiller entre les gilets jaunes. Organiser notre dĂ©fense est une question de solidaritĂ© de base, cela revient aussi renforcer notre mouvement lui mĂȘme. N’hĂ©sitez pas a consulter le blog de la DC.

Assemblée & commission action.

La commission est le lieu ou parler des actions, de la manifestation mais aussi de lĂ  ou nous en sommes dans le mouvement. Pourtant, l’AG Ă©tant associĂ©e Ă  une agora en forme de moulin Ă  parole, la commission a refusĂ© de s’assumer comme telle. A tort ou a raison, difficile d’en juger. Il y a matiĂšre Ă  creuser, en partant d’un bilan plus gĂ©nĂ©ral de nos expĂ©rience dans le mouvement, sur la question des outils a construire pour l’auto-organisation.

Signalons qu’il a subsistĂ© longtemps une assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale, dite « assemblĂ©e citoyenne Â» qui se rĂ©unissait plus ou moins toutes les deux semaines. Elle a vu son audience dĂ©croĂźtre a un rythme plus Ă©levĂ© que la com action jusqu’à ce que ces deux structures accueillent a peu prĂšs le mĂȘme nombre de participants. Enfin, l’étĂ© a Ă©tĂ© difficile pour cette assemblĂ©e. Une tentative de relancer cette forme d’assemblĂ©e, fin septembre, a tout de mĂȘme accueilli autour de 80 personnes pour discuter du mouvement
 Mais les dĂ©bats on beaucoup tournĂ© sur les prochaines municipales, une perspective bien Ă©loignĂ©e de l’organisation de la lutte.

On peut avancer que le rĂŽle dĂ©volu a une assemblĂ©e, dans le sens d’un espace pour se rĂ©unir, Ă©changer et discuter ensemble a l’échelle du mouvement, est vacant Ă  Toulouse depuis la dĂ©sertion massive des assemblĂ©es gĂ©nĂ©rale. Le seul lieu qui rĂ©pond en partie a ces besoins, c’est la manifestation elle mĂȘme.

Un tournant : la question de la grĂšve

AprĂšs le 13 janvier, nous nous sommes concentrĂ©s sur la date du 5 fĂ©vrier. C’était a la fois un appel de la CGT mais aussi interne au gilets jaunes. A noter que c’était aussi la premiĂšre fois que le mouvement GJ appelait de maniĂšre consĂ©quente Ă  une grĂšve gĂ©nĂ©rale. Cela et le fait de se lier a une initiative syndicale, marquait donc un certain tournant.

On ne va pas Ă©piloguer sur ce tournant. On peut renvoyer la dessus a un article paru dans JAUNE 2, qui revient sur la saison 1 du mouvement : disons simplement que ce revirement semble acter le coup d’arrĂȘt de la pĂ©riode offensive insurrectionnelle de rue.

Convergence ou jonction ?

Il existait dĂ©but janvier dans la commission action, un atelier baptisĂ© « convergence Â» dont le leitmotiv Ă©tait le rapprochement du mouvement gilet jaune et des syndicats. C’est Ă  l’initiative de ce groupe qu’une assemblĂ©e avait Ă©tĂ© organisĂ©e Ă  la bourse du travail, courant janvier, en forme de rencontre entre GJ et syndicaliste. Pourtant, nous Ă©tions nombreux Ă  ĂȘtre mĂ©fiants. S’il y a, on le sait bien, nombres de syndiquĂ©s dans notre mouvement, laisser une place trop importante aux bureaucraties syndicales semblait une erreur : bien trop faibles pour lancer un mouvement de grĂšve d’ensemble, les syndicats sont aujourd’hui cantonnĂ©s en gĂ©nĂ©ral Ă  un rĂŽle d’encadrement de la lutte. Or, les gilets jaunes en sont l’éclatante dĂ©monstration, tout ce qui encadre le mouvement participe de l’étouffer.

Pour illustrer aussi cet Ă©tat de fait, on peut observer que l’un des enjeux pour l’atelier convergence Ă©tait d’établir une liste commune de revendications avec les syndicats, dans la perspective d’un tract commun. Or, un des acquis de la lutte des gilets jaunes en terme de pratiques communes, c’est le refus de la reprĂ©sentation. Personne ne peut parler pour tout le mouvement. Personne ne peut dire : « si nous gagnons tel revendication, nous rentrerons chez nous Â». Et de lutte en lutte, on a pu observer comment la liste figĂ©e de revendications syndicales Ă©tait une limite.

La proposition de « convergence Â» Ă©tait aussi trĂšs limitĂ©e : que signifie converger ? Et converger avec qui ou quoi ? Converger signifie se diriger vers un mĂȘme point. Mais de quel point parle t-on ici ? DerriĂšre cette notion floue, il y a en fait beaucoup de non-dit. Ce qui est proposĂ©, c’est une sorte de front contre un ennemi commun, a savoir le pouvoir en place. Mais dans ce cas se pose la question des accords Ă  passer, de la base commune, des engagements rĂ©ciproques, etc. On nĂ©gocie, on transige. Chacun reste Ă  sa place : c’est une alliance pas une fusion.

Nous, rĂ©volutionnaires, critiquons fortement la proposition de converger, si elle revient au final a des accords d’appareils, des discussions entre reprĂ©sentants. Dans cette dĂ©finition, converger a au final peu en commun avec l’aspiration Ă  l’unitĂ© et la solidaritĂ© dans la lutte qui s’est manifestĂ©e avec tant de force dans les gilets jaunes, et qui avait au contraire tendance Ă  intĂ©grer, fusionner les combats. Voici pourquoi nous prĂ©fĂ©rons le terme de jonction.

Enfin, c’est une question de mode d’organisations. Avec des luttes fonctionnant sur les mĂȘmes bases d’organisations, a savoir des assemblĂ©es, des actions directes, et un public proche, des prolĂ©taires, des galĂ©riens, la jonction semble possible voire naturelle. Mais « converger Â» avec des appareils syndicaux souvent jaloux de leur prĂ©rogatives, de leurs contacts, de leur locaux, n’est pas aussi simple
 Cela s’est traduit par une sorte de valse hĂ©sitations, sans beaucoup de concret.

Le 5 février.

Pour essayer d’organiser concrĂštement la grĂšve, de dĂ©passer les logiques de « convergences Â» une sous-commission au sein de la com-action, appelĂ©e GrĂšve et Jonction a vue le jour. Il s’agissait d’élargir le mouvement, de donner de l’air aux participants, tout cela par l’arrĂȘt de travail massif. Avec le pari qu’une grĂšve de masse, qui partirait de la base et s’accompagnerait de blocages et assemblĂ©es dans les zones industrielles pourrait dĂ©border le cadre restrictif dĂ©fini par les centrales syndicales. Aussi, cette commission, mais aussi le point info gilet jaune, qui s’est tenu durant plusieurs mois devant les halles de St Cyprien Ă  18h, se sont efforcĂ©s de prendre des contacts sur les boites. De se mettre en lien avec des gilets jaunes qui pensaient pouvoir faire dĂ©brailler leur entreprises.Il a Ă©tĂ© instituĂ© un point fixe tous les jours sur une zone industrielle pour tracter et rencontrer les ouvriers de la zone. Une ligne tĂ©lĂ©phonique, un groupe Telegram ont Ă©tĂ© mis en place. Le but « ultime Â» : qu’une vague de dĂ©brayage gagne de proche en proche les usines de toute une zone industrielle, un peu Ă  la maniĂšre des grĂšves de masse en 36 ou 68, oui oui rien que ça.

Cela n’a pas Ă©tĂ© le cas. Sans revenir en dĂ©tail sur la journĂ©e du 5 fev. elle mĂȘme, les dizaines de milliers de tracts diffusĂ©s, l’énergie dĂ©ployĂ©e sur les ronds points, dans les zones industrielles n’a pas suffi.

De mĂȘme, pendant que la commission G&J tentait d’impulser une grĂšve de masse, un autre groupe de la com action essayait de rĂ©Ă©diter le blocage camion du 13 janvier en profitant de cette date. Le jour j, la police Ă©tait au rendez-vous et a rapidement rĂ©ussi Ă  empĂȘcher le blocage, qui n’aura pas tenu plus de deux heures.

Au lendemain du 5 fĂ©vrier, c’était la douche froide pour les participants a la commission. Pourtant, bien sur, on a continuĂ©, et sommes mĂȘmes ralliĂ©s Ă  une nouvelle date de grĂšve proposĂ©e par les syndicats : le 19 mars. La commission convergence ayant cessĂ© d’exister, “GrĂšve et Jonction” Ă©tait dĂ©sormais le seul espace Ă  prendre en charge cette question.

Extension et limites

Entre ces deux dates, la commission GrĂšve et Jonction, n’est pas restĂ©e inactive. Et nous apportons ici un bilan rapide car cela peut ĂȘtre utile, dans les dĂ©bats stratĂ©giques, notamment sur la question de la grĂšve.

Elle a donc cherchĂ© Ă  se lier aux diffĂ©rentes grĂšves qui partaient sur l’agglomĂ©ration. Ces grĂšves portaient en gĂ©nĂ©ral sur l’obtention de la prime Macron.

C’est ainsi par exemple que des GJ se sont retrouvĂ©s aux cĂŽtĂ©s des ouvriers de Derichebourg en grĂšve, ou encore avec les Ă©boueurs.

HĂ©las, les limites de ce type d’action sont vites apparues. Dans les boites, seule une minoritĂ© d’ouvriers « Ă©taient Â» gilets jaunes. Eux Ă©taient trĂšs content de la venue des GJ, et de se lier au mouvement. Mais si beaucoup d’autres Ă©taient sympathisants, cela n’allaient pas forcĂ©ment jusqu’à faire de leur grĂšve une partie prenante du mouvement. Les motivations Ă  la grĂšve restaient sur des revendications propre Ă  l’entreprise, comme les primes et les salaires. Pour venir enfoncer le clou, une partie des syndicats qui encadraient ces grĂšves voyaient d’un mauvais Ɠil un rapprochement avec nous, et a plusieurs reprises, ont mĂȘme demandĂ© aux GJ d’enlever les gilets, d’éviter de nous associer Ă  leur lutte.

Enfin, ne perdons pas de vue que ce qui Ă©tait proposĂ© aux salariĂ©s, c’était une grĂšve rĂ©volutionnaire. Peut-ĂȘtre qu’une grĂšve de masse peut devenir rĂ©volutionnaire par la suite, mais demander a des salariĂ©s de lancer une grĂšve immĂ©diatement rĂ©volutionnaire Ă©tait extrĂȘmement ambitieux. Surtout sans assurance qu’elle serait suivie ailleurs que chez eux. Tentons une hypothĂšse : c’est en partant d’une extension de la manifestation sauvage, qu’aurait pu venir une grĂšve de type rĂ©volutionnaire. Un peu tel que les grĂšves sauvages des lycĂ©ens l’ont montrĂ© dĂ©but dĂ©cembre. Par la violence de sa rĂ©pression des manifs, par les amendes, par son offensive contre les ronds points, mais aussi en sachant lĂącher quelques miettes le pouvoir aura rĂ©ussi a circonscrire la vague insurrectionnelle de dĂ©cembre.

Tentative de grĂšve active

Le 19 mars approchant, un bilan de l’échec relatif de l’appel Ă  la grĂšve du 5 fĂ©vrier a Ă©tĂ© tirĂ©. L’objectif, pour la suivante, rendre la grĂšve active, c’est Ă  dire plus effective, organiser de concert grĂšve ET blocage. Aussi, trois points de rendez-vous ont Ă©tĂ© fixĂ© afin que les grĂ©vistes puissent rejoindre autant de blocages, et publicisĂ© durant plusieurs semaines, notamment en tractant Ă  toutes les manifs du samedi. Il s’agissait de proposer aux grĂ©vistes une grĂšve active, de ne pas se contenter de la manif syndicale plan-plan de l’aprĂšs midi. En plus des points de blocages, centrĂ© sur plusieurs zones industrielles et pensĂ© de maniĂšre Ă  bloquer grosso-modo l’activitĂ© Ă©conomique de Toulouse, Ă©tait prĂ©vue une Ă©mission de radio de coordination des blocages et d’infos sur la grĂšve. Et toujours un tĂ©lĂ©phone et un groupe telegram, mais aussi des affiches et tutti quanti.

Le jour arrivĂ©, il y avais une grosse centaine de GJ rĂ©parti sur ces trois points. PoussĂ© par les flics, cette centaine Ă  Ă©tĂ© forcĂ©e de se replier sur deux puis un seul point
au bout de quelques heures la dĂ©cision est prise de partir du dernier pour rejoindre les Ă©boueurs avant la manif. Oh, si on veut voir le cĂŽtĂ© positif, on peut se dire que la logistique a bien fonctionnĂ©, que l’émission de radio Ă©tait un bon moment
 Mais de maniĂšre assez nette, la proposition de grĂšve active n’a pas Ă©tĂ© massivement reprise.

On en Ă©tait lĂ , Ă  l’issue du 19 mars. Durant alors plusieurs semaines, aucune nouvelle date d’action n’est survenue, avant qu’apparaisse la proposition de semaine jaune, autour du 1er mai et Ă  l’appel de St Nazaire. Nous ne rentrerons pas ici dans le dĂ©tail de cette derniĂšre proposition. Simplement, il semblait clair qu’elle Ă©tait prise en charge en grande partie par des collectifs militants prĂ©-existant aux gilets jaunes, avançant sur leur base et avec leur sigles propres : Y a pas d’arrangements, le DAL, ANV cop 21, etc. Pour illustrer cela, (Ă©tait-ce un acte manquĂ© ?) dans le calendrier proposĂ© par ces collectifs pour « leur Â» semaine jaune, la date de la commission action n’était mĂȘme pas indiquĂ©e.

Solidarité offensive

La sous commission grĂšve et jonction, a dĂ©cidĂ© de s’auto-dissoudre pour lancer une nouvelle initiative, la SolidaritĂ© Offensive. Il s’agit crĂ©er un rĂ©seau de solidaritĂ©, face aux pratiques patronales, aux licenciements, aux heures sup non payĂ©es etc, mais aussi face aux galĂšres a la caf ou pĂŽle emploi. Il est encore tĂŽt pour faire un bilan de cette initiative. On en reparle dans quelques temps. Mais il est clair que malgrĂ© son nom, c’est un repli dĂ©fensif qui s’amorce


Et maintenant ?

Quel futur pour la com action ? Difficile a dire. Cela dĂ©pendra en premier lieu de la persistance d’un mouvement GJ, de manif, d’actions, tout simplement. Et aussi peut-ĂȘtre de sa facultĂ© Ă  publiciser ses rendez vous, s’assumer comme espace au service de l’organisation du mouvement, notamment de la manif


Car aujourd’hui, aucune assemblĂ©e ne peut contester Ă  la manifestation sa place de lieu central du mouvement. Seule la manif est de fait une quasi-assemblĂ©e tant elle tient une multiplicitĂ© de rĂŽle dans la lutte.

On est lĂ  !

On est lĂ , chante on de manif en manif, et c’est vrai. Si le mouvement a peu a peu quittĂ© le quotidien, nous n’en sommes pas moins lĂ  toutes les semaines depuis bientĂŽt un an. Et les causes de la colĂšre sociale qui nous ont fait sortir le 17 novembre sont toujours lĂ , elles aussi. Les structures changent, la lutte reste.




Source: Iaata.info