Mai 19, 2016
Par Brest Media Libre
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Face à la répression, aux violences policières constatées dans toutes les grandes villes de France dans le cadre de la lutte contre la loi travail, et dans un contexte d’état d’urgence, le collectif brestois contre la loi travail lançait un appel à se rassembler à Pont-de-Buis le 18 mai, pour une journée festive, sur le site de Nobelsport, fabriquant d’armes de « maintien de l’ordre ». Récit de cette journée.

Tôt le matin, plusieurs convois se retrouvent un peu partout dans le Finistère pour partir vers Pont-de-Buis. On se retrouve en chemin pour y aller ensemble, car au vu de l’interdiction de manifester et du déploiement policier, on s’attend à être bloqué-e-s à l’entrée de Pont-de-Buis : tou-te-s ensemble on s’en sortira mieux face aux contrôles.

« Ils ont tout le nécessaire pour se black-blocker »

Lorsque nous arrivons, un barrage de gendarmes nous empêche d’avancer plus loin en direction du village. Certain-e-s manifestant-e-s ont déjà été contrôlé-e-s par les gendarmes, leurs véhicules sont garés sur le côté de la route. Les contrôles reprennent avec notre arrivée : les papiers des voitures sont vérifiés, ainsi que ceux des conducteurs/trices et passager-e-s. Certain-e-s ne les ont pas pris ou refusent de les donner, ils/elles sont alors éloigné-e-s du groupe, pour des vérifications d’identité.

Dans le même temps les flics trouvent une barre de fer dans le coffre d’une voiture, ils décident de faire chier : ils embarquent le conducteur et laissent sa voiture sur place, il ressortira après 4 heures de vérification d’identité. Une autre personne se fait saisir une barre de traction, d’autres des lunettes de protection … Un flic dit à un autre “ils ont tout le nécessaire pour se black-blocker” ! Malheureusement pour eux ont est trop nombreu-ses-x pour qu’ils fouillent tous les véhicules, mais on reste bloqué-e-s là, pas question de nous laisser passer, que ce soit à pied ou en voiture.

L’un d’entre nous surprend une conversation entre deux flics “si ils tentent quoi que ce soit, on les allume”. Et ils s’en donnent les moyens, le “simple” barrage routier qui mobilisait déjà une trentaine de flic se voit renforcé par l’arrivée d’une dizaine de camion de GM (Gendarmes Mobiles)

Certain-es sont encore en vérification d’identité et les flics gardent les papiers d’autres personnes : ils/elles les récupéreront au bout d’1h30.

Nous pouvons reprendre nos voitures, mais en revenant sur nos pas, l’accès vers Pont-de-Buis étant complètement bloqué : Le mot tourne de bouches à oreilles, direction Châteaulin ! On va quand même réussir à se rassembler pour bouffer non !?

Hélicoptère, fumigènes et patates douces

Le cortège de voiture se dirige vers Châteaulin, bien évidemment on est suivi-e-s de près par les flics et notre arrivée n’est pas vraiment discrète. Après avoir été bloqué-e-s plus d’une heure sur une route départementale et entouré-e-s de gendarmes mobiles, ça fait du bien de changer un peu d’air : en entrant dans Châteaulin certain-es descendent de voiture, sortent les banderoles, quelques fumigène sont craqués, on klaxonne … Çà fait du bien d’échapper ne serait-ce qu’un peu au dispositif policier.

Comme prévu plus tôt, on s’installe sur un petite place près de l’office du tourisme pour faire ce qu’on nous a interdit de faire à Pont-de-Buis : être dans la rue, manger, prendre la parole, discuter … Rapidement la cantine s’installe, la sono est installée, la musique se lance et une centaine de repas sont servis.

Plusieurs prises de paroles sont effectuées, relatant la répression policière ayant eu lieu ces dernières semaines un peu partout en France : flashball, gazages, matraquages, réhabilitation des brigades de voltigeurs … un panel non exhaustif (il nous aurait fallut toute la journées) des exactions policières depuis le début du mouvement contre la loi travail.

A la fin de ces prises de paroles on discute tou-te-s ensemble pour voir ce qu’on fait du reste de la journée, la marge de manœuvre est serrée, on est plus très nombreu-ses-x et on sait que le dispositif est toujours mobilisé, même s’il n’est pas visible. On décide d’aller vers la permanence du député PS Richard Ferrand (rapporteur de la loi Macron et soutien inconditionnel de Nobel Sport) située un peu plus loin, de l’autre côté de l’Aulne. On y arrive sans soucis, évidemment les mobiles nous y attendent déjà, on chante des slogans contre le PS, un des sbires du député sort sa tête l’air dépité.

Plusieurs camions de GM arrivent en renfort, ils forment un ligne à une vingtaine et nous repoussent loin de la permanence. On ne va pas assez vite à leur goût et la situation se tend un peu, ils mettent leurs casques, poussent plus fort, nous arrachent notre banderole. On continue à reculer pour retourner vers nos voitures. Ils nous forcent encore à accélérer le pas pendant que d’autres passent par les côtés pour nous encercler, alors que la nasse qu’ils mettent en place est sur le point de se refermer, certain-e-s tentent d’en sortir en courant, l’un d’eux est attrapé et interpellé. Ils trouvent sur lui “une arme” . C’est même “un couteau”. Ou plutôt un limonadier… Tout pour se black-blocker qu’on vous dit !

Nous voilà nassé-e-s sur le parking où on a déjà passé une bonne partie de l’après-midi, au milieu de nos voitures. La situation est un peu confuse, on ne sait pas ce qui va se passer pour nous. Un flic finit par nous proposer deux solutions : soit on part par nous-mêmes dans nos voitures et hors de la ville tout de suite, soit chacun-e subi un contrôle d’identité, une fouille “minutieuse” de chaque véhicule avec une amende à la clé et passage par la case fourrière pour tou-te-s celles/ceux qui ne sont pas en règle. On discute 5 minutes ensembles pour “choisir” : on part tout de suite avec nos voitures, mais pas sans notre camarade qui vient d’être interpellé.

Pendant qu’on l’attend, un nouveau camion de flic arrive, équipé d’énormes caméras dont une montée sur un mât télescopique, allez hop, petites photos pour celles et ceux qui n’auraient pas encore été fiché-e-s par un contrôle ou une photo pendant la journée …

On attend le camarade un petit quart d’heure avant que les flics ne le relâchent et nous laissent repartir, tou-te-s ensemble.




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