Août 10, 2022
Par Collectif Emma Goldman
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Republication d’un entretien paru il y a quelques mois sur le site CrimethInc. La pratique de listes noires d’employé-e-s rebelles est une technique ancienne de la part des employeurs. Il y a plus d’une quinzaine d’année, des camarades de l’organisation communiste libertaire Action Autonome en Russie ont créé une plateforme sur le Web permettant aux employé-e-s de dénoncer les abus subis sur leur lieu de travail. Cette plateforme s’est rapidement démontrée d’une redoutable efficacité et a rejoint un grand nombre de travailleurs et travailleuses dans un contexte marqué par la précarité, le non-paiement de salaires assez fréquent et le travail dangereux et nocif pour la santé. Les dénonciations ont parfois également mené à des actions directes pour rendre les coûts aux exploiteurs.

Depuis 2001, le site internet géré collectivement Antijob.net propose une « liste noire des employeurs » et donne aux travailleur·ses russes un espace pour signaler leurs mauvaises expériences de travail. Alors que les médias et les organisations syndicales russes sont soumises à une pression de plus en plus forte, Antijob continue de fournir aux employé·es une ressource essentielle dans ce contexte extrêmement répressif. Les entreprises et les agences gouvernementales russes n’ont cessé de tenter de soudoyer les éditeur·ices et de faire disparaître le site internet, mais sans succès. Le phénomène de la « Grande Démission » et le très populaire sub-reddit contre le travail ont récemment fait parler d’eux aux États-Unis ; nous avons réalisé l’entretien suivant avec Antijob afin d’en apprendre davantage sur le mouvement contre le travail en Russie.

Antijob joue également un rôle dans le soutien aux mouvements contre
l’invasion de l’Ukraine, en informant les travailleur·ses russes de
leurs droits concernant le travail en cas d’arrestation pendant une
manifestation.

« Ne l’oubliez pas et répétez-le autour de vous : vos intérêts sont
opposés à ceux de vos employeurs. C’est une lutte qui dure depuis des
siècles. La lutte qui oppose celleux qui essaient de gagner leur vie, et
celleux qui veulent s’acheter un nouveau yacht. »

Les employeurs ont toujours quelque chose à écrire sur Antijob. Ils
disent tout et son contraire – ils calomnient, ils prétendent qu’ils ont
été calomniés, ils racontent les intrigues de leurs concurrents. Allez,
disent-ils, retirez l’article sur la prochaine SARL « Lepyoshki et
Matryoshki », sinon nous vous poursuivrons en justice. Parfois, au
contraire, ils nous offrent de l’argent pour que nous retirions les
contenus…

Pour être honnêtes, nous ne voulons pas vraiment que les employeurs
deviennent plus acceptables. Le conflit entre employeurs et
travailleur·ses, qu’il soit aigu ou latent, fait partie intégrante du
capitalisme. Il ne sera pleinement dépassé qu’avec le rejet du travail
salarié en tant que tel.

D’abord, expliquez-nous ce qu’est Antijob.net.

Techniquement, nous sommes une page web où les travailleur·ses
peuvent laisser des commentaires négatifs sur leurs emplois. Nous sommes
également une plateforme de micro-médias qui ont pour objet le travail
et la main-d’œuvre.

Politiquement, il s’agit d’un projet anarchiste qui cherche à mettre
en lumière ce qu’est le système salarial et appelle les travailleur·ses à
s’organiser pour lutter pour de meilleures conditions de travail et,
bien sûr, contre le capital et contre l’État.

Qu’est-ce qui vous pousse à continuer ce projet ?

La principale raison de la pérennité d’Antijob et de sa régénération
constante (puisque la plupart des membres de l’équipe initiale ont
changé) est probablement que nous obtenons des résultats tangibles. Nous
savons combien d’utilisateur·ices ont recours à notre serveur et nous
savons qu’il permet de faire pression sur les employeurs, moyennant un
effort relativement faible de notre part. Nous donnons aux employé·es un
outil de pression et iels l’utilisent efficacement. En ce qui nous
concerne, c’est un succès.

Dites-nous un peu comment le projet a évolué au fil du temps.

Antijob est apparu au début des années 2000 en réaction à l’émergence
d’agrégateurs d’offres d’emploi ciblant les jeunes, qui représentaient
la majorité des internautes à l’époque. Ces services promettaient de
construire des « carrières », puis leurs utilisateur·ices apprenaient à
leurs dépens que ces dernières consistaient en des emplois temporaires
payés une misère, suivis de licenciements frauduleux. C’était la cible
de nos critiques ; la méthode était constituée par les témoignages des
employé·es. Avec le temps, internet s’est développé, mais les problèmes
sont restés les mêmes. L’audience des sites de recherche d’emploi a
augmenté – et la nôtre aussi.

Le message de la version originale du site était plus agressif ;
aujourd’hui, nous sommes un peu moins radica·les. Mais nous ne sommes
pas tombés dans le marxisme orthodoxe, ce qui est généralement le cas
des groupes qui se consacrent à la question de l’organisation des
travailleur·ses en Russie.

Quel est l’impact d’Antijob sur les travailleur·ses en Russie ?
Comment le contexte politique a-t-il changé depuis que vous avez
commencé ?

On peut dire que notre page web a été pionnière dans le domaine de la
notation du travail en Russie. Les employeurs ont réalisé que les avis
sur internet pouvaient constituer une menace pour leurs activités. De
plus, le domaine du « travail réputationnel » est apparu, et est
lui-même devenu une sorte de secteur d’activité.

Pour les autorités, nous ne représentons pas une menace évidente. Des
procès sont intentés contre nous et il arrive même aux autorités de
bloquer le site web, mais c’est toujours à l’initiative des employeurs.

Bien sûr, la situation s’est détériorée à mesure que le contrôle
d’internet s’est accru. La situation politique s’est également aggravée.
Les autorités et la police ont commencé à nous écrire plus souvent, et
nous sommes sûr·es que tôt ou tard, nous serons bloqué·es pour de bon,
comme c’est déjà le cas en Biélorussie et au Kazakhstan.

Comment modérez-vous les contributions ? Existe-t-il un système de vérification ? Comment décidez-vous de ce que vous publiez ?

Tous les contenus sont modérés manuellement. Nous avons plusieurs
niveaux d’authentification ; le plus élevé est réservé aux avis dans
lesquels une preuve de travail dans l’entreprise a été jointe, comme une
correspondance ou d’autres documents. Ensuite, il y a les avis qui sont
confirmés par la personne qui laisse son adresse e-mail ; ce sont les
plus nombreux.

Nous écartons les avis positifs car ils ne sont pas objectifs par
définition. Il est presque impossible de vérifier leur authenticité.

Nous disposons également d’un vérificateur automatique d’avis qui
nous alerte en cas d’activité suspecte et nous permet d’identifier les
personnes qui tentent d’abuser de notre page web.

Nous ne procédons pas à une vérification détaillée des faits. C’est
techniquement impossible avec plus de 150 commentaires qui nous
parviennent chaque semaine. En tout cas, nous n’essayons pas de
prétendre à une objectivité totale. Pour nous, il y a une disproportion
évidente de pouvoir dans la relation entre l’employé·e et l’employeur –
alors, par défaut, nous faisons plus confiance à l’employé·e.

Nous avons cru comprendre qu’il y a eu des tentatives de faire tomber Antijob.

On tente souvent de nous hacker, et nous subissons parfois des
attaques DDoS sur le site. Ces attaques sont organisées par les
employeurs : soit ils se vengent des avis publiés, soit ils essaient de
les supprimer ou d’en identifier les auteur·ices. Nous refusons de
retirer les avis en échange d’argent, de sorte qu’un employeur en colère
a le choix entre dépenser de l’argent en frais de justice, ou engager
des pirates informatiques.

Le deuxième type d’attaque provient de ce que l’on pourrait appeler
des « concurrents » dans le monde du commerce. Ils créent des copies de
notre site, achètent des noms de domaines similaires et cherchent à
détourner le trafic afin de gagner de l’argent en filtrant les avis.
Récemment, ils ont commencé à agir de manière plus sophistiquée et à
attaquer le référencement du site en utilisant des bots, qui réduisent
le temps moyen de visite et le taux de refus afin de limiter notre
visibilité dans les moteurs de recherche.

Un autre problème concerne les procès et le Roscomnadzor (Service
fédéral de supervision des communications). Certaines entreprises nous
attaquent en faisant valoir que les critiques à leur sujet seraient
diffamatoires. Si leur action en justice est couronnée de succès, nous
recevons au bout d’un certain temps une demande du Roscomnadzor de
retirer l’information. Si nous ne le faisons pas, ils bloquent le site.
Cela s’est déjà produit à plusieurs reprises.

Désormais, nous supprimons les critiques visées par le Roscomnadzor,
et les remplaçons par une facture et un lien vers la décision de
justice, qui contient souvent le texte de la critique. Si nous ne
retirons pas les commentaires, le site est bloqué, le trafic diminue de
70 % et le classement dans les moteurs de recherche baisse, ce qui rend
l’attaque contre la réputation des employeurs moins efficace. Nous
cherchons constamment des moyens de contourner cette menace. Récemment,
nous avons réussi à faire en sorte que les avis bloqués ne soient cachés
que pour les IP russes, tandis que tous·tes les autres (y compris les
utilisateur·ices de VPN/TOR) peuvent les consulter sans problème.

Parfois, la police ou d’autres autorités nous écrivent pour nous
demander de fournir les données des auteur·ices. À ces demandes, nous
répondons en envoyant les données des e-mails jetables et l’IP d’un nœud
TOR. C’est une incroyable coïncidence que toutes les personnes
recherchées par la police utilisent TOR et disposent d’un haut niveau de
sécurité numérique, n’est-ce pas =) ? Pour l’instant, la police ne
semble pas très désireuse de découvrir ce qui se passe.

Quels conseils pouvez-vous donner aux personnes qui voudraient essayer de créer quelque chose de similaire ailleurs ?

Il faut dire que démarrer un tel projet à partir de rien peut être
difficile. La force de notre site web est sa grande visibilité dans les
moteurs de recherche et la notoriété qu’il a accumulée. Celles et ceux
qui veulent se lancer doivent être prêt·es à travailler gratuitement, et
plus que pour n’importe quelle société commerciale. Le marché de
l’e-réputation est apparu il y a maintenant longtemps et beaucoup de
gens veulent en tirer profit et sont prêts à y mettre les moyens. Par
exemple, nous sommes en concurrence avec des sites commerciaux de
publication de commentaires, nous devons faire face à l’interception des
utilisateur·ices par la publicité, à des attaques de bots, etc.

Nous sommes une gêne pour nos concurrents et pour les employeurs
parce que nous avons comme principe de ne pas supprimer les avis pour de
l’argent. Cependant, même si vous avez une équipe ou un mouvement
puissant, vous aurez besoin de camarades qui disposent de connaissances
techniques en développement web, qui comprennent les bases du SEO
[Search Engine Optimization] et de la sécurité informatique, car les
entreprises sont tout à fait prêtes à embaucher des hackers si vous
refusez de supprimer des avis.

Vous devez être prêt·es à consacrer régulièrement du temps à la
modération et à la communication avec les utilisateur·ices, ainsi qu’à
des confrontations avec l’État et les tribunaux. Dans les pays
occidentaux, les problèmes législatifs peuvent être encore plus lourds
qu’en Russie et dans la CEI [Communauté des États indépendants].

Dans un premier temps, la priorité n’est pas à la fonctionnalité,
mais à la publicité. En termes de diffusion, les stickers nous ont
beaucoup aidés. C’est une méthode triviale, et elle n’a parfois pas été
très efficace dans d’autres projets, mais nos stickers ont tendance à
rester accrochés très longtemps. La question des boulots de merde est
très facilement appropriable par toute personne un tant soit peu
politisée. Pendant que le mouvement anarchiste était actif en Russie,
les stickers nous ont permis d’accumuler suffisamment d’utilisateur·ices
dans les grandes villes.

Comment envisagez-vous le lien entre différentes formes de
résistance au travail telles que le syndicalisme, le vol sur le lieu de
travail, les campagnes de pression publique, etc. ? Lesquelles de ces
tactiques sont viables en Russie ?

Pour nous, toutes les méthodes sont interconnectées, et chacune a ses
inconvénients et ses avantages, ainsi que ses spécificités régionales.
Les syndicats sont des structures d’organisation efficaces, mais en
Russie ils ne peuvent exister que dans les grandes entreprises et sont
souvent empêtrés dans la bureaucratie. Le vol est une bonne tactique de
sabotage individuel, mais il n’est pas bien vu dans la société et il est
peu probable qu’il suffise à changer le problème global du travail
salarié. La pression publique est efficace quand elle existe à une
échelle suffisamment grande, mais il est impossible de mobiliser
suffisamment pour combattre les milliers de petites violations
quotidiennes des droits du travail qui concernent des centaines
d’entreprises. Les réseaux de solidarité sont un bon exemple de pression
décentralisée, mais ils requièrent des ressources de la part de groupes
militants locaux (il est peu probable que quelqu’un·e prenne
l’initiative d’un tel projet en Russie, à l’exception de ces groupes) et
pour l’instant, nous n’avons pas vu d’exemples de groupes de ce type
qui deviennent durables.

Toutes ces tactiques nécessitent une mobilisation et un certain degré
de liberté politique – qui font tous deux défaut en Russie – à
l’exception peut-être du sabotage passif (comme le refus de travailler
efficacement) ou actif (le vol et dégâts intentionnels), et peut-être
aussi de l’hacktivisme. De notre point de vue, l’avenir réside dans des
tactiques qui ne tombent pas sous le coup des structures répressives et
ne peuvent pas être clairement ciblées par les patrons, mais qui sont
capables d’infliger des dommages ciblés et concrets. Tôt ou tard, la
situation politique changera et la voie s’ouvrira pour les autres
tactiques.

Quels liens existent entre la résistance au travail et les autres
formes d’activité politique ? Pendant les 40 dernières années, on a vu
les mouvements de travailleur·ses, les syndicats et les luttes au
travail s’affaiblir aux États-Unis, alors que d’autres espaces de
conflit (comme les émeutes contre la police) se sont développés. Comment
analysez-vous la façon dont les luttes des travailleur·ses évoluent, et
les manières dont elles peuvent rester connectées à d’autres luttes ?

Nous envisageons le travail comme un élément central [de
l’organisation sociale], jalousement défendu à tous les niveaux, que ça
soit par les attaques directes de la police, ou par les critiques
conceptuelles des intellectuel·les de droite. Les syndicats ont pu
constituer une réponse auparavant, mais le tournant néolibéral a fourni
un large panel d’outils pour les combattre.

Les luttes contre les violences policières, comme certaines autres
manifestations de masse, sont plus jeunes et plus mobiles dans leurs
choix de tactiques, auxquels l’État n’a pas encore trouvé de réponse
efficace. De plus, et malheureusement, les formes de résistances
pacifiques ne posent à bien des égards pas de menace concrète tant
qu’elles ne se transforment pas en occupations. Un mouvement de
travailleur·ses organisé ne peut pas se résumer à organiser quelques
rassemblements occasionnels, mais doit faire en sorte, par la menace
constante de grèves, que l’État dépense de l’argent pour des programmes
sociaux et que les entreprises paient des salaires décents et offrent
des garanties aux travailleur·ses. Cela coûte probablement plus cher que
de financer quelques unités de police anti-émeute.

Mais le mouvement des travailleur·ses est souvent très conservateur,
les syndicats ont leurs propres problèmes structurels, et les nouvelles
pratiques (comme les réseaux de solidarité) ne sont pas encore devenues
des outils de lutte entièrement efficaces.

Il nous semble tout à fait naturel que le problème du travail reste
d’actualité. Les personnes qui souffrent le plus des violences
policières, du racisme et des crises environnementales sont rarement des
hommes d’affaires. Elles travaillent – légalement ou pas – et souffrent
de la toxicité du système économique. Ce qu’il y a de plus important,
c’est de savoir dans quelle mesure nous (qui faisons essentiellement
partie de la même main-d’œuvre) pouvons rendre cette lutte pertinente.

Aux États-Unis, les médias ont beaucoup parlé de la « grande
démission », à propos de tous·tes ces travailleur·ses qui ont quitté
leur boulot depuis le début de la pandémie. Est-ce qu’il s’est passé
quelque chose de similaire en Russie ? Est-ce que démissionner est une
forme de résistance ?

La Russie a également connu de grandes démissions – même s’il ne
s’agissait pas de démissions à proprement parler, mais plutôt
d’entreprises qui licencient des gens pour diminuer les coûts
d’exploitation. Sans compensations ni garanties. Le premier confinement a
créé une atmosphère si tendue qu’il n’y en a pas eu d’autres par la
suite. Les gens se retrouvaient au chômage, et puisque la plupart des
Russes n’avaient pas d’économies, mais des dettes, la situation s’est
aggravée. L’État s’est contenté de distribuer quelques allocations. Si
les gens n’avaient pas été autorisés à sortir pour aller travailler et
se payer de quoi survivre, un soulèvement motivé par la faim aurait été
inévitable.

En Russie, quitter son boulot pour faire acte de résistance n’est
pertinent que dans les secteurs où il existe une pénurie de personnel et
pour les gens qui ont conscience de leur propre valeur. Les démissions
de masses sont très peu probables, car il n’existe pas d’organisation
autogestionnaire à grande échelle ; les démissions de quelques
employé·es ne causent aucun dégât. Les gens travaillent souvent au noir,
ils ne reçoivent donc pas de compensation et les garanties pour les
chômeur·ses sont très faibles. Le sabotage, en tant que pratique
individuelle sur le lieu de travail, constitue une forme de lutte plus
fréquente et plus visible. Nous ne voyons pas encore l’opportunité d’une
action organisée de masse.

Avez-vous pu jeter un œil sur le fil reddit Antiwork étasunien ?
Quelles sont les similitudes et les différences avec votre projet ?

Non seulement nous l’avons vu, mais nous l’avons relayé, ainsi qu’un
mouvement similaire en Chine. Antijob à ses débuts avait la même
critique radicale du travail, et nous espérons que le mouvement finira
par prendre également dans notre pays. Nous analysons l’émergence des
mouvements anti-travail comme une forme de lassitude de l’éthique du
travail néolibérale (aux États-Unis) ou pseudo-communiste (en Chine). Il
semble que dans notre pays, cette lassitude n’ait pas encore atteint le
pic à partir duquel le rejet radical du travail serait pris au sérieux.

Par ailleurs, ce cadre d’analyse rentre en contradiction avec notre
audience. Certaines des personnes qui fréquentent notre site travaillent
pour 300 ou 400 dollars par mois, ont des enfants, et des dettes à
payer. Il serait un peu maladroit de les exhorter à refuser le travail
dans ces conditions.

Que pouvez-vous nous dire de l’invasion de l’Ukraine depuis votre position ?

Avant que la guerre ne commence, certain·es d’entre nous ne pensaient
pas qu’une telle tournure des événements soit possible. Mais ça a eu
lieu. Nous avons publié un communiqué pour condamner l’agression russe.
La politique impérialiste de la Russie est une évidence pour nous. Comme
d’habitude, elle est déguisée en « intérêts de sécurité ». Nous avons
reçu plusieurs messages d’insultes de la part d’utilisateur·ices
patriotes, qui essaient de nous prouver que la guerre est menée contre
des « nazis qui diffusent l’idéologie LGBT ». Cependant, la cette
situation est différente de la frénésie patriotique de 2014 [quand
l’armée russe a annexé la Crimée].

Comment l’invasion de l’Ukraine et les sanctions contre la Russie affectent-elles la classe des travailleur·ses russes ?

Il y a certainement des gens en Russie qui approuvent la guerre, et
ils sont assez nombreux. Beaucoup de travailleur·ses vivent dans la
bulle d’information de l’État et sa mise en scène de la « forteresse
assiégée ». Derrière leurs écrans, iels lisent seulement : « tout le
monde est contre nous ». Cela les amène à soutenir l’invasion, et les
laisse croire qu’elle est faite au nom de la sécurité de la Russie.

L’État utilise les sanctions et les condamnations internationales à
des fins de propagande, pour renforcer son récit afin d’obtenir du
soutien, même parmi celles et ceux qui au départ étaient hésitant·es.

Cette mobilisation ne continuera pas indéfiniment bien sûr. Dans
quelques mois, tout le monde sentira les conséquences économiques et, si
la guerre est perdue, la réputation du gouvernement sera entachée. Cela
ne mènera pas nécessairement à un soulèvement, mais nous espérons que
la mobilisation en faveur du renversement du régime sera plus efficace
dans le cadre de la lutte sociale.

Nous nous préparons à une telle tournure des événements et, en tant
que projet directement lié aux questions de travail, à soutenir ce
processus.

Pour finir, qu’est-ce que les gens peuvent faire pour soutenir votre projet ?

Le plus simple est de nous soutenir financièrement. Le développement
d’un projet tel que celui-ci nécessite toujours des ressources pour
payer l’hébergement du site, ou le travail de personnes extérieures. En
plus de cela, vous pouvez participer à faire connaître le projet. C’est
particulièrement important dans les pays de la CEI. Nous avons aussi
toujours besoin de personnes expérimentées dans les tests d’intrusion
pour aider à trouver et à résoudre des failles de sécurité, et
d’expert·es en référencement pour nous conseiller sur la promotion dans
les différentes régions afin d’augmenter la pression sur les employeurs.

Et à une échelle plus macro, vous pouvez créer un projet analogue
dans votre région et nous contacter pour créer un réseau de services
comme le nôtre en collaboration.

Paru sur le site CrimethInc (voir le site pour les annexes)




Source: Ucl-saguenay.blogspot.com