Janvier 17, 2022
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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À l’approche de l’élection présidentielle, qui favorise des débats politiques au sein de la population, il faut rappeler que les réseaux sociaux ne sont pas plus neutres politiquement que les médias traditionnels. L’absence de rédacteur en chef ou de ligne éditoriale n’est qu’une façade  : des algorithmes dictent bel et bien quel type de contenu est favorisé.

Nous avons déjà abordé à plusieurs reprises dans Alternative libertaire le rôle profondément politique joué par les réseaux sociaux développés par les capitalistes de surveillance (Facebook, Twitter, YouTube, mais aussi leurs compétiteurs plus récents comme TikTok ou Snapchat). Même si Mark Zuckerberg continue d’affirmer haut et fort que Facebook et Instagram sont neutres et sans biais, on sait depuis belle lurette que c’est faux.

L’exemple emblématique des dernières années est la censure du président des États-Unis d’Amérique, Donald Trump, dans les derniers jours de son mandat, en dépit de son apparente position d’homme le plus puissant de la planète, mais il faut aussi rappeler que les mouvements sociaux, les syndicats, les collectifs de lutte, les médias indépendants sont régulièrement censurés et voient leurs pages fermées sans autre forme de procès [1].

Revenus de surveillance

Mais la censure n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le contrôle politique exercé par ces réseaux est bien plus insidieux. La seule motivation des patrons comme Zuckerberg et de leurs actionnaires est le profit  ; leurs rentes proviennent des revenus publicitaires  ; ces derniers sont générés par des affichages et des clics sur des liens parsemant les pages, les fils, les murs.


Pour être aussi efficaces que possibles, ces liens publicitaires sont choisis de manière ciblée en fonction du profilage de l’internaute réalisé par les intelligences artificielles de l’entreprise [2]. Utiliser les capacités de l’informatique moderne pour établir le profil de chaque individu, prédire puis influencer ses comportements, et au final s’enrichir à chaque étape du processus, c’est ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance, dont des entreprises comme Google et Facebook sont les championnes.

Pour générer un maximum de profits, ces entreprises ont donc intérêt à favoriser les pages attirant du public, de préférence un public facilement prévisible qui va effectivement cliquer sur les liens publicitaires (les clics rapportent plus que le simple affichage). Le public le plus prévisible, c’est le public que l’on touche à un niveau émotionnel, le public que l’on provoque, le public que l’on choque. Les questions qui touchent un maximum de monde, ce sont les questions sociétales, les questions d’actualité, les interprétations de faits divers.

Ces deux éléments mis ensemble expliquent pourquoi les réseaux sociaux du capitalisme de surveillance favorisent, entre autres, les fausses informations d’extrême droite et les théories complotistes  ; une analyse provocante sur un fait divers dit rarement la vérité, et pourtant c’est celle qui va rapporter le plus d’argent  !

Tolérance pour les «  superpropagateurs  »

Plusieurs études le montrent. On apprend par exemple dans un article de la revue Science qu’une fausse information a 70 % de chances en plus d’être partagée sur Twitter. Autre exemple  : une étude interne de Facebook qui a fuité révèle que la compagnie est en mesure de détecter la propagation des fausses informations et même les nœuds dit «  superpropagateurs  » (les comptes et pages qui participent le plus à la viralité de ces informations), mais a explicitement décidé de ne pas bloquer ces comptes [3].

À l’inverse, Facebook a semble-t-il bloqué les comptes de six universitaires travaillant sur la propagation des informations sur la plateforme [4] alors que leur étude montre que les fausses informations s’y propageraient jusqu’à six fois plus vite qu’il y a un an [5].

Les contenus d’extrême droite ne sont pas favorisés par méchanceté ou pour obéir à un sinistre complot ; ils sont favorisés parce que le capitalisme (de surveillance) demande simplement toujours plus de revenus (de surveillance). Pas de complot d’extrême droite donc, mais tout de même un choix politique (capitaliste  !)  : celui de favoriser les revenus aux dépens de l’information, du débat, de la société.
Bien comprendre cette mécanique est indispensable pour aborder sereinement la question des réseaux sociaux et de leur poids politique.

Non, le monde numérique d’aujourd’hui n’est pas favorable à notre camp. Et il ne le sera pas tant que le capitalisme de surveillance restera son modèle économique.

Pour autant, il ne s’agit bien sûr pas de déserter le terrain numérique et de le laisser entièrement à la merci de nos adversaires politiques. Internet (et les échanges par ce biais) peut également permettre à un certain nombre de personnes de sortir de leur isolement et de construire des liens, en particulier lorsqu’elles font partie de groupes minorisés.

C’est pourquoi il est important de favoriser des alternatives qui ne dépendent pas des capitalistes (forums auto-hébergés, réseaux libres décentralisés comme Mastodon, etc.), tout en restant conscient·es que notre terrain, celui où nous «  jouons à domicile  », n’est pas et ne sera probablement jamais celui du réseau social, mais bien celui de la lutte sociale.

Commission librisme de l’UCL


TWITTER RECONNAIT FAVORISER LES DISCOURS DE DROITE

Dans une étude commanditée par l’entreprise elle-même, et rendue publique le 21 octobre 2021 (« Algorithmic Amplification of Politics on Twitter  », consultable en ligne), il a été démontré (ou confirmé, c’est selon) que les algorithmes de recommandation de ce réseau social favorisent les discours des politiciens, politiciennes et des médias de droite.
Des millions de messages (« tweets ») ont été analysés, en provenance des sept pays suivants  : France, Allemagne, Canada, Espagne, États-Unis, Japon et Royaume-Uni. Dans tous ces pays sauf l’Allemagne, la droite apparaît comme favorisée.

Quelques questions demeurent  : pourquoi l’Allemagne fait-elle exception  ? La conclusion du rapport selon laquelle les discours politiques extrêmes ne sont pas plus mis en avant que les discours politiques modérés est-elle fiable  ? La démarche de «  transparence  » ayant conduit à la publication de cette étude n’a-t-elle pas des motivations cachées – crainte qu’un embargo sur le texte ne déclenche une vocation de lanceuse ou lanceur d’alerte, tentative de passer pour plus vertueux que le réseau concurrent Facebook  ?

Léo (UCL Lyon)




Source: Unioncommunistelibertaire.org