Avril 11, 2021
Par Le Monde Libertaire
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[Traduction de l’anglais : Monica Jornet. Groupe Gaston Couté FA]

par CLB [<a title="China Labour Bulletin. Supporting the Workers’ Movement in China est une ONG de Hong-Kong qui, depuis 1994, informe sur toutes les grèves en Chine, dénonce les conditions de travail et soutient les luttes pour les droits du travail en Chine.” class=”notebdp”>note]

Un livreur de nourriture, Chen Guojiang, a été accusé de «chercher querelle et de provoquer des troubles» (picking quarrels and provoking trouble, 寻衅 滋事), l’accusation fourre-tout utilisée par les autorités pour réprimer le militantisme.
Chen, qui recherchait un salaire équitable et une meilleure protection des travailleurs pour ses collègues chauffeurs-livreurs, a finalement été autorisé à voir son avocat le 24 mars, près d’un mois après sa détention, le 25 février. Son avocat a rapporté que Chen avait le moral.
Le 15 mars, le père de Chen avait publié une lettre ouverte et une demande de financement participatif à WeChat. Il y déclarait qu’il n’avait pas encore reçu d’avis de mise en détention indiquant la raison de l’arrestation de son fils. La loi chinoise sur la procédure pénale (article 43) stipule que les familles doivent être informées dans les 24 heures.

Le lendemain, le bureau de la sécurité publique du district de Chaoyang à Pékin a envoyé à la famille un avis les informant de l’accusation et confirmant que Chen était détenu au centre de détention du district.

Le père de Chen espérait réunir 50 000 yuans pour les frais d’avocat. Les censeurs de WeChat ont eu beau bloquer son message en à peine une heure et émettre un avertissement indiquant que la transaction constituait un «risque de fraude», la famille a quand même collecté 120 000 yuans en dix heures. Le lendemain, la sœur de Chen a demandé de ne plus envoyer de dons.

Les camarades livreurs de Chen demandent sa libération. Une photo d’un chauffeur-livreur tenant un avis sur lequel est écrit «Libérez le leader», une référence à son pseudonyme en ligne «Leader de l’Alliance des chauffeurs» (外 送 骑士 联盟 盟主), a circulé sur les réseaux sociaux.

En tant que défenseur des droits des livreurs, Chen a publié des vidéos qui dénonçaient des plateformes exploitant les travailleurs et violant les lois et règlements en infligeant des amendes aux chauffeurs pour livraisons retardées. Il a également pointé du doigt les ministères pour avoir éludé leur responsabilité quant à la réglementation de l’économie des petits boulots.

Chen a déclaré qu’il gérait 16 groupes WeChat atteignant plus de 14 000 contacts de chauffeurs-livreurs. Il a appelé les conducteurs à arrêter de travailler lorsqu’ils sont confrontés à des conditions de travail inéquitables. Dans une interview avec Initium publiée le mois dernier, il a déclaré que depuis que les salaires ont baissé, les conducteurs mettent en danger leur propre sécurité pour traiter davantage de commandes et maintenir leurs revenus.

La carte des grèves du China Labour Bulletin indique que les grèves impliquant des chauffeurs-livreurs, principalement à cause de réductions de salaire, sont passées à 45 en 2019, contre 10 en 2018. La carte des accidents de travail montre également qu’en 2018, 121 chauffeurs ont été impliqués dans des accidents de la route, dont 19 sont décédés. Bien que les actions de contestation des livreurs de nourriture aient diminué de manière significative l’année dernière en raison de la pandémie et de l’afflux massif de nouveaux conducteurs, des signes de reprise de l’action collective se font jour.

Le 1er mars, les chauffeurs-livreurs de la plateforme en ligne Meituan se sont mis en grève pour protester contre une baisse des salaires de livraison dans au moins deux villes, Shenzhen et Tongxiang dans le Zhejiang. Une autre grève a été signalée le lendemain par les chauffeurs de Meituan à Linyi, Shandong. Le 8 mars, les clients d’Ele.me se sont rendus à Weibo pour se plaindre de livraisons lentes ou non assurées, ce qui tend à montrer qu’il y avait davantage de travailleurs en grève, même s’il est difficile d’en avoir la confirmation, les rapports de troubles sociaux étant un sujet sensible.

Les livraisons de nourriture sont devenues de plus en plus cruciales depuis la pandémie, car les personnes confinées comptaient là-dessus pour être approvisionnées. Bien que cette activité soit donc en plein essor, ses bénéfices n’ont pas été équitablement répartis.

Cette année, Ele.me a promis des primes aux chauffeurs pour avoir travaillé pendant la période des vacances du Nouvel An lunaire s’ils atteignaient les objectifs de livraison. Une vidéo publiée par Chen le mois dernier a révélé que les conducteurs trouvaient ces objectifs impossibles à atteindre en raison du faible nombre de commandes qui leur étaient allouées par la plateforme. En une semaine, les chauffeurs devaient livrer 380 commandes. Les clients ont laissé des commentaires sur la vidéo disant qu’ils avaient payé des frais de livraison quatre fois plus élevés que d’habitude pour les commandes au cours de cette période.

Ele.me a publié une déclaration publique sur son compte Weibo promettant d’ajuster rétrospectivement ces objectifs afin de permettre à davantage de conducteurs de recevoir des primes. Cette société a été confrontée à une réaction violente sur les réseaux sociaux l’année dernière lorsqu’elle a offert à la famille d’un chauffeur décédé au travail seulement 2000 yuans de compensation.

En septembre de l’année dernière, Chen a exprimé l’espoir que les autorités prendraient prendre l’initiative de mettre en place une organisation de type syndical pour les chauffeurs qui pourrait négocier avec les plates-formes au nom des travailleurs et permettre aux administrations locales de fixer des normes au lieu des déclarations arbitraires d’entreprises privées comme Meituan et Ele.me.

La Fédération panchinoise des syndicats [ACFTU, centrale “syndicale” gouvernementale de la République populaire de Chine, la seule qui soit légale. NdT) a inclus les livreurs de nourriture dans sa liste des huit secteurs clés qui sont désormais considérés comme prioritaires. Jusqu’à présent, cependant, le syndicat n’a pas fait grand-chose pour aider ses nouveaux membres, hormis la formation professionnelle, l’assistance juridique et certains avantages médicaux. Rien n’a été fait pour remettre en question le monopole du pouvoir actuellement détenu par les entreprises de livraison de nourriture.




Source: Monde-libertaire.fr