Mai 5, 2016
Par Paris Luttes
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La violence et la brutalité de la répression policière ne cessent d’augmenter, et avec elles les blessures infligées aux manifestants. Sur le plan judiciaire, les parquets ont manifestement reçu des instructions pour charger au maximum les manifestants interpellés. Le gouvernement cherche clairement à briser par la force le mouvement de contestation contre la loi travail.

Bilan de l’action des Streets Medics lors des manifs du 28 avril

Ceci n’est pas un bilan des blessures reçues par les manifestants, qui n’ont pas pu être toutes recensées, mais d’une partie de celles qui ont été soignées par les Street Medics.

Dans la manifestation de la journée, l’équipe médicale a soigné de multiples coups de tonfa au visage, sur les tibias, au crâne. Deux plaies ouvertes au crâne dont une nécessitant des points de suture. Un coup de genou d’un policier au visage d’un manifestant. Au moins trois brûlures aux mains, une au dos, une au niveau de l’oreille et la nuque avec lésions au bras et jambe gauche. Nombreux palets et grenades ayant touché les membres, peut être une dizaine. Au moins 5 tir de LBD 40 au visage et au moins autant aux membres inferieur, trois au torse, un au niveau du bassin. Un manifestant a eu un le nez cassé parce que sa tête a été écrasée sur un arbre par un flic. Nombreuses crises d’asthmes et malaises provoquées par les gaz, ainsi que crises de stress et panique.

Dans la soirée, l’équipe médicale a soigné un blessé avec plaie au ventre, puis une cheville broyée par des CRS, deux personnes avec des contusions et douleurs fortes aux tibias et bassin, une personne en état de choc suite à un gazage à bout portant, un petit doigt cassé suite à un coup de matraque.

Bilan de la répression lors de l’action de blocage de l’économie du jeudi 28 avril au matin à Gennevilliers

Au matin du jeudi 28 avril, plus de 200 personnes se sont réunies à l’appel de l’AG Interprofessionnelle de Saint-Denis – 93 pour réaliser une action de blocage dans le cadre de la lutte contre la loi Travail. La cible de cette action était le port de Gennevilliers. A l’issu de cette action, la police a interpellé plus de 120 personnes alors que les manifestants se dirigeait vers la bourse du travail de Saint-Denis. Les interpellations ont eu lieu selon trois modalités. De manière isolée, alors que la police s’efforçait de créer la panique en blessant les manifestants (matraques, gel lacrymogène, coups de poing, coups de pied), dans le cadre d’une nasse, et enfin autour de la nasse, des personnes restées en soutien ont été intégrées à la nasse ou interpellées.

Les personnes interpellées ont été conduites dans des cars bondés au commissariat de l’Évangile. Tout le monde a été relâché après des contrôles d’identité exceptés deux manifestants blessés par la police au moment de leur arrestation. Placés en garde en vue, l’un est accusé de violences en réunion sur un policier, l’autre est accusé d’avoir refusé de donner ses empreintes et d’avoir participé à un attroupement armé.

Ils ont comparu le lendemain, le vendredi 29 avril. Ils ont tous deux étaient défendus par des avocats de Defcol. Ils ont sollicité le renvoi de leur affaire et comparaitront libre à leur prochaine audience. D’ici là, ils sont tout de même placés sous contrôle judiciaire avec pointage au commissariat tous les 15 jours.

La logique de la police est de réprimer par tous les moyens le mouvement social en cours, y compris en empêchant le soutien aux personnes nassées puisque ce soutien a valu, à certains, leur arrestation. La répression, judiciaire ou policière, s’inscrit dans une démarche d’intimidation du mouvement en cours, il ne faut pas taire cette répression mais y répondre par la solidarité à tous les inculpés du mouvement.

Bilan des comparutions immédiates au palais de justice de Paris

Le vendredi 29 avril, un manifestant a été jugé en comparution immédiate devant le TGI de Paris. Défendu par un avocat commis d’office, il a été condamné à trois mois de prison avec sursis.

Le samedi 30, huit manifestants ont été jugés en comparution immédiate, tous accusés de violences et principalement de jets de projectiles. Le parquet a systématiquement requis de la prison ferme avec mandat de dépôt et, pour les renvois, de la détention provisoire.

Cinq manifestants, parmi lesquels trois étaient défendus par les avocats de Defcol, ont demandé un renvoi de l’audience et ont été libérés sous contrôle judiciaire. Trois personnes, défendues par des avocats commis d’office, ont accepté d’être jugées immédiatement : une a été relaxée, les deux autres ont été condamnées à six et huit mois de prison ferme mais sans mandat de dépôt. Un des manifestant a gravement été blessé par les flics lors de son interpellation : il a une fracture du plancher orbital à un œil, risque des séquelles permanentes et doit voir d’urgence un service hospitalier spécialisé – ce qui n’empêche pas le procureur de demander son incarcération en osant prétendre « qu’on est très bien soigné en prison ».

Le représentant du parquet avait manifestement des instructions : il a requis le placement en détention provisoire ou la prison ferme avec mandat de dépôt contre tous les manifestants de l’après-midi. Il a réclamé des peines « exemplaires » et a passé son temps à parler d’un policier « gravement » blessé à la tête alors qu’aucun des manifestants déferrés ce jour là n’était accusé d’avoir blessé ce policier particulier.

Le substitut du procureur a aussi prétendu qu’un petit flyer de Defcol, retrouvé dans la poche d’un des manifestant, était la preuve de la « préméditation » des actes de celui-ci. « Comme au sommet de l’OTAN à Strasbourg en 2009 », a-t-il ajouté. Pour notre génial procureur, l’existence d’un collectif de défense doit donc être retenue à charge contre les manifestants soudain considérés comme les petits soldats d’on ne sait quelle organisation politique souterraine.

Pourtant, le manifestant en question n’a pas fait appel à un avocat de notre collectif et nous n’avons pas été appelé par ses proches : nous n’avons donc jamais pu lui apporter la moindre aide. Mais même ceux qui font appel à nous n’ont découvert notre existence qu’à travers ces flyers et tracts qui circulent largement dans les manifs, et que tout un chacun peut trouver facilement.

À ce stade, nous aurions aimé que l’avocate commise d’office puisse avoir la présence d’esprit de rappeler que le fait de détenir un tract, trouvé en manif, et qui rappelle les droits élémentaires des personnes arrêtées par la police, ne saurait être considéré comme une preuve de culpabilité : pas plus que le fait d’exercer son droit de garder le silence pendant la garde à vue, autre élément que le parquet a tendance à prendre aussi pour une preuve d’affiliation politique.

Deux autres personnes, accusées de dégradations et défendues par des avocats de Defcol, ont été déferrées. Elles n’ont pas été présentées en comparutions immédiate, mais ont été libérées avec une date de procès ultérieure et un contrôle judiciaire.

Le même jour, plusieurs mineurs, dont un a été défendu par une avocate de Defcol, ont été présentés devant le juge des enfants. Celui qui a été defendu par l’avocate de Defcol a été condamné à de la prison avec sursis.

Le dimanche 1er mai, cinq manifestants, dont deux ont été défendus par les avocats de Defcol, ont été présentés devant le juge des libertés et de la détention. Quatre ont été libérés avec des dates de procès ultérieur. Un manifestant, défendu par un avocat commis d’office, a été incarcéré pour une nuit en attendant son procès.

Le lundi 2 mai, ce même manifestant a été jugé en comparution immédiate et défendu par une avocate commise d’office. Il a été arrêté dans la nuit du 28 au 29 avril place de la République pour jet de projectiles, faits qu’il a nié. La peine prononcée par le tribunal est de 3 mois avec sursis.

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