Février 7, 2021
Par Questions De Classe
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L’ICEM-Pédagogie Freinet dénonce la répression pédagogique dont est victime l’une de ses membres, Hélène, professeure des écoles à l’école Marie Curie à Bobigny, et lui apporte son plein soutien.

Cette enseignante est invitée à se “présenter mercredi 10 février à l’accueil de la DSDEN du 93 à 16 heures afin de consulter son dossier administratif dans son intégralité. “Elle est informée ” que cette formalité est préalable à la prise d’une décision de mutation dans l’intérêt du service à son endroit”, en pleine année scolaire.

Cette convocation constitue l’apogée de pressions hiérarchiques exercées sur elle et son équipe depuis la rentrée 2019, attaquant directement les méthodes pédagogiques pratiquées depuis de nombreuses années par une équipe soudée. Ces méthodes, appartenant aux valeurs de la pédagogie Freinet, sont fondées sur l’émancipation de tous les enfants. Être professeure des écoles, c’est pratiquer l’art de la pédagogie pour permettre aux élèves d’accéder à leur propre émancipation.

Hélène, enseignante à l’école élémentaire Marie Curie de Bobigny depuis 2014 est de ces enseignantes, pleinement engagées dans cet art.

En choisissant cette école, en ne désertant pas la Seine-Saint-Denis, Hélène comme tant d’autres a fait ce choix d’enseigner en éducation prioritaire, auprès de ces élèves qui ont tant besoin de l’école. Sans relâche, depuis toutes ces années, Hélène comme ses collègues est à l’origine de projets pédagogiques ambitieux, n’a de cesse d’emmener ses élèves en classe découverte pour leur permettre d’aller voir les mondes qu’ils et elles n’ont jamais l’occasion de côtoyer, n’a de cesse de permettre à ses petit.es bout d’hommes et de femmes de prendre la parole et d’avoir prise sur le monde qu’ils et elles construiront demain, n’a de cesse de pratiquer la coéducation avec les familles de ses élèves.

Sans relâche, depuis toutes ces années, Hélène comme ses collègues a fait le choix de s’auto-former en permanence en intégrant le mouvement pédagogique ICEM-pédagogie Freinet. Il s’agit là d’un engagement personnel, pour le métier, parce qu’Hélène comme nous toutes et tous pensons que l’art d’enseigner est sans cesse à remettre sur l’établi si nous voulons progresser et donner le meilleur à nos élèves. Hélène comme nous toutes et tous se positionne en tant que chercheuse, experte pédagogique de terrain, qui questionne sans cesse ses pratiques, à l’aune des élèves qu’elle accueille et accompagne dans chacune de ses classes, au fil des années.

Hélène, comme nous toutes et tous, pense simplement que l’école comme lieu d’émancipation est à mettre au cœur du projet pour le monde de demain, fondé sur la justice sociale, l’égalité et la coopération.

Simplement. Aujourd’hui, Hélène est victime de répression de la part de la hiérarchie, et cette répression s’attaque à la liberté pédagogique. Cette liberté pédagogique doit pourtant rester le cœur de notre métier : c’est elle qui permet à chaque enseignant.e de se positionner en tant que chercheur et chercheuse, expert.e de terrain face aux élèves qu’il ou elle rencontre chaque année, toujours différents. Si, comme bon nombre d’entre nous, Hélène n’utilise pas les évaluations nationales, c’est qu’elles ne lui sont pas utiles pour connaître ses élèves et leur permettre d’avancer dans leurs apprentissages. Ces évaluations, nous l’avons déjà maintes fois expliqué à l’ICEM comme dans d’autres mouvements pédagogiques, sont essentiellement basées sur les neurosciences et mettent les élèves en échec face à des exercices étrangers à ce qu’ils et elles font en classe au quotidien. Hélène, comme chaque enseignant.e expert.e, sait construire les outils dont elle a besoin, dans sa classe, avec ses élèves.

En agissant comme elle le fait, la hiérarchie entend une nouvelle fois mettre au pas chacun.e d’entre nous, niant les réalités de terrain qui sont les nôtres. Pour cela, l’institution n’hésite pas à employer les pires méthodes : irruptions intempestives del’IEN dans l’école et dans la classe de notre collègue, menaces, etc.

En envisageant de procéder au déplacement administratif de notre collègue en pleine année scolaire, l’institution nie tout le travail mené par cette enseignante pour construire le collectif que constitue la classe dont elle a la charge cette année. L’institution méprise les élèves, ces enfants, qui constituent cette classe en n’hésitant pas à les priver de leur enseignante. L’ICEM-pédagogie Freinet dénonce ces pratiques autoritaires et violentes, niant les réalités humaines et les engagements professionnels qui se jouent au quotidien dans nos classes. Nous pensons au contraire que l’urgence est cruciale pour une véritable formation des enseignant.es contractuel.les lâché.es chaque année par l’institution dans les classes les plus difficiles qui soient, mais aussi pour une véritable politique de recrutement permettant le remplacement systématique de chacun des enseignant.es qui en ont besoin. Nous pensons aussi que l’urgence est à une véritable refondation de l’école, par ses praticien.nes de terrain, et non par des experts hors sol qui n’en ont que le nom, en faveur d’une école émancipatrice pour chaque élève, chaque enfant en tant qu’être humain.

Le Comité d’Animation de l’ICEM-pédagogie Freinet

Nantes, le 6 février 2021




Source: Questionsdeclasses.org