Décembre 1, 2022
Par ACRIMED
221 visites

« Un journaliste de Reporterre est poursuivi pour avoir fait son métier : informer sur une action militante. Cette procédure menace tous les reporters. Médias et syndicats de journalistes se mobilisent contre cette atteinte à la liberté d’informer. » Acrimed est cosignataire de ce texte publié par Reporterre le 29 novembre 2022.

Si vous voulez soutenir la liberté d’informer et signer cette tribune, rendez-vous ici. Voir la liste complète des signataires sur le site de Reporterre.

Le 10 novembre 2021, Grégoire Souchay, journaliste pigiste à Reporterre, le média de l’écologie, réalisait un reportage sur une action des « Faucheurs volontaires ». Ceux-ci, dans la foulée des actions qu’ils mènent depuis 2003, pénétraient à Calmont (Aveyron), dans les entrepôts de la firme semencière RAGT, pour y rechercher des semences génétiquement modifiées. Le journaliste suivait les activistes, racontait leur action, les photographiait. Dans son article, publié le 12 novembre suivant, il citait aussi la réaction de l’entreprise RAGT et contextualisait l’événement, rappelant que le Conseil d’État a enjoint au gouvernement français de se mettre en règle avec la loi européenne sur les OGM obtenus par mutagenèse.

Pourtant, le journaliste de Reporterre est poursuivi par la justice, au même titre que les Faucheurs, comme s’il était l’un d’entre eux. Il sera jugé à Rodez (Aveyron) [1]. Il aurait, selon la gendarmerie, « frauduleusement soustrait des sacs contenant des semences de colza » et « volontairement dégradé ou détérioré plusieurs sacs de semence ». Ces accusations sont totalement infondées. Le journaliste n’a fait que son travail d’observation et de témoignage. Et bien qu’il ait présenté sa carte de presse aux autorités, celles-ci n’en ont pas tenu compte, faisant comme s’il était un activiste parmi les autres.

Nous récusons totalement l’accusation. Si nous acceptions que ce journaliste soit condamné, ce ne serait pas seulement Reporterre qui serait atteint, mais tous les journalistes. La jurisprudence sur ce type de cas reste rare. Le risque est clair : tous les journalistes qui couvriraient des actions de militants écologistes, syndicalistes, ou autres, pourraient être accusés des délits commis par ces militants. Il y a donc bien là un enjeu crucial de la liberté d’informer et d’être informé.

Reporterre est un site d’information sur l’écologie, libre d’accès, sans abonnement, sans publicité, sans actionnaire. Il emploie quinze journalistes en CDI et est lu chaque mois par plus de 1,5 million de visiteurs uniques. C’est la troisième fois qu’un journaliste de ce site d’information est poursuivi. En juin 2020, Alexandre-Reza Kokabi avait passé une dizaine d’heures en garde à vue pour avoir suivi des manifestants ayant pénétré sur la piste de l’aéroport d’Orly. En octobre 2020, Justine Guitton-Boussion et Mannone Cadoret ont été verbalisés alors qu’ils couvraient une action d’écologistes à l’aéroport de Roissy.

Reporterre récuse ces atteintes à la liberté d’informer et d’être informé, et poursuit les procédures juridiques adéquates pour faire reconnaître le droit d’informer. La liberté du travail d’informer est vitale pour la démocratie.

Nous, soussignés, organisations syndicales de journalistes, sociétés de journalistes, collectifs et associations de journalistes, et citoyennes et citoyens, apportons notre soutien à Reporterre qui contribue à éclairer le citoyen sur l’actualité écologique et condamnons le fait que des forces de police ou des magistrats s’en prennent à des journalistes qui effectuent leur mission d’informer.

Reporterre organise une réunion publique d’information et de défense de la liberté d’informer :

Lundi 5 décembre 2022, à 19 heures à la Bourse du travail, 3 rue du Château d’Eau (Paris 10e), salle Jean Jaurès. Y prendront la parole : Arié Alimi (Collectif Stop Bolloré), Julia Cagé (politologue), Benoît Collombat (journaliste), Edwy Plenel (président de Mediapart) (sous réserve), Agnès Rousseaux (journaliste) ou encore Daniel Schneidermann (fondateur d’Arrêt sur images). Entrée libre. Avec nous, défendez le travail des journalistes et des médias libres.

Premiers signataires :

Acrimed

Collectif Stop Bolloré

Informer n’est pas un délit

JNE (Journalistes Écrivains pour la nature et l’écologie)

Le Média

Mediacités

Profession : Pigiste

RSF (Reporters sans frontières)

Société des journalistes de FranceinfoTV

Société des journalistes de France 2

Société des journalistes de France 24

Société des journalistes de Mediapart

Société des journalistes de L’Humanité

Société des journalistes de Télérama

Société des journalistes de 60 millions de consommateurs

Société des journalistes et du personnel de Libération (SJPL)

SNJ (Syndicat national des journalistes)

SNJ-CGT

StreetPress

Vert

Thomas Baïetto, journaliste à Franceinfo

Denis Cheissoux, animateur de « CO2 mon amour » sur France inter

Laurie Debove, rédactrice en chef de La Relève et la peste

Béatrice Héraud, journaliste

Julien Le Bot, journaliste

Anne-Sophie Novel, journaliste

Cemil Şanlı, journaliste indépendant

Acrimed est une association qui tient à son indépendance.
Nous ne recourons ni à la publicité ni aux subventions.
Vous pouvez nous soutenir en faisant un don ou en adhérant à l’association.




Source: Acrimed.org