Quand on croit en l’humain, en sa capacité à se réunir autour de valeurs de partage, de respect mutuel et d’ouverture, que l’on tente le plus souvent possible et malgré les vents contraires de se gonfler d’espoir pour combattre ce monde dont presque plus personne ne veut, il suffit d’un simple passage au Salon Milipol [1] pour que tout s’envole.

Pour un temps.

Il est difficile de décrire le sentiment qui vous traverse lorsque vous sortez d’un tel endroit.

Ce n’est pas du dégoût – même si on s’en approche –, ni de la rage, que de rencontrer des gens dédier leurs journées à vendre du matériel et des logiciels pour traquer et tuer leurs semblables. Et ce n’est pas non plus du désespoir, que de voir certains applaudir une démonstration de CRS en action.

Non, à bien y réfléchir, ce ne sont pas des sentiments ou des pensées philosophiques qui vous viennent à l’esprit, mais une conviction : ça va être la guerre.

Et qu’on se le dise tout de suite, si notre cher préfet Lallement estime qu’il y a deux camps et que vous considérez ne pas faire partie du sien, il va falloir se tenir prêt.

Pour avoir un aperçu de la manière dont les gouvernements et autres industriels s’équipent pour vous neutraliser si vous les chatouillez, c’est ici que ça se passe.

Mais avant toute chose, un peu de contexte sur l’événement, et sur le fabuleux « marché de la sécurité » en France et dans le monde.

En 1984, le premier salon Milipol est organisé à Paris. Destiné aux professionnels de la sécurité du monde entier, il leur offre l’opportunité de communiquer sur leurs produits et leurs services à une échelle française et internationale.

Une histoire d’amour démarre ensuite en 1995 avec le ministère français de l’Intérieur, qui devient un soutien officiel du salon ; un parrainage qui perdure à ce jour.

À la surprise générale, ce salon consacré à la sécurité intérieure des États s’est rapidement exporté, au Qatar en 1996, et dans la zone Asie-Pacifique en 2015.

Les mauvaises langues diront que cette exportation est liée aux lois européennes, qui ne permettent pas aux acteurs du salon d’exposer toutes les armes de leur catalogue. C’est ainsi qu’à l’édition 2017, Amnesty International a « surpris » des entreprises chinoises en train de vanter les bienfaits d’équipements de tortures tels que des « entraves électriques pour les chevilles, fourches anti-émeutes à pointes envoyant des décharges électriques, gilets envoyant des décharges électriques, appareils à décharges électriques pour les cuisses, boucliers à décharges électriques pouvant être munis de pointes [2] ».

On notera que la dépendance de leurs armes à une unique source d’énergie qu’est l’électrique a quelque chose de rassurant, non ? Passons.

Pour ce qui est du marché de la sécurité : il est juteux. Et stratégique. Il représentait au niveau mondial 431 milliards de dollars en 2018 avec une prévision de 606 milliards de dollars pour 2024 [3].

En France, d’après le rapport officiel de l’Observatoire de la filière industrielle de sécurité 2018, l’activité économique du secteur représente 75 milliards d’euros (soit 3,3 % du PIB français !). Toujours selon ce même rapport, on apprend que « les acteurs français sont à la pointe en matière de compétences et de R & D (recherche et développement) ». Un indicateur fort à destination de tous les ronchons qui parlent de fuite des cerveaux vers les pays étrangers. Quand il s’agit de surveiller ou de mutiler, vous pouvez gonfler le torse auprès de vos détracteurs : tour Eiffel – répression – bouffe – surveillance – vin. Soyez fiers, bordel.

L’allègement fiscal est également très largement sollicité par les entreprises du secteur, et octroyé, via le CIR (Crédit d’Impôt Recherche). Elles insistent sur l’efficacité du CIR qui leur a permis de maintenir des emplois de R & D et de rester compétitives.

Allez, place au salon.

Mon invitation à la main, je me rends devant le parc des expositions de Villepinte. Un choix stratégique car proche de la capitale mais surtout de l’aéroport Paris-CDG, puisqu’un nombre important de délégations internationales (53 pays au total) sont présentes ; les pavillons chinois et israéliens, avec celui du ministère de l’Intérieur, sont les plus imposants.

Sachant qu’il est autorisé de rentrer avec un flingue (pour ceux qui y sont habilités) dans le salon, les checks de sécurité sont assez légers (fouille de sac et rapide palpation). Alors que je cherche une pièce d’identité à présenter, un type derrière moi s’impatiente et me double en présentant… sa carte de police.

Je comprends rapidement que je suis entouré de flics, pour certains avec un signe distinctif (sac du RAID), ou carrément en uniforme (police, gendarmerie etc.). Et ils ont l’air très contents d’être là. Ça rigole, ça caresse des fusils sur les stands, ça prend de l’info sur les derniers joujoux à la mode, comme par exemple le tout nouveau lanceur de gaz lacrymogène, le Leth Lethal Laucher Full Auto de la marque Sabre, précis jusqu’à 20 mètres et permettant de saturer une zone sur un rayon de 53. J’en pleure déjà.


Après une rapide balade dans les allées, je vais voir ce qui se trame dans la seule salle de conférences du salon.

La première conférence sera tenue par Jean-Christophe Moraud, secrétaire général adjoint de la présidence française du G7 de Biarritz 2019, en charge du suivi et du pilotage de la sécurité, et il va nous exposer durant 30 minutes les enjeux sécuritaires du sommet.

Le mec annonce d’emblée qu’il ne s’occupe de ces questions que depuis un an, l’air de dire qu’il n’y connaît pas grand-chose. Et effectivement on en apprendra peu, si ce n’est :

Que les grandes villes, c’est galère à sécuriser et qu’ils choisissent systématiquement des villes de 20 000 à 30 000 habitants.

Que c’était la pleine saison, et ils se sont retrouvés avec 100 000 personnes à gérer. Les cons.

Ils avaient peur des terroristes, mais surtout de ceux du Pays basque.

Il adore le mot logistico-sécuritaire.

Ils se sont préparés pendant un an.

Et il y a cinq périmètres de protection :

- Zone 1 : appelée aussi « Zone du sommet », c’est la zone interdite au public. Elle était selon lui trop petite car impossible à compartimenter. Autrement dit, ils ne pouvaient pas reculer d’un pouce en cas de heurts (t’imagines ?).

- Zone 2 : avec une réglementation plus souple, elle est ouverte aux résidents et vacanciers dont 4 000 avaient une vue directe pour « prendre des photos de chefs d’État et plus, s’ils voulaient “faire plus” » (vas-y, développe). Dans cette zone, tout le monde a un badge et tous les véhicules (22 000 passages comptabilisés entre les zones 1 et 2) sont « stickés » (passés au déminage). Ils ont badgé 50 000 habitants au total et le fichier a été vérifié par la CNIL puis, « sans doute » détruit. Les sourires dans la salle en disent long.

- Zone 3 : perdu dans ses phrases à rallonge, il oubliera tout bonnement d’en parler.

- Zone 4 : périmètre élargi au triangle Biarritz-Bayonne-Anglet, dont tous les axes étaient tenus par la gendarmerie.

- Zone 5 : la France entière. Elle est couverte par les services de renseignement français et ceux des pays limitrophes, dont l’objectif est d’intercepter les personnes identifiées comme dangereuses par les services de police puis de les frapper d’une interdiction de territoire.

450 d’entre elles seront délivrées.

C’est au tour du second conférencier, Paul Foster, tuteur à Interpol et formateur de commandements de police, de nous parler de gestion des foules et des grands événements (notamment sportifs : JO, coupes du monde FIFA, etc.).

Là encore, c’est creux. Je noterai simplement qu’il a autant d’humour qu’un bac à douche et qu’il a créé une interface web pour aider à gérer le flux des foules, en se basant sur une plateforme cartographique mondiale. Un Google Earth Pro avec des couleurs et un planning intégré, en somme.

Le temps me paraît long. Regarder un VRP parler de son CV et de son produit attrape-nigaud pendant trente minutes m’assomme. Je regarde autour de moi. On est peut-être 200 dans la salle, majoritairement des hommes, tous en costards et aux regards graves. J’essaye de tuer l’ennui en regardant sur internet ce qu’il se dit sur le salon. Je tombe sur un article de France24 qui relaie une communication de Castaner à propos de Milipol, disant que l’Institut de recherche criminelle et de la gendarmerie nationale (IRCGN) travaille d’arrache-pied pour aboutir à l’élaboration d’une « empreinte olfactive ». Aidés par l’école supérieure des parfums, de cosmétique et d’arômes (Ispica), l’école supérieure de physique chimie industrielle ou encore de chercheurs lyonnais en neurosciences, les gendarmes cherchent à prouver qu’il existe une odeur unique pour chaque individu. Ayons une pensée pour les scientifiques, qui nous expliqueront sûrement, quand chacun de nous sera fiché de la tête aux pieds, qu’ils se concentraient uniquement sur la problématique technique et non sur les fins politiques de leurs travaux. Les puristes.


Une troisième conférence démarre.

Albert Tabet, vice-président de la division police et analyse vidéo chez Idemia. Entreprise française de sécurité numérique, elle est la fusion de deux sociétés, Morpho et Oberthur Technologies, et elle est devenue leader dans le domaine de l’identité augmentée, avec trois milliards de revenus annuels. Accompagné d’Éric, ancien chef d’état-major du RAID devenu leur conseiller opérationnel (belle reconversion), ils vont nous présenter un retour d’expérience (REX) sur la gestion de la sécurité du G20 de Buenos Aires (2018).

Albert commence fort sa présentation avec une image de pneus brûlant sur les pavés d’un centre-ville lors du G20 Hamburg 2017 et titrée : « Welcome to Hell ! » Il nous indique que plus de 15 000 policiers furent déployés, 186 protesters arrêtés, 2 engins explosifs détectés en amont, 832 actes de violence perpétrés par des individus d’extrême gauche, 230 policiers « amochés » pour un total de 12 millions d’euros de dégâts matériels (joli score).

Maintenant que nous connaissons la « pression que subissent les forces de l’ordre », Albert enchaîne sur le cas Buenos Aires. Les objectifs de la police étaient de sécuriser l’emplacement du sommet et le dîner qui suivait, de ne subir aucun incident en zone rouge, et d’assurer le moins de perturbation possible aux résidents.

Pour les aider : Idemia. En moins d’un mois a été mis en place un dispositif de reconnaissance faciale connecté aux caméras de la ville, appuyé sur des « bases de référence » composées de 13 000 profils, qui ont gentiment été fournis par les organisations internationales et par Interpol. La sécurisation des points d’entrée était quant à elle examinée par des terminaux biométriques disposant d’un contrôle d’empreinte digitale et de reconnaissance faciale.

À noter que les résidents ont tous dû filer leurs empreintes digitales pour passer les contrôles de la zone rouge. Liste qui, là aussi, à n’en pas douter, a été détruite depuis.

Un mec dans la salle pose une question : qu’est-ce qui n’a pas fonctionné lors de l’événement ? Qu’est-ce qui n’a pas pu être anticipé ? Éric le remercie pour sa question, et lui indique uniquement que les menaces principales se situent hors de la zone rouge, quand les villes sont mises à sac par des violences urbaines périphériques.

La présentation se termine sur une courte interview vidéo du responsable de la police fédérale argentine pour dire qu’Idemia c’est génial, et je suis ensuite « cordialement invité » à aller sur le stand pour en savoir un peu plus les techniques et outils qu’ils proposent.

Leur stand est bondé. J’intercepte la déballe d’un commercial expliquant qu’Idemia souhaite accompagner les États (leurs principaux prospects) à concevoir un système de « gestion d’identité » infaillible. Ce service est composé de plusieurs composants interopérables tels que les registres d’état civil, celui de la sécurité sociale, des cartes d’identité, des passeports, etc.

Ces informations récoltées dès la naissance permettront à chaque individu de « bénéficier d’une identité légale forte, unique et valide tout au long de sa vie ». Tous vos faits et gestes, de vos dernières vacances en Espagne à la petite angine diagnostiquée cet hiver par votre médecin seront connus, stockés et centralisés au sein d’un seul logiciel.

Je vous laisse imaginer ce que des organismes publics (de type Pôle emploi) ou privés (assurances) vous diront lorsqu’ils consulteront votre dossier.

Un autre représentant nous parle de module biométrique intégral. Il essaye de nous convaincre que les modes d’identification que l’on connaît (PIN, mots de passe) posent trop de problèmes. Contrairement à ceux établis via nos empreintes digitales, qui eux seraient parfaits.

Mais malheureusement, aucune solution suffisamment robuste et bon marché n’existe encore pour en équiper les terminaux de ventes, appareils mobiles, distributeurs automatiques, terminaux de contrôle d’accès, équipement de vote etc.

Je sais, ça fait chier.

Mais c’était sans compter sur Idemia, qui vient de te sortir un tout nouveau « module de lecture optique d’empreintes digitales, pesant seulement 20 grammes, adaptable à tous vos supports, idéal pour intégration simple et rapide » !

Il enchaîne sur la gamme de produit du « renforcement de l’identification biométrique ». Et ça te concerne directement, toi, le troublemaker.

Le produit MBIS a en effet été conçu pour répondre à une « demande d’identification des suspects et criminels » (c’est pareil) en plein essor. C’est une interface avec un moteur de recherche biométrique couplé à des outils de sélection et d’amélioration de l’image.

Ce système, qui identifie, vérifie, compare – à l’aide de caméras dernière génération – des informations comme les empreintes de doigts, la paume de la main ou le visage, va simultanément remonter et croiser ces informations avec les archives policières.

Les mailles du filet se resserrent.

C’est l’heure d’aller manger un truc immonde et hors de prix, que tous les organisateurs de salon savent si bien proposer.

La queue, interminable, se prolonge dans les allées. Je me retrouve à quelques mètres de la fameuse « zone de démonstration », où toutes sortes de scènes loufoques auront lieu. De là où je suis, j’ai le privilège de voir un CRS, vêtu des derniers équipements anti-émeutes, se faire frapper avec une batte de baseball – sans bouger d’un cheveu – par un collègue. Je ne peux m’empêcher de le trouver un peu mou dans les coups qu’il porte. Question de point de vue, me direz-vous.


Le bide rempli et l’air oisif, je me fais alpaguer par un représentant de la société WaveGard, à qui je demande ce qu’il propose de beau. Plutôt que de répondre à ma question, il me demande de quoi j’ai besoin. Je réfléchis quelques secondes et l’idée me vient de lui répondre : « Je travaille pour le compte de gros industriels souhaitant rester discrets mais dont l’activité, à risque, leur fait faire face à tout type d’activistes écologistes plus ou moins expérimentés et déterminés. Je suis mandaté pour les aider à moderniser et à sécuriser au maximum leurs infrastructures et leur business. Vous pensez pouvoir m’aider ? »

Vous auriez vu sa tête. Des étoiles plein les yeux et avec un large sourire, il m’invite à continuer la discussion avec un expert sur un autre lieu. J’hésite un court instant, puis accepte.

Au bout de quelques mètres, nous nous retrouvons sur le pavillon israélien, à l’abri des regards, avec une armoire à glace qui lui sert visiblement de collègue. Il lui introduit rapidement mon cas en hébreu, et me laisse avec lui.

WaveGard, une société spécialisée dans le Risk Intelligence, la Cyber Defense ou encore le Smart mobility, me montre une toute autre facette des services proposés sur leur plaquette. J’apprends qu’ils disposent notamment d’une technologie basée sur la collecte d’information 2/3/4G qui est capable de géolocaliser et de retransmettre tous les échanges de la cible, en allant des communications téléphoniques aux sms, réseaux sociaux, applications diverses etc.

« Mais nos cibles, comme vous dites, ont une certaine culture de la sécurité, elles changent par exemple régulièrement leur carte SIM.

— Notre logiciel sait se baser sur le téléphone utilisé, et ainsi s’adapter au changement de SIM.

Je lui demande s’il est envisageable de voir l’interface du logiciel pour me faire une idée, mais il veut savoir si je travaille dans le public ou le privé.

— Privé.

— Je suis désolé, cette prestation est exclusivement réservée aux organismes publics.

— Pourquoi mes clients ne pourraient-ils pas bénéficier de vos services ?

— Cela nécessite des autorisations spécifiques car nous collaborons directement avec les opérateurs téléphoniques. »

Je continue mon chemin en me disant que cette histoire d’industriel qui a de quoi se payer un représentant pour s’équiper afin de casser de l’écolo radical doit en exciter plus d’un.


Un échange de regard ambigu avec un commercial de la société Cortica m’amène sur leur stand. En toute modestie, cette entreprise propose de créer le « futur de l’intelligence artificielle » en faisant effectuer à des machines « le même processus utilisé par le cerveau humain » pour incorporer les données. Elles auront ainsi « la même compréhension illimitée de l’information visuelle que celle dont jouissent les humains ».

« Si je comprends bien, vous avez étudié les mécanismes d’apprentissage du cerveau humain pour les intégrer à votre système informatique ?

— Tout à fait ! À la seule différence près que nos recherches sont basées sur des rats. Et nous avons plus de 200 brevets déposés !

Une envie soudaine de le tarter me prend.

— Quels sont les usages dont vous pouvez me parler ?

— Nous disposons d’un système unique de reconnaissance faciale, venez avec moi.

Il m’amène devant un écran géant muni d’une caméra qui nous braque. Il se saisit d’un cache cou qu’il remonte au-dessus du nez, ne laissant apparaître plus que ses yeux, son front et sa tignasse.

— Voyez. Mon visage est recouvert à 60 % et pourtant, c’est bien mon nom et prénom qui s’affichent sur l’écran à côté de mon visage. »

Ce qu’il faut comprendre de l’ambition de ce genre de boîte, qui se positionne sur le marché florissant des Smart City, c’est qu’en fournissant suffisamment d’informations à leur système (comme d’apprendre à différencier une voiture d’un vélo ou un black bloc d’un militant ANV-COP21), ils pourront automatiquement et selon leurs propres critères, identifier des personnes, remonter des alertes, voire déclencher des interventions humaines sur le terrain si nécessaire.

C’est comme si le préfet, en salle de commandement, disposait d’un assistant doté de milliers d’yeux (les caméras), d’une mémoire massive (la base de données) de tous les noms et visages dont disposent les services de police et du renseignement français, avec la capacité de les identifier en une fraction de seconde.

Mais j’imagine que la CNIL veillera à ce qu’un scénario pareil ne se produise jamais.

Pensez quand même à commander des lunettes et une belle casquette au père Noël.

Je continue ma promenade et passe devant l’une des attractions du salon : le TITUS. Une espèce de bunker de 23 tonnes à six roues motrices, quasiment trois mètres de haut, qui résisterait aux grenades (DM-51) et aux mines. Ils te disent qu’il est à destination des équipes du RAID. Moi je te dis que c’est le plan de secours dans le cas où l’hélico de l’Élysée ne démarrerait pas.


C’est l’heure du goûter, et me voici sur le stand de la société MKCVI. Si tu n’es pas du genre à jouer le joyeux émeutier dans les manifs, mais plutôt un rédacteur ou relayeur de textes transgressifs sur le web, cette entreprise lisboète va s’occuper de ton cas.

Plutôt qu’un flic passe son temps à regarder un par un les groupes Facebook des Gilets Jaunes pour voir qui sont les personnes les plus influentes, il lui suffira d’utiliser cet outil d’analyse de data. Il recherche et rassemble les informations publiques de tous les réseaux sociaux (Facebook, YouTube, Twitter, Linkedin, VK, Instagram, Telegram, WhatsApp) concernant des individus, des groupes ou des sujets spécifiques, et cela en quelques minutes. 

Les données recueillies sont présentées visuellement sous forme d’arborescence, afin de mettre en évidence les relations, les emplacements et les interactions des utilisateurs.

Si on prend l’exemple de Facebook, voici les informations qu’ils aspirent en un instant :

Vos recherches générales
Vos téléchargements
Vos partages et posts
Vos photos
Les profils recherchés

Numéro de téléphone
Adresse & mail

Ils vont ensuite répéter cette action sur chacun des réseaux qu’ils traquent. Des filtres permettent d’affiner les recherches sur certains sujets comme, par exemple, « comment fabriquer un cacatov ». Cela mettra en exergue d’autres profils où l’on appliquera d’autres filtres, et ainsi de suite. Au final, cela donne une cartographie assez précise de vos activités, mais aussi des personnes et des sujets avec lesquels vous interagissez.

J’ouvre le plan et me rends compte qu’il me faudrait des jours pour visiter chaque stand et en savoir davantage sur ce que nous préparent les gouvernements pour nous faire rentrer dans le rang.

En me dirigeant vers la sortie, je repasse près de la « zone de démonstration » où les CRS continuent leur show.

L’un d’eux, l’arme au poing, me fixe et me braque. C’est déjà la guerre.



Article publié le 09 Déc 2019 sur Lundi.am