Avoir en tĂȘte de vouloir rĂ©sumer Proudhon (ce que je fais), c’est toujours le trahir. Il analyse gĂ©nĂ©ralement les problĂšmes avec sa
mĂ©thode de dialectique sĂ©rielle qui permet difficilement la simplification. J’ai Ă©crit tout cela Ă  la va-vite.
Il me faudrait tout relire, réécrire, je ne prends pas le temps. Il y a pas mal de citations de mémoire. Si le sens est respecté, les mots ne le sont pas forcément.
Cette dame ou ce monsieur S.L. est typique des journalistes d’aujourd’hui. Ignorance totale mais, pour faire le buzz, le dĂ©mago cherche sur internet des Ăąneries qui peuvent s’inscrire dans l’actualitĂ©. Les anglais dĂ©boulonnent les statues des marchands d’esclaves; on va trouver le nĂŽtre. Je lui prĂ©dis un grand avenir. Il peut postuler Ă  LibĂ©ration, spĂ©cialistes du genre. S’il avait Ă©tĂ© un peu sĂ©rieux, tout d’abord, il se serait tout d’abord souvenu que Proudhon est un homme du XIXe siĂšcle et que le sens des mots a changĂ©.
Commençons par le mot juif.
Le mot juif, dans le langage populaireau XIXe siĂšcle est synonyme d’usurier, banquier, marchand d’argent :
Définition du dictionnaire Larousse de 1863 disponible sur google livres « Qui professe la religion judaïque; Fig. Usurier ».
Un exemple : Le pamphlet rĂ©ellement antisĂ©mite qui aura le plus de succĂšs Ă  l’Ă©poque est le livre d’Alphonse Toussenel (homme d’extrĂȘme-gauche) Les Juifs rois de l’Ă©poque, 1845. En note 1, page 4, il Ă©crit : « Je prĂ©viens le lecteur
que ce mot est gĂ©nĂ©ralement pris ici dans son acception populaire : juif, banquier, marchand d’espĂšces. Personne ne reconnaĂźt plus volontiers que moi le caractĂšre supĂ©rieur de la nation juive. Le peuple juif tient une place immense dans l’histoire de l’humanitĂ© ; c’est le peuple organisateur par excellence, le peuple de l’unitĂ© politique et religieuse. Aucune autre race n’a Ă©tĂ© plus fĂ©conde que celle-lĂ  en individualitĂ©s brillantes. Il semble qu’elle ait Ă©tĂ© douĂ©e par la nature de toutes les aptitudes. Politique, lĂ©gislation, beaux-arts, littĂ©rature, les juifs ont abordĂ© et cultivĂ© avec un Ă©gal succĂšs tous ces domaines de l’intelligence; et sur chacun de ces domaines la trace de leur passage est restĂ©e…»
Au XIXe siĂšcle, si tu vas chez ton banquier demander un prĂȘt, tu vas chez ton juif; peu importe qu’il soit chrĂ©tien, musulman ou athĂ©e.
Dans les annĂ©es 70, une des insultes les plus courantes Ă©tait : Va donc, hĂ© pĂ©dĂ©! Expression qui a Ă  peu prĂšs disparue et c’est tant mieux. Il ne faut pas penser que tous ceux qui l’employaient Ă©taient homophobes. Il m’arrive encore de m’exclamer oh putain ! et tu ne trouveras personne qui, plus que moi exige le respect des personnes qui se prostituent. On peut penser ce que l’on veut de leur mĂ©tier, mais les personnes, elles, doivent ĂȘtre respectĂ©es.
Et lĂ  se pose la vĂ©ritable question. Si dans ses carnets intimes, quelques lettres, quelques articles de journaux il emploie le mot juif, comme tout le monde, dans le sens populaire d’usurier, il ne le fait jamais dans ses Ɠuvres.
Pour ma part, je ne l’ai repĂ©rĂ© que dans le Manuel du spĂ©culateur Ă  la Bourse, dans des pages rĂ©digĂ©es par DuchĂȘnes et non par Proudhon.
Donc la vĂ©ritable question qu’il faudrait se poser si on Ă©tait un peu intelligent et cultivĂ© (cela ne concerne donc pas S.L.), c’est pourquoi Proudhon qui attaque dans tous ses ouvrages la finance et la spĂ©culation n’emploie-t-il pas le mot juif ? Avait-il senti le cĂŽtĂ© malsain et dangereux de cette expression populaire ? Je ne connais pas de texte dans lequel il s’en explique. Si l’on accepte, qu’au XIXe siĂšcle, le fait de parler de juif pour dĂ©signer des marchands d’argent n’est pas Ă  proprement parler de l’antisĂ©mitisme mĂȘme si l’expression est d’origine antisĂ©mite, je ne connais, pour ma part qu’une seule diatribe rĂ©ellement antisĂ©mite dans les carnets intimes de Proudhon au lendemain de la parution de MisĂšre de la philosophie et SURTOUT l’expulsion de son ami Karl GrĂŒn. (Pour ma part, je me suis toujours demandĂ© s’il n’Ă©tait pas bourrĂ© lorsqu’il a Ă©crit ces cinq lignes; le pĂšre Proudhon aimait bien boire un petit coup et, avant son mariage, cela ne m’Ă©tonnerait pas que par chagrin…). LĂ  il faudrait demander Ă  Edward Castleton si, dans les brouillons de Proudhon, il y en a d’autres. En revanche, les attaques contre les pouvoirs qui ont persĂ©cutĂ© les juifs (en particulier Isabelle la catholique) sont assez frĂ©quents dans son Ɠuvre.
Poursuivons avec le mot race : Toujours selon le Larousse : « LignĂ©e, tous ceux qui viennent d’une mĂȘme famille : la race d’Abraham ; variĂ©tĂ© constante qui se conserve par la gĂ©nĂ©ration ; race blanche, race jaune, etc.; multitude d’hommes ayant une profession, des inclinations communes : Les usuriers sont une mĂ©chante race. Race future, tous les hommes Ă  venir. » Ce n’est qu’aprĂšs la guerre de 70 que le mot sera quasi strictement liĂ© Ă  la couleur de peau. Donc, Proudhon emploie le mot race pour dĂ©signer les blancs, les noirs ; mais il l’emploie Ă©galement pour dĂ©signer les anglais, les français, les allemands ; les juifs ; les races de  paysans, les races d’ouvriers, les races royales… Dans De la Justice il  parle de la race humaine mais Ă©galement de la race des Proudhon.
Sur la question des femmes :
LĂ , je suis un peu embĂȘtĂ©. Je donne MON interprĂ©tation. Je ne suis pas fĂ©ministe et je n’ai jamais rencontrĂ© de fĂ©ministe qui a lu Proudhon pour comparer. Tout d’abord, il y a l’homme qui, Ă  mon sens, est clairement un macho (dans le sens rĂ©el du terme), c’est-Ă -dire qui se sent plus fort physiquement et intellectuellement que les femmes et qui donc se doit d’ĂȘtre leur protecteur.
D’autre part, il est un pudibond extrĂȘme et proche de la conception de l’Eglise : Les rapports sexuels doivent strictement se faire au sein de la famille Ă  la seule fin de procrĂ©er. Le rĂŽle de la femme mariĂ©e est de s’occuper de l’intĂ©rieur du foyer. C’est la domina romaine. On peut Ă©crire qu’elle appartient au mari ; mais, Ă  l’intĂ©rieur de la maison, c’est elle qui est la maitresse quasi absolue, d’oĂč la phrase toujours rĂ©pĂ©tĂ©e et toujours tronquĂ©e du systĂšme des contradictions Ă©conomiques (Philosophie de la misĂšre): Courtisane ou mĂ©nagĂšre et lĂ  Proudhon ajoute mĂ©nagĂšre, dis-je et non pas servante. La mĂ©nagĂšre, c’est-Ă -dire le chef du mĂ©nage (non pas dans le sens de faire la vaisselle mais dans le sens de famille, comme dans l’expression Je me mets en mĂ©nage).
Il est normal que la jeune fille travaille (il voulait que ses filles soient couturiĂšres) mais son destin est de se marier et lĂ , c’est au mari de travailler et de remettre Ă  sa femme suffisamment d’argent (dont elle dispose comme elle l’entend) pour organiser correctement le foyer. Une des toutes premiĂšres lettres de Proudhon Ă  sa femme Ă  qui il avait donnĂ© de l’argent pour qu’elle puisse s’installer en face de la prison se termine par «vous ferez de cet argent ce que bon vous semblera, je ne veux pas de comptes.» (C’est de mĂ©moire mais je possĂšde les Lettres Ă  sa femme).
Ensuite, en tant que philosophe, il faut distinguer deux pĂ©riodes (avant et aprĂšs 1856). Dans ses premiers Ă©crits on trouve quelques petites phrases dissĂ©minĂ©es par ci, par lĂ , et souvent avec le sens de la provocation qu’il adore (mais ça passe pour la propriĂ©tĂ©, l’Etat ou l’Eglise… pas pour les femmes), dans lesquelles il s’oppose au fĂ©minisme que l’on trouve chez certains saint-simoniens ou fouriĂ©ristes. Deux « Ă©coles fĂ©ministes » s’affrontent : L’une rousseauiste : A l’origine il n’y avait aucune diffĂ©rence entre les hommes et les femmes; c’est la sociĂ©tĂ© qui les a crĂ©Ă©es ; il faut revenir aux origines.
L’autre : il y a des diffĂ©rences naturelles entre les hommes et les femmes, c’est le rĂŽle de la sociĂ©tĂ© que de les annihiler. C’est cela et uniquement cela qui Ă©nerve Proudhon. Voir le paragraphe dans l’Avertissement aux propriĂ©taires oĂč il explique sa note du Qu’est-ce que la propriĂ©tĂ© ? dans le chapitre consacrĂ© Ă  l’Etat : « Bien loin d’applaudir Ă  ce qu’on appelle aujourd’hui Ă©mancipation de la femme, inclinerais-je bien plutĂŽt, s’il fallait en venir Ă  cette extrĂ©mitĂ©, Ă  mettre la femme en rĂ©clusion. »
Toute sa philosophie se fonde sur le principe du pluralisme. Quelle est la premiĂšre pluralitĂ© que l’on observe dans la sociĂ©tĂ© ? C’est qu’elle est composĂ©e de femmes et d’hommes. Il faut prĂ©server et mĂȘme cultiver leurs diffĂ©rences et non pas tenter de faire une synthĂšse : des hommes qui joueraient aux femmes (les femmelins) ou de femmes qui joueraient aux hommes (les viragos). On oublie souvent que si dans De La Justice Proudhon s’attaque Ă  Georges Sand en tant qu’Ă©crivain (il reconnait dans ses Carnets que c’est une femme intelligente), il s’attaque plus mĂ©chamment encore Ă  Lamartine.
En 1856, Proudhon reçoit une lettre signĂ©e d’une certaine Delphine Saint Aignan (peut-ĂȘtre s’agissait-il d’un chasseur d’autographes, Proudhon est alors une cĂ©lĂ©britĂ© Ă©norme) qui lui demande des conseils moraux. Proudhon lui rĂ©pond d’une façon fort courtoise. La rĂ©ponse paraĂźt dans la Gazette de Paris puis dans quasi tous les journaux de l’Ă©poque (le copyright n’existe pas). Elle est traduite en anglais, en allemand, en russe, on la trouve dans un journal de La Havanne…
Proudhon se fĂąche et Ă©crit aux journaux qu’il est indigne de reproduire une lettre personnelle sans accord de son auteur car une lettre est comme une conversation privĂ©e. Les journaux reproduiront en Une cette lettre de reproche.  Proudhon, ça fait vendre du papier.
A partir de ce moment-lĂ , on ne parle plus Ă  Proudhon QUE de la question des femmes, ce qui l’Ă©nerve intensĂ©ment. Jenny d’HĂ©ricourt qui essayait de se faire (sans rĂ©ussir) une petite place dans le monde du journalisme, titille (je suis gentil, elle a dĂ» ĂȘtre assez sĂšche) Proudhon sur la question, et Proudhon, sans mĂ©fiance, lui rĂ©pond… Et elle publie les rĂ©ponses de Proudhon dans la Revue philosophique et religieuse (sans publier ses lettres Ă  elle). C’est ce qui explique les deux chapitres Amour et Mariage dans De la Justice car on se demande ce qu’ils font lĂ . En fait Proudhon a hĂ©sitĂ© Ă  Ă©crire un livre et finalement, a ajoutĂ© ces chapitres. Le De la Justice est un rĂ©sumĂ© de ses travaux critiques antĂ©rieurs. Il compte passer Ă  une pĂ©riode constructive. Il Ă©crit donc une sĂ©rie de dix brochures sur l’Etat, les biens, les personnes etc. et pour lier le tout il dĂ©montre que, quel que soit le sujet, la Morale est  dans la RĂ©volution et non pas dans l’Eglise. Puis, donc, il ajoute les deux chapitres. Il Ă©crit texto qu’il ne connaĂźt sur le sujet que ce qui en est Ă©crit dans la Bible ; que, donc, sur ce point, il rejoindra l’Eglise.  Les rĂ©sumer est difficile. Il faut les lire. Pour aller vite, l’homme reprĂ©sente la force, le combat, la guerre (on va y revenir) ; la femme le beau, l’harmonie . Or, ces deux Ă©lĂ©ments sont indispensables Ă  la sociĂ©tĂ© et lĂ , d’une certaine façon, il rejoint Platon (qu’il dĂ©teste) et affirme que l’ĂȘtre humain est formĂ© du couple, qu’il est androgyne. L’homme sans la femme est une brute ; la femme sans l’homme est impuissante. Enfin (mais je pourrais remplir encore de pages), un des rĂŽles essentiels de la femme est l’Ă©ducation des enfants jusqu’Ă  leur adolescence. Proudhon se mĂ©fie de l’enseignement donnĂ© par l’Eglise et par l’Etat tant que le gros de la formation psychologique de l’enfant n’est pas en grande partie construite. Un tel enseignement aura toujours tendance Ă  faire des ĂȘtres uniformes… Et on revient au pluralisme. Donc la femme doit ĂȘtre la maĂźtresse d’Ă©cole des enfants ; ce qui signifie qu’elle doit ĂȘtre en capacitĂ© de l’ĂȘtre, d’oĂč l’affirmation plusieurs fois rĂ©pĂ©tĂ©e, qu’Ă  l’adolescence, les enfants des deux sexes doivent recevoir un enseignement polytechnique. LĂ , Proudhon tente, encore de se passer de l’Etat. Il n’est pas trĂšs convaincant.
Ces deux chapitres provoqueront la colĂšre de Jenny d’HĂ©ricourt et Juliette La Messine qui rĂ©pondront chacune par un livre. Proudhon rĂ©digera les feuilles que l’on connaĂźt sous le titre la Pornocratie, se rendra compte que c’est mĂ©diocre 2  et refusera de donner le manuscrit Ă  ses Ă©diteurs qui le lui rĂ©clamaient 3.
Pourtant, cela lui aurait sans aucun doute rapportĂ© beaucoup d’argent (lui qui Ă©tait toujours endettĂ©). Avec l’affaire Delphine Saint Aignan, ils Ă©taient certains de tenir un best-seller et, sur la question des femmes, ils ne risquaient rien de NapolĂ©on III.
J’ai gardĂ© le meilleur pour la fin : L’esclavagisme.
Les petites phrases sont, de mĂ©moire, tirĂ©es du livre II de La Guerre et la Paix, sans doute l’ouvrage le mieux construit de toute sa carriĂšre. Dans les trois premiers livres, Proudhon dĂ©montre que ce qui a fait progresser les civilisations, c’est la guerre. La guerre est mĂȘme intimement liĂ©e Ă  la nature humaine : « L’homme est un animal guerrier». Il s’oppose Ă  la recherche d’un monde sans conflit (vision chrĂ©tienne et communiste) et, dans les trois premiers livres, son philosophe de rĂ©fĂ©rence, c’est Hobbes (c’est tout dire). Ensuite, dans les livres IV et V, il dĂ©montre que la guerre militaire, telle que nous la connaissons n’est qu’une forme du sacrifice humain et doit disparaĂźtre. Mais les conflits doivent ĂȘtre prĂ©servĂ©s. Dans Dialectique et Sociologie, Gurvitch Ă©crit un truc du style (la citation n’est pas exacte) Proudhon cherche l’harmonie universelle par le conflit universel.
La force a son droit. Dans les siĂšcles passĂ©s, elle s’est exprimĂ©e par la guerre militaire (« forme du cannibalisme humain »); il faut trouver une organisation des sociĂ©tĂ©s qui respecte et mĂȘme encourage les conflits (sinon c’est la mort de l’humanitĂ©) et qui empĂȘche un niveau quelconque d’avoir suffisamment de pouvoir pour transformer le conflit en guerre militaire, en massacre. Ce sera la premiĂšre vĂ©ritable Ă©bauche de son fĂ©dĂ©ralisme mĂȘme si on en trouve des traces dans les ouvrages prĂ©cĂ©dents. Donc, dans la logique de la guerre militaire, le viol des femmes, le pillage, l’esclavagisme, sont les tributs tout Ă  fait normaux que doivent les vaincus aux vainqueurs. L’enlĂšvement des Sabines leur a permis de devenir des domina romaines ; l’esclavagisme ou plus simplement la soumission des peuples vaincus leur permettra de se dĂ©velopper au niveau des vainqueurs. C’est au cours de  cette dĂ©monstration que, de mĂ©moire, une fois encore, Proudhon parle de l’esclavagisme aux Etats-Unis. Proudhon rĂ©affirme son aversion pour l’esclavagisme (« faire quelqu’un esclave, c’est l’assassiner » Qu’est-ce que la propriĂ©tĂ©). Mais, nous sommes dans un cas particulier ; nous sommes au dĂ©but de la guerre de sĂ©cession. Proudhon explique que les Etats du nord sont essentiellement industriels ; les Etats du sud agricoles. L’abolition de l’esclavage est le prĂ©texte moral dont a besoin tout gouvernement pour que les peuples acceptent de se massacrer. Mais en fait, les Etats du nord veulent rĂ©cupĂ©rer une main-d’Ɠuvre salariĂ©e Ă  bon marchĂ©.
Les maĂźtres agricoles disposent de terres, de troupeaux… Un esclave ne coĂ»te pas cher Ă  entretenir. Il fabrique lui-mĂȘme sa cabane avec les arbres de la propriĂ©tĂ©, il y a de la place ; on lui donne Ă  manger les restes (il n’y a pas de congĂ©lateur pour conserver les morceaux du cochon qu’on a tuĂ©) ; le mĂ©decin est payĂ© avec des poules ou des lapins… Il n’en va pas de mĂȘme en agglomĂ©ration. Les appartements, la nourriture, le mĂ©decin coĂ»tent de l’argent. Il vaut mieux avoir des salariĂ©s, d’autant que le travail Ă  la chaĂźne commence Ă  se dĂ©velopper; donc pas besoin de compĂ©tences particuliĂšres. L’arrivĂ©e massive des anciens esclaves (qui seront rejetĂ©s par les habitants du sud) fournira un sous-prolĂ©tariat nombreux qui permettra de faire baisser les salaires. Si tu ne veux pas de la place, il y en a 50 qui attendent, et peu importe que le salaire ne te donne pas mĂȘme de quoi te nourrir.
C’est pour cela que Proudhon pense qu’il faudrait non pas abolir immĂ©diatement l’esclavage mais imposer par la loi que les maĂźtres envoient les enfants des esclaves Ă  l’Ă©cole (ou que le gouvernement prenne Ă  sa charge leur scolaritĂ©). Ensuite seulement, on pourra abolir l’esclavage. Il pressent ce qui va se passer  Les « nĂšgres»4  deviendront un sous prolĂ©tariat qui ne pourront pas payer d’Ă©tudes Ă  leurs enfants qui deviendront donc Ă  leur tour des sous prolĂ©taires de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration

1. On se rappelle que le Manuel Ă©tait une commande des Garnier, les Ă©diteurs et amis de Proudhon. Cela ne l’intĂ©ressait pas et il avait confiĂ© le travail Ă  DuchĂȘnes. Proudhon s’Ă©tait contentĂ© d’Ă©crire une petite introduction et une petite conclusion sans grand intĂ©rĂȘt. Mais DuchĂȘnes n’Ă©tait pas connu du grand public, malgrĂ© ses 12 condamnations Ă  29 ans et 3 mois de prison pour avoir Ă©tĂ© le gĂ©rant des divers journaux de Proudhon (Ă  cette Ă©poque il y avait rĂ©guliĂšrement des amnisties). Aussi, les Ă©diteurs publiĂšrent l’ouvrage sans nom d’auteur et laissĂšrent courir le bruit que Proudhon en Ă©tait le rĂ©dacteur. Autre explication, nous sommes en 1854, et la police impĂ©riale avait ordonnĂ© aux Garnier de retirer de leur catalogue tout ouvrage de Proudhon. Peut-ĂȘtre avaient-ils peur d’un procĂšs. L’ouvrage connut un trĂšs grand succĂšs et Proudhon ajoutera pour la 3e Ă©dition des passages au vitriol sur les spĂ©culateurs et alors le signera. Puisqu’il y avait eu 2 Ă©ditions sans poursuites, il Ă©tait difficile au parquet d’intervenir.
2  Une  chose  importante.  Lorsqu’on  lit  Proudhon,  en  tous  cas  les  premiers  temps,  on  a  tendance  Ă   le  prendre  pour  un  gĂ©nie  :  GĂ©nie  pour  les  idĂ©es  et  gĂ©nie  pour  son  style.  Rien  n’est  plus  faux.  Proudhon  est  un  besogneux.  Avant  de  s’attaquer  Ă   un  sujet,  il   tente  de  lire  Ă   peu  prĂšs  tout  ce  qui  a  Ă©tĂ©  publiĂ©  depuis  les  Grecs  et  le  Romains.  Ensuite  seulement,  il  se  sent  en  capacitĂ©  de  livrer  ses   rĂ©flexions  personnelles  mais  toujours 2 3  Je  raconte  tout  cela  dans  mon  Ă©dition  de  la  Pornocratie  ;  depuis  j’ai  trouvĂ©  d’autres  documents  qui  laissent  Ă   penser  que  Delphine  Saint  Aignan  n’a  jamais  existĂ©.  J’ai  joins  les  livres  de  Jenny  d’HĂ©ricourt  et  Juliette  La  Messine.
 en  s’appuyant  sur  un  nombre  important  de  citations.  Proudhon  n’est  pas  S.L
 LĂ   encore  nous  sommes  au  XIXe  siĂšcle.  Le  mot  nĂšgre  est  aujourd’hui  raciste.  Au  XIXe,  il  dĂ©signe  une  couleur  de  peau  marron   foncĂ©.  As-tu  dĂ©jĂ   vu  un  «  noir  »  ?  moi  jamais..


Article publié le 12 Juil 2020 sur Groupe.proudhon-fa.over-blog.com