Vous voilà prévenu.e.s.

Les détenteurs d’une action politique légitime et efficace, ci-après « vénères et anti-autoritaires », rappellent que quiconque souhaite apporter un soutien aux exilé.es présent.es sur la friche, sans autorisation dérogatoire de leur part, courent le risque d’être accusé.es par le tribunal de la morale radicale de citoyen.nes ou pire « d’activistes de gauche ». Mais c’est bon, ça y est, iels vous donnent le feu vert en expliquant ce qui avait déjà été expliqué : « il y a moyen de déposer de la nourriture(…) des vêtements(…), du matériel sanitaire ou d’hygiène de base, du matos de construction ou de consolidation ». Si le site de dépôt qui a été créé visait à prendre des précautions quant à la propagation du virus et d’éviter de mettre encore plus en danger les habitant.es du site ; en venant plus d’une fois, les « vénères et anti-autoritaires  » se seraient rendu.es compte que certain.es ne les ont pas attendu.es pour venir directement à l’intérieur du camp, tout en maintenant des précautions.

En bonus à la fin du communiqué, d’autres idées sont ajoutées : « distribution de boissons chaudes, de jeux et de livres ». Une question tout de même : en quoi « ces idées » auraient plus de « sens politiquement », et cette « solidarité » serait plus « effective », que celles proposées par d’autres avant eux ? Elle est où la différence entre X certifié.e « anti-autoritaire vénère » qui se ramène avec un thermos et X bénévole à Utopia qui se ramène avec un pack d’eau ? Le pack d’eau est-il ontologiquement citoyenniste et la boisson chaude substantiellement « vénère et anti-autoritaire » ? Hmmm…

En tout cas maintenant, vous voilà rassuré.es, vous pourrez être solidaires sur la friche avec l’aval des « anti-autoritaires ».

Cependant vous êtes encore prévenu.es (parce qu’on n’est jamais assez prévenant) : si vous venez sur place vous serez nécessairement amené.es à « être en contact » avec, pire que le COVID 19, des membres d’Utopia56, du collectif Fête la Friche, des altermondialistes ! Mais ne vous inquiétez pas, si vous y allez dans une « démarche solidaire et politique », ce que bien évidemment eux ne font pas, vous êtes immunisé.es. Ouf !

On pourrait s’arrêter là mais on a quand même envie de rectifier 2-3 observations, en s’adressant aux auteur.rices de ce communiqué salé (on se demande effectivement si leur vénéritude ne leur a pas fait manquer de discernement…) :

Que « zap rime aujourd’hui avec misère, errance, exil  » on ne va pas le contredire – merci d’être passé.es. Ces « certain.es individu.es » que vous décrivez et qui tentent d’améliorer les conditions de vie des habitant.es de la friche, peut-être pas en suivant vos méthodes et stratégies « effectives », en sont bien conscient.es. Que leur action rime avec invisibilité sociale, le procès est un peu fort. Vous savez pertinemment que cette invisibilité est entretenue par les divers services de l’État et qu’en période de confinement, elle est d’autant plus observable. Vous ne leur en ferez donc pas porter la responsabilité.

Plutôt que de perpétuer cette « invisibilité sociale », les actions engagées (dans l’urgence imposée par le confinement) par les assos et personnes sur place, ont participé à reloger (provisoirement) une partie des exilés et à faire émerger un embryon de solidarité de quartier.

Quant à l’alternative, l’expérimentation politique, écologiste et participative dont vous déplorez l’absence, c’est ignorer un peu vite ceux et celles qui depuis plusieurs années sont passé.e.s sur la friche, ont noué des liens, ont semé quelques graines de révolte et quelques autres à cultiver, fait vivre le lieu de manière festive avec certes plus ou moins de succès mais toujours avec la volonté de rappeler que ces hectares emmurés peuvent être le lieu d’initiatives collectives et individuelles.

Finalement, quand on lit ce communiqué, on n’arrive pas trop à discerner la critique de fond, si tant est qu’il y en ait une. Si la critique c’est que la carte présente sur le site ne reflète pas la situation réelle sur place et que le choix des termes est inapproprié, c’est pas forcément à celles et ceux que vous accusez de planer à dix mille qu’il faut s’adresser (à part si c’est les couleurs et le style qui vous écorchent vraiment). Allez dire aux gars du campement qui ont décidé du terme « village », qu’ « on n’est pas au club med wesh », comme vous l’avez gentiment griffonné sur la carte (on suppose que c’est vous, vous nous aviez prévenu…), que c’est « indécent » et qu’ils devraient bien reprendre un peu de « principe de réalité ». Autre option, lire la carte avec la même ironie que le nom donné au squat évacué en avril dernier, le « 5 étoiles ».

Autre pépite révélatrice de la bienveillance qui vous anime. L’inscription « grosse tête aussi grosse que ta merde » taguée à destination d’un type qui pourtant souhaitait proposer, avant que ne tombe l’annonce du confinement, des moyens d’expression aux habitants de la friche pour visibiliser leur situation dans une démarche tout sauf égotique.

Quant aux « partout chez nous » avec lequel vous avez recouvert la signalisation des cabanes sur la carte, on va pas vous contre-dire, si ce n’est qu’on ne discerne plus très bien si ici, « partout chez nous » n’exprime pas en réalité « partout chez vous ».

Enfin, si la critique vise une soi-disant « gestion autorisée  » et monopolisée par quelques un.es, beh non en fait. Il n’est écrit nulle part, ni sur les réseaux, ni sur la zone, que seuls Utopia56 et P.A.R.C sont «  légitimes à passer là-bas, à s’intéresser aux trajectoires de vies et à poser des questions. » (par ailleurs si des membres de l’asso P.A.R.C sont présent.es sur le site, leur engagement est individuel et non au nom de cette asso qui n’a pour objet que l’action juridique contre le projet d’aménagement).

Nous ne souhaitons pas nourrir des conflits inutiles, simplement ça devient fatigant de se voir servir des leçons de morale si ce n’est des insultes, comme ce fut le cas l’an dernier de la part de « soutiens vénères et anti-autoritaires » du 5 étoiles. Les personnes qui actuellement apportent du soutien sur la friche ne se sont pas décrétées « gestionnaires autorisés » de cette situation. Elles savent que la situation est compliquée, qu’iels n’ont pas toutes les réponses « clefs en main », qu’il y a des choses qu’elles peuvent faire et y consacrent du temps, que bien évidemment il y aurait d’autres choses à faire, que bien des stratégies et des modes d’actions peuvent se compléter, se concilier et se discuter. Mais peut-être autrement plus efficacement qu’à coups de communiqués vénères anonymes (et un peu mesquins) et de tags insultants et ignorants.

En bref, vous l’avez dit : « On peut trouver critiquable des présences, des manières de faire », on peut aussi « confronter des points de vues et des manières de faire.  ». Encore faut-il en avoir l’envie, si vous ça vous semble insurmontable, n’en dégoutez pas les autres.

Des citoyen.nes autoritaires.



Article publié le 09 Avr 2020 sur Lille.indymedia.org