L’industrialisation alimentaire, en quelques mots, c’est : l’ensemble des choix politiques et des Ă©volutions techniques qui n’ont cessĂ© depuis la rĂ©volution industrielle de transformer la production et la distribution des aliments que nous consommons. Ces transformations ont Ă©tĂ© orchestrĂ©es par l’industrie agro-alimentaire et les gouvernements successifs dans la logique capitaliste de recherche du profit, et conduisent Ă  l’anĂ©antissement des activitĂ©s locales Ă  taille humaine, Ă  l’asservissement, Ă  la maltraitance et Ă  l’assassinat des populations les plus pauvres, ainsi qu’à la destruction de la nature et des animaux.

Pourquoi boycotter les supermarchĂ©s ?

Parce que se nourrir est une activitĂ© centrale, indispensable et qui nous concerne tou.te.s, le domaine de l’alimentation est tombĂ© Ă  l’échelle mondiale sous l’emprise de la grande distribution et de l’agro‑industrie. Le supermarchĂ© est LE symbole du capitalisme par excellence. A titre d’exemple, le groupe Auchan, c’est 50.3 milliards d’euros de chiffre d’affaire en 2018. Le groupe Casino : 36.6 milliards d’euros. Leclerc : 37.75 milliards d’euros. Ces sommes monstrueuses, qui vont tout droit dans les poches des riches exploiteur.se.s, sont accumulĂ©es sur le dos de qui ? Des agriculteur.rice.s qui ne peuvent plus vendre leurs produits Ă  un prix leur permettant de vivre de leur activitĂ© car supĂ©rieur Ă  celui de la grande distribution, et qui sont donc contraint.e.s de brader leur production. Sur le dos des pauvres, dans les lieux oĂč fleurissent d’énormes exploitations agricoles industrielles destinĂ©es Ă  approvisionner les supermarchĂ©s, qui privent les populations locales de leur terre, de leur eau, et de leurs propres cultures vivriĂšres. Sur le dos des centaines de millions de personnes qui travaillent Ă  travers le monde dans des fermes et des usines agro-industrielles pour faire fonctionner la grande distribution, et qui sont rĂ©tribuĂ©es de maniĂšre misĂ©rable. Sur le dos des animaux qui sont maltraitĂ©s et massacrĂ©s dans la production industrielle, dont la viande est destinĂ©e Ă  ĂȘtre vendue dans les supermarchĂ©s. Sur le dos de la Terre, qu’iels Ă©puisent et salissent en produisant toujours plus, tandis que des milliards de tonnes de nourriture sont jetĂ©es chaque annĂ©e. Et enfin sur le dos des acheteur.se.s qui, au-delĂ  de corrompre leur santĂ© en se nourrissant avec des produits de mauvaise qualitĂ©, contribuent Ă  faire fonctionner le mĂȘme systĂšme capitaliste qui les Ă©crase et les tue Ă  petit feu.



Quelles sont les alternatives ?

Il existe des AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), bon moyen pour les citadin.e.s d’accĂ©der Ă  des produits locaux en vente directe. Le principe Ă©tant de s’engager pour une durĂ©e dĂ©terminĂ©e avec des producteur.rice.s locaux.les, qui fournissent de maniĂšre gĂ©nĂ©ralement hebdomadaire aux personnes inscrites des paniers composĂ©s des produits de leur rĂ©colte. Il en existe avec des fruits, des lĂ©gumes, du pain, des Ɠufs, de la viande, des cĂ©rĂ©ales, des lĂ©gumineuses
 Évidemment il n’y a que des produits locaux, de saison, et dĂ©pendants des conditions de culture (mĂ©tĂ©o, maladies).

Il y a Ă©galement les marchĂ©s, Ă  condition de se servir directement chez des producteur.rice.s. En plus d’offrir un accĂšs Ă  des produits locaux en vente directe, cette alternative permet Ă©galement de recrĂ©er du lien social : historiquement, le marchĂ© se tenait sur la place centrale du village et permettait aux habitant.e.s de se rencontrer et de se retrouver chaque semaine. De plus, elle permet de rencontrer directement la personne qui a produit ce qui va se retrouver dans ton assiette et de recrĂ©er ainsi un lien personnel Ă  la nourriture, qui a disparu dans la grande distribution (l’absence de ce lien permettant d’étouffer tout questionnement autour de l’alimentation).

Il existe aussi des magasins de producteurs, ainsi que des Ă©piceries indĂ©pendantes. Ici, les produits seront sans doute un peu plus chers Ă©tant donnĂ© qu’il y a un.e intermĂ©diaire, cependant cette alternative peut ĂȘtre utile en complĂ©ment des AMAP et des marchĂ©s (notamment pour des aliments non-produits localement comme le sel par exemple).

Enfin, aller Ă  la rencontre des paysan.ne.s dans leurs fermes et s’approvisionner directement chez elleux reste encore l’alternative la plus Ă©conomique.

N.B. : les supermarchĂ©s bios type Bio c’ Bon ou Biocoop sont une mauvaise alternative. Pour la simple et bonne raison qu’ils fonctionnent quasiment de la mĂȘme maniĂšre que les autres supermarchĂ©s, avec des produits majoritairement non-locaux, produits et exportĂ©s en masse, entraĂźnant toutes les consĂ©quences nĂ©fastes Ă©voquĂ©es dans la premiĂšre partie de cet article. A la diffĂ©rence que les exploiteur.se.s se cachent derriĂšre des labels qui te donnent l’impression de consommer « sain et responsable Â»â€Š

De mĂȘme, acheter par exemple uniquement des produits bios ou des produits locaux dans un supermarchĂ© ou dans une supĂ©rette de la grande distribution, ce n’est pas une alternative : en leur donnant ton argent, tu participes Ă  les enrichir quels que soient les produits que tu as achetĂ©s.

Des concessions Ă  faire

Il y a une concession essentielle Ă  faire, commune Ă  toutes les alternatives Ă  la grande distribution, dans la lutte contre l’industrialisation alimentaire : accepter de ne pas avoir tout Ă  disposition tout le temps, accepter de faire avec ce que la nature nous donne, et s’adapter Ă  celle-ci plutĂŽt que de chercher Ă  l’adapter Ă  nos dĂ©sirs. Il est Ă©galement nĂ©cessaire de remettre l’alimentation au centre de nos vies, Ă  commencer par lui accorder davantage de temps : ne plus faire ses courses au supermarchĂ©, c’est accepter d’acheter des produits non transformĂ©s et de cuisiner soi-mĂȘme. Loin de compliquer la tĂąche de l’alimentation, c’est revenir Ă  sa forme la plus simple. Rappelons que se nourrir est l’un de nos besoins primaires, il est donc normal d’y accorder du temps : or ce temps nous l’avons tout.e.s, lorsqu’il s’agit d’ĂȘtre devant nos Ă©crans de tĂ©lĂ©phone, d’ordinateur ou de tĂ©lé  C’est une question de prioritĂ©s.

De fait, en revenant Ă  une alimentation plus simple on se rend compte que faire ses courses hors de la grande distribution ne revient pas forcĂ©ment plus cher, contrairement aux arguments souvent entendus en faveur des supermarchĂ©s et de leurs prix dĂ©fiant toute concurrence. En effet, ce qui coĂ»te cher ce sont les produits transformĂ©s, les plats cuisinĂ©s, les gĂąteaux, etc. : acheter seulement les matiĂšres premiĂšres et les transformer soi-mĂȘme permet de rĂ©duire grandement le montant de ses courses. De plus, acheter ses produits en vente directe, c’est Ă©viter les coĂ»ts liĂ©s Ă  la marge prise par l’intermĂ©diaire qui revend. Enfin, il faut Ă©galement rappeler que pour les fruits et lĂ©gumes par exemple, ceux vendus en supermarchĂ© sont gorgĂ©s d’eau car arrosĂ©s Ă  outrance, eau qui s’évapore Ă  la cuisson ne laissant que trĂšs peu de matiĂšre, de goĂ»t et de nutriments
 Mieux vaut donc un prix un peu plus Ă©levĂ© mais moins d’eau dans les produits.

En bref, qu’a-t-on Ă  y gagner ?

Toutes les luttes, qu’elles soient anticapitalistes, fĂ©ministes, anti-racistes, contre la maltraitance animale, Ă©cologiques, en faveur de plus de justice sociale, et j’en passe, sont vaines si nous continuons Ă  donner de l’argent aux personnes contre lesquelles nous nous battons ou desquelles nous nous dĂ©fendons.

Repenser son alimentation et fuir les supermarchĂ©s, c’est donc un premier pas indirect mais indispensable dans chacune de ces luttes. C’est permettre de se reconnecter Ă  notre besoin primaire d’alimentation. C’est retourner Ă  une Ă©conomie locale et empĂȘcher l’économie mortifĂšre capitaliste de prospĂ©rer. C’est connaĂźtre les personnes qui produisent ce que l’on mange. C’est retrouver du contact social. C’est savoir comment les aliments ont Ă©tĂ© cultivĂ©s ou prĂ©parĂ©s, oĂč et par qui. C’est permettre aux agriculteur.rice.s de vivre dĂ©cemment de leur mĂ©tier. C’est couper les vivres aux industriel.le.s qui se gavent sur le dos des agriculteur.rice.s, des travailleur.se.s, des plus pauvres, des animaux, de la Terre. C’est lutter contre le gaspillage et la surproduction. Finalement, c’est un acte militant primordial qui permet de rester cohĂ©rent.e.s dans la lutte, en arrĂȘtant de financer nos oppresseur.se.s tout en prĂ©servant notre santĂ©.




Source: Iaata.info