FĂ©vrier 15, 2021
Par CQFD
397 visites



Illustration de Victor

Lorsqu’on laisse dans son dos la ville de Flagstaff (Arizona) et que l’on emprunte la route 89 qui mĂšne tout droit jusqu’à Tuba City, on remarque Ă  peine, au niveau de Gray Mountain, le panneau « Now entering Navajo Nation Â» signalant l’entrĂ©e de la plus grande rĂ©serve amĂ©rindienne des États-Unis. Il faudra attendre un peu, ĂȘtre attentif aux hogans (maisons traditionnelles) qui parsĂšment le paysage, apercevoir peut-ĂȘtre une bergĂšre avec ses moutons, des vendeurs de pains frits ou de ragoĂ»t de mouton sur le bord de la route pour se rendre compte qu’on est en terre navajo.

Au cƓur du Sud-Ouest Ă©tats-unien, les Navajos, ou DinĂ© (« le peuple Â») comme ils se nomment eux-mĂȘmes, occupent un territoire aussi grand que l’Irlande. Tuba City, la plus grande ville de la rĂ©serve, ne compte pourtant que quelques rues. Sur l’avenue principale se succĂšdent des fast-foods, des stations-service et les bĂątiments officiels (musĂ©e, bibliothĂšque, administrations). Parmi eux, le tout nouveau Justice Center, inaugurĂ© en 2013, avec son imposante prison qui surplombe la ville. CoincĂ© entre cette prison et le tribunal, un petit Ă©difice octogonal construit en rondins de bois : il s’agit du hogan dans lequel se dĂ©roule les cĂ©rĂ©monies de peacemaking, la justice traditionnelle navajo.

VĂ©ritable État dans l’État, avec son propre gouvernement depuis 1923 (et un prĂ©sident Ă©lu tous les quatre ans), la nation navajo (173 000 habitants) est dotĂ©e d’une Cour suprĂȘme et de tribunaux bien Ă  elle, mais aussi de la premiĂšre force de police indĂ©pendante chez les AmĂ©rindiens, popularisĂ©e par l’auteur de polars Tony Hillerman. Si les tribunaux implantĂ©s dans la rĂ©serve sont les fidĂšles rĂ©pliques de ceux des États fĂ©dĂ©rĂ©s (state courts), le systĂšme de justice navajo ne s’est toutefois pas bornĂ© Ă  reproduire les institutions Ă©tats-uniennes.

Un « espace non accusatoire Â» de rĂ©solution des conflits

C’est au dĂ©but des annĂ©es 1980 que les Navajos dĂ©cident de rĂ©former leur systĂšme de justice. Les addictions et les violences conjugales font rage dans la rĂ©serve et face au constat d’échec de la justice classique, Nelson J. McCabe, alors ministre de la Justice de la nation navajo, diligente une enquĂȘte afin de trouver comment incorporer au systĂšme en place des Ă©lĂ©ments considĂ©rĂ©s comme plus traditionnels et donc mieux adaptĂ©s. C’est ainsi qu’est instaurĂ© en 1982 le peacemaking navajo, sous le nom de DinĂ© traditional peacemaking (HĂłzhĂłji Naat’aah).

Les crimes les plus graves dĂ©pendent encore des tribunaux fĂ©dĂ©raux, mais pour le reste, les justiciables navajos ont dĂ©sormais le choix entre un jugement devant un tribunal tribal et le recours au peacemaking. Son but ? « Promouvoir un espace non accusatoire pour rĂ©soudre les conflits lorsque les deux parties impliquĂ©es sont volontaires Â» [1]. Il doit aboutir Ă  un consensus et une Ă©ventuelle rĂ©paration d’ordre financier ou symbolique. Le peacemaking navajo se dĂ©finit comme une justice communautaire dont la vocation n’est pas de punir mais de rĂ©parer.

Ici, pas de tribunal, pas de juges, ni de banc des accusĂ©s. Les sessions de peacemaking se tiennent dans le hogan dĂ©diĂ© et se dĂ©roulent, la plupart du temps, en langue navajo. AprĂšs la priĂšre qui ouvre la session, le peacemaker (naat’áani) chargĂ© de conduire la sĂ©ance s’assure que les deux parties ont compris le conflit qui les a amenĂ©es ici. Puis, il invite d’autres personnes (des proches, des connaisseurs de la problĂ©matique en question…) Ă  se joindre Ă  eux. Les participants sont assis en cercle et le peacemaker guide la discussion qui se lance et veille au respect entre les participants. Il contribue aussi au dialogue en relançant le propos ou en demandant des prĂ©cisions, et fournit des enseignements traditionnels en lien avec le problĂšme rencontrĂ©. On attend notamment de lui qu’il rapproche celui-ci d’un Ă©pisode du rĂ©cit mythique originel et il est frĂ©quent qu’il Ă©voque aussi sa propre expĂ©rience. Contrairement Ă  ce qui se passe dans une procĂ©dure contradictoire au tribunal, une place importante est ici laissĂ©e aux Ă©motions.

Restaurer l’harmonie dans la communautĂ©

Il faut comprendre le peacemaking comme mode de rĂšglement des conflits et de restauration de l’harmonie ou hĂłzhǫ́, concept-clĂ© de la pensĂ©e navajo. Si tous les dĂ©lits peuvent ĂȘtre traitĂ©s par le peacemaking, il est mobilisĂ©, le plus souvent, pour des infractions liĂ©es Ă  la consommation et la vente d’alcool [2] ou bien des conflits de voisinage ou intrafamiliaux (divorces, gardes d’enfants). Mais le peacemaking peut aussi ĂȘtre appelĂ© Ă  gĂ©rer des cas plus graves d’atteinte aux personnes et notamment de violences faites aux femmes [3]. Dans un contexte social difficile oĂč l’alcool et la mĂ©thamphĂ©tamine font de vĂ©ritables ravages dans la rĂ©serve [4], le peacemaking n’agit pas seul et est insĂ©rĂ© dans un rĂ©seau plus large d’aides sociales. Il permet bien souvent une prise de conscience du problĂšme (addiction, violence, etc.), agit comme un levier qui permet aux personnes d’accepter de demander de l’aide et les oriente ensuite vers les services concernĂ©s (Alcooliques anonymes, thĂ©rapie conjugale, aide Ă  la scolaritĂ©, travailleurs sociaux, etc.) qui continueront le travail. Ces organismes sont d’ailleurs souvent mobilisĂ©s dĂšs la session de peacemaking pour se prĂ©senter et Ă©tablir un lien direct avec les personnes.

Pour accĂ©der au processus de peacemaking, les deux parties, leurs familles et leurs proches, doivent se porter volontaires et assister ensemble Ă  la cĂ©rĂ©monie. L’importance du groupe est primordiale. Cette place laissĂ©e au collectif trouve son origine dans le concept navajo de K’é qui dĂ©signe les relations et la solidaritĂ© entre un individu, sa famille et son environnement au sens large. Quand une personne ne respecte pas K’é, les Navajos ont coutume de dire : « Il agit comme s’il n’avait pas de proches Â» – traduisant par lĂ  l’égoĂŻsme de celui qui ne se conforme pas aux usages et qui Ă©chappe au contrĂŽle social du groupe. L’importance de la communautĂ© se traduit aussi dans les termes employĂ©s : ici il n’y a ni « victime Â» ni « agresseur Â» ; le peacemaking se refuse Ă  ces catĂ©gorisations. « Toute personne peut commettre une infraction ou bien ĂȘtre une victime Â», rappelle d’ailleurs le guide officiel du peacemaking, Ă©ditĂ© par le gouvernement navajo.

Le but n’est pas de condamner, mais de restaurer des relations sociales mises Ă  mal et de faire retrouver aux individus des Ă©lĂ©ments identitaires navajos. Le peacemaking peut ĂȘtre ici envisagĂ© comme une extension du principe de responsabilitĂ© qui ne concerne plus l’individu isolĂ©, mais la communautĂ© dans son ensemble. Ainsi, par le processus du peacema king, la communautĂ© permet Ă  « l’accusĂ© Â» de (re)trouver sa place.

Plus qu’(uniquement) un systĂšme de justice, le peacemaking doit donc ĂȘtre apprĂ©hendĂ© comme un dispositif qui permet de maintenir ou de rĂ©parer les relations d’interconnaissance Ă  l’échelle de la communautĂ©. C’est une fois que la parole sera libĂ©rĂ©e dans le groupe qu’une entente pourra ĂȘtre trouvĂ©e.

Tout le contraire d’un juge

Pour arriver Ă  mener Ă  bien le travail de mĂ©diation, mais aussi de transmission du rĂ©cit mythique, il y a un outil essentiel dans le processus sans lequel rien ne serait possible : la parole. « Les mots sont sacrĂ©s Â», professe le guide officiel du peacemaking. La parole, telle qu’elle est envisagĂ©e, n’est pas distribuĂ©e comme dans un tribunal, elle est au contraire partagĂ©e. Le peacemaker parle, Ă©change, mais n’interroge pas. Tout le contraire d’un juge. Si du hogan on voit le tribunal, les pratiques y sont bien diffĂ©rentes, souligne la peacemaker Fannie Kinlicheenie : « Ce n’est pas Ă  un seul individu de dĂ©cider ce qu’il va advenir de la vie de quelqu’un, c’est une dĂ©cision qui appartient Ă  la communautĂ©. Ce sont les gens, les proches, la famille qui doivent avoir ce pouvoir. Â» Elle renchĂ©rit : « Je me suis toujours sentie mal Ă  l’aise avec le fait que ce soit une seule personne qui dĂ©cide et qui ait l’autoritĂ©, le pouvoir de faire ce qu’elle veut. Ça doit ĂȘtre quelque chose de familial, dans la communautĂ©, particuliĂšrement la famille proche. Â»

La fin d’une cĂ©rĂ©monie de peacemaking est marquĂ©e par nĂĄlyĂ©Ă©h, qui dĂ©signe la compensation dont la victime va bĂ©nĂ©ficier. Cette restitution est adressĂ©e Ă  la victime et ses proches considĂ©rĂ©s comme Ă©galement affectĂ©s. Elle peut prendre la forme de mots (des excuses, une demande de pardon, une promesse de s’engager dans une dĂ©marche de soin), un dĂ©dommagement matĂ©riel (une somme d’argent ou un mouton Ă  verser Ă  l’autre partie) ou d’autres actes concrets (aller aider rĂ©guliĂšrement Ă  couper du bois par exemple). NĂĄlyĂ©Ă©h permet de reconnaĂźtre le prĂ©judice et de prĂ©venir toute forme de ressentiment, agissant ainsi pour restaurer les relations. « Si vous faites du tort Ă  un individu, vous essayez de le rĂ©parer. Je suppose que, faute d’un meilleur terme, c’est comme la restitution Â», explique Alice, responsable des relations publiques Ă  la Cour suprĂȘme, guĂšre convaincue par cette traduction. En effet, nĂĄlyĂ©Ă©h dĂ©passe l’action de simplement rĂ©parer ou dĂ©dommager et contient l’idĂ©e de transformer du nĂ©gatif en positif, de sorte que les Navajos disent que c’est par nĂĄlyĂ©Ă©h que hĂłzhǫ́́  : l’harmonie est ainsi restaurĂ©e. Dans le peacemaking, la responsabilitĂ© est double : il y a Ă  la fois un devoir de rĂ©paration, mais Ă©galement un devoir moral et social de restaurer hĂłzhǫ́.

Affirmer l’identitĂ© navajo

Importance du groupe, de la parole, rĂ©paration : le peacemaking navajo est souvent prĂ©sentĂ© comme appartenant Ă  la famille des justices restauratrices [lire pp. VIII & IX] ; modĂšle qui met l’accent sur la rĂ©paration et non la punition et qui laisse une place importante Ă  la communautĂ© dans un processus participatif. Cette forme de justice, tout comme celle des ADR (Alternative Dispute Resolution), leur dĂ©clinaison au civil, se dĂ©veloppe de façon exponentielle ces derniĂšres dĂ©cennies et beaucoup d’observateurs assimilent le peacemaking Ă  ces mouvements. Le terme lui-mĂȘme renvoie d’ailleurs Ă  ce type de justice.

L’État navajo ne s’y trompe pas et fait la promotion de sa justice traditionnelle en ce sens : « La Nation navajo leader de la justice restauratrice Â» titrait en une le DinĂ© Justice, bulletin Ă©ditĂ© par le ministĂšre de la Justice navajo, en juillet 2012. Pourtant, parmi les praticiens et dĂ©fenseurs du peacemaking navajo, d’autres voix s’élĂšvent pour pointer les diffĂ©rences et affirmer l’identitĂ© navajo de cette justice, comme celle de Robert Yazzie, ancien prĂ©sident de la Cour suprĂȘme navajo et fervent dĂ©fenseur du peacemaking : « Ce renouveau [du peacemaking] assure que la justice navajo restera la justice navajo, et non un systĂšme importĂ© ou imposĂ©, Ă©crit-il [5]. Le peacemaking navajo n’est pas une mĂ©thode alternative de rĂ©solution des conflits ; c’est une mĂ©thode de justice traditionnelle que les Navajos utilisent depuis des temps immĂ©moriaux. Â» Robert Yazzie a d’ailleurs forgĂ© le terme de ODR (Original Dispute Resolution) afin de signifier la diffĂ©rence entre le peacemaking et un mode alternatif de rĂ©solution des conflits non navajo. Il s’agit ici d’une critique Ă  peine voilĂ©e de la mode des justices alternatives, dont la filiation avec la catĂ©gorie floue des justices autochtones est souvent affirmĂ©e.

En ce sens, la figure du peacemaker est sans doute la meilleure incarnation de cette diffĂ©rence entre le systĂšme navajo et d’autres modĂšles alternatifs. Ce sont bien souvent des aĂźnĂ©s navajos (des hommes autant que des femmes), toujours connus et reconnus dans leur communautĂ©. Ils sont Ă©lus par la population lors de rĂ©unions locales et choisis pour leur capacitĂ© d’écoute, de calme et leur probitĂ© ; ils ne sont, en aucun cas, mĂ©diateurs professionnels. Contrairement Ă  d’autres formes de mĂ©diations non navajos, le peacemaker n’est pas considĂ©rĂ© comme neutre. Il peut ĂȘtre reliĂ© aux parties impliquĂ©es par le rĂ©seau de parentĂ© ou l’affiliation clanique. Il n’est pas considĂ©rĂ© comme un arbitre, mais plus comme un guide respectĂ©.

Davantage qu’une nouvelle mĂ©thode de justice, le peacemaking est surtout un symbole de la spĂ©cificitĂ© cultu relle ou identitaire navajo, d’oĂč l’importance aux yeux de ses promoteurs qu’il ne soit pas assimilĂ© Ă  une forme gĂ©nĂ©rale de justice restauratrice, ce qui en rĂ©duirait la spĂ©cificitĂ©. Ainsi, de par ses particularitĂ©s et son caractĂšre traditionnel, revendiquĂ© par ses promoteurs et ses pratiquants, il est un moyen pour les Navajos de se rĂ©approprier un systĂšme juridique trop longtemps confisquĂ© et de tenter de dĂ©coloniser un systĂšme de justice qui leur a Ă©tĂ© imposĂ©.

Marine Bobin [6]

Le peacemaking récupéré

D’autres initiatives de peacemaking existent dans plusieurs nations amĂ©rindiennes aux États-Unis. À une tout autre Ă©chelle que les Navajos, citons par exemple les nations yurok et quechan en Californie (respectivement 5 000 et 2 400 membres), protagonistes du film Tribal Justice d’Anne Makepeace (2017). Dans ce touchant documentaire, on suit le quotidien de deux juges, la charismatique Abby Abinanti et la plus jeune Claudette White dans leur volontĂ© de dĂ©velopper des systĂšmes de peacemaking et de sauver leurs concitoyens d’une justice punitive.

Mais, si le peacemaking et les initiatives de justices traditionnelles proposent des rĂ©sultats intĂ©ressants quand ils sont un outil de rĂ©appropriation d’une justice confisquĂ©e, qu’en est-il quand ils deviennent les instruments de l’État ?

Au Canada, oĂč les populations autochtones sont fortement impactĂ©es par le systĂšme pĂ©nal, des dispositifs de justice restauratrice inspirĂ©s de justices traditionnelles ont Ă©tĂ© mis en place, comme les cercles de guĂ©rison et les cercles de sentence. PlutĂŽt que de s’attaquer aux racines des problĂšmes sociaux et au racisme structurel qui entraĂźnent massivement les populations autochtones derriĂšre les barreaux, ces politiques visent Ă  Ă©tablir une justice qui serait plus « culturellement Â» adaptĂ©e. Peu importe si ce « culturellement Â» pousse Ă  implanter des cercles de sentence, inspirĂ©s des traditions de certains peuples amĂ©rindiens, auprĂšs d’autres populations, inuits par exemple, qui ne s’identifient pas Ă  ce genre de pratiques. Ainsi, avec ces expĂ©rimentations l’État pourrait avoir trouvĂ© le moyen de lĂ©gitimer son intervention auprĂšs des populations autochtones.

Des critiques se font aujourd’hui entendre pour dĂ©noncer une justice rĂ©cupĂ©rĂ©e et imposĂ©e par le haut. Robert Yazzie, ancien prĂ©sident de la Cour suprĂȘme navajo, rĂ©sume cela, non sans ironie, en prenant un exemple de l’hĂ©misphĂšre Sud : « Le droit traditionnel maori a eu beaucoup d’influence sur les confĂ©rences familiales en Nouvelle-ZĂ©lande. Qu’a fait le gouvernement nĂ©o-zĂ©landais  ? PlutĂŽt que de dire aux Maoris : “Allez-y et utilisez vos mĂ©thodes traditionnelles de rĂ©solution des conflits, nous vous aiderons et reconnaĂźtrons votre dĂ©cision”, il a dit : “Nous allons prendre votre procĂ©dure, l’incorporer, mĂȘme si ce n’est pas notre justice, et l’utiliser sur vous.” Les confĂ©rences familiales ont ensuite Ă©tĂ© essayĂ©es en Australie oĂč la police a dit : “HĂ©, les AborigĂšnes, nous avons une chouette procĂ©dure maorie pour vous ! Amenez vos enfants Ă  la police.” [7] Â»



- Cet entretien est tirĂ© du dossier « La justice, peine perdue ? Â», publiĂ© dans le numĂ©ro 195 de CQFD, en kiosque du 5 fĂ©vrier au 4 mars.

  • Ce numĂ©ro est disponible chez prĂšs de 3 000 marchands de journaux partout en France. Pour retrouver les points de vente prĂšs de chez vous, cliquez ici.
  • Pour recevoir les prochains numĂ©ros dans votre boĂźte aux lettres, vous avez la possibilitĂ© de vous abonner.



Source: Cqfd-journal.org