Novembre 10, 2020
Par Paris Luttes
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Alors voilà ce que mes fils m’ont raconté de leur rentrée en ce lundi un peu doux, un peu frais : ils ont parlé de « tout ce que l’école a de bon pour les enfants ». Il fallait donner des arguments et des idées positives de l’école. Bien sûr ce qui n’était pas dit, c’est qu’il n’était pas possible de critiquer ! Ils n’ont rien dit car ils ont bien compris l’enjeu : trop parler peut coûter cher mais ils n’en pensent pas moins. Je suis fière qu’ils aient un esprit critique aiguisé et qu’ils le gardent. Ils sentent bien le pipeau qu’illes jouent tou.tes. Je n’ai pas noté les arguments que les élèves ont balancé, mais ils ont trouvé ça totalement ridicule. Ils disent eux-mêmes que dans leur vie ils ne se souviennent pas avoir vu autant de violence qu’au sein de leur établissement (qui pourtant n’est pas le pire). Il semblerait qu’en terme de violence, ça les ait vachement moins marqué d’avoir vécu avec des punks et des shlags.

Illes ont pas mal parlé des musulman-e-s, ce qui a parfois mis très mal à l’aise certaines personnes de leur classe, notamment les filles musulmanes, qui n’avaient pas d’autre choix que d’acquiescer aux arguments qui fusaient. Comment auraient-elles pu faire autrement puisque, on le sait, ces moments pouvaient aussi servir à détecter les éléments suspects.

À ce que je sais, l’une des potes musulmanes de 11 ans enlève son voile pour aller en cours, puisque ça lui est interdit (on va pas débattre, je vous donne juste une idée de ce que ça peut coûter en terme de stigmatisation), et elle le remet dès qu’elle quitte l’école.

Et sinon, on a reçu un mot qui dit que pour éviter le brassage au self le midi, on nous demande de récupérer nos enfants pour le repas. Pas de problème (pour nous). Sauf que mes fils sont verts car c’est bien LE moment où enfin ils n’ont plus le masque, et peuvent avoir des moments de vie « normale » avec leurs potes. Et puis c’est le moment de la journée où c’est moins fliqué. Et puis à cette cantoche la bouffe est à 80% bio et visiblement c’est super bon.

’fin bref, sur le formulaire qu’on doit remplir on nous demande de justifier le pourquoi on ne peut pas récupérer nos enfants à la pause de midi. Moi j’vais pas mettre que j’aide des sans-pap entre midi et 2, ou que c’est l’heure où j’fais ma sieste, ou que j’vais tirer un coup, MERDE à la fin, ma vie et mon cul me regardent (coucou) et de toute façon, c’est verrouillé, puisque la seule chose qu’on a le droit de faire c’est de travailler dans leur nouveau monde.

Aussi, ils doivent écrire un poème sur la liberté. C’est « expression libre » (waouw, ils auraient le droit de parler des squats ??). L’un des deux a commencé à énumérer et je notais, et puis il a réalisé que rien de ce qu’il citait n’était compatible avec l’image d’une scolarité heureuse, donc il s’est dit que ce n’était pas judicieux (genre je me sens libre quand je me lève à l’heure que je veux, je me sens libre quand on ne m’impose rien). Je précise que notre famille est vue comme une famille chelou, très clairement, et qu’on a décidé de pas rajouter de vagues à la houle qui s’installe.

La houle qui s’installe pouvant être lourde de conséquences, notre bateau familial étant ce qu’il est, j’écope souvent. Donc il a décidé de copier un poème qu’il a appris en CM2 et qui lui a beaucoup plu et lui plaît encore. On s’mouille pas donc (on écope beaucoup ici).

Et, dans le collège la semaine prochaine y’a ça :

« Présentation du centre de recrutement de l’armée CIRFA pour les élèves de 3e qui se sont portés volontaires »

Donc, l’armée vient au collège, sur 4h consécutives présenter un futur potentiel à des jeunes auxquels les rêves manquent tellement leur monde est pourri.

Ça rajoute un peu à l’ambiance. La houle qui s’installe, le bruit des bottes, tout ça. En effet ça va très vite.

Voilà.

Vivement… Autre chose, si possible, one day.




Source: Paris-luttes.info