Aux alentours de cinq heures du matin, grand fracas dans les immeubles de l’Avenir 5 et 7. Tout le monde est réveillé par les fenêtres brisées, les coups de bélier et les escouades du groupe spécial d’intervention de la gendarmerie (DARD), armé et muni de boucliers, qui montent les escaliers. Certain-e-s habitant-e-s parviennent à fermer leur porte mais seulement pour la voir massacrer à coup de pieds. Des pleurs retentissent au 7, les enfants sont sous le choc. En effet, comme nous l’avions encore une fois répété à la commune – propriétaire des lieux – par courrier la veille, mardi 29 mars, les familles habitaient toujours dans ces maisons, car elles n’avaient trouvé aucune autre solution de logement, et les services sociaux ne leur avaient fourni, comme unique réponse, que les tarifs des campings de Morges ainsi qu’une liste d’agences immobilières.

Une fois les bâtiments « sécurisés », la police pénètre, les prises d’identité et les fouilles commencent. Comme il fallait s’y attendre, les officier-ère-s ne sont pas – ou ne veulent pas être – conscient-e-s de la violence de la situation qu’ils/elles nous imposent. On en entend certain-e-s nous faire part du « cachet » qu’ont les maisons, un autre demander à son collègue pourquoi la petite, âgée de 2 ans, pleure à grands cris : « elle a faim ou quoi ? ». Nous rageons.

Et puis, vers 5h30, les premières personnes sont emmenées. Comme nous sommes séparé-e-s, nous ne savons pas bien où se trouvent les autres. On apprend au détour d’un couloir que l’une des mères est emmenée quelque part en ambulance, on saura plus tard qu’elle a fait une crise d’hypoglycémie, elle est diabétique, et on lui refuse l’accès à l’insuline. Une autre habitante fait une crise d’asthme mais elle n’a plus son Ventolin, la police ne s’en inquiète pas, c’est l’angoisse. Sitôt hors des immeubles, escorté-e-s par la maréchaussée, nous embarquons dans un fourgon où nous attendent de minuscules cages individuelles dans lesquelles il n’est pas possible de bouger. Une fois au poste, fouille approfondie, direction les cellules de garde à vue de PolOuest, où nous sommes resté-e-s trois heures sans information.

Nous avons perdu nos maisons, nous avons subi une violence incroyable, tant physique que symbolique, et tout ça pour quoi ? Pour un champ de fleurs. Car la Commune a expulsé-e-s les onze appartements de ces deux immeubles salubres (expertises à l’appui) afin de les détruire, et elle a déjà prévu de planter des tournesols pour cacher le terrain vague qui restera là jusqu’en 2019-2020, puisqu’aucun projet n’est prévu.

Nous recherchons désormais des lits pour nous reposer, afin de ne pas dormir sous un pont ce soir.