Bonjour,

Ce matin, à 6h30, l’ensemble des habitants de l’ancienne usine Heinken se sont réunis pour aller remettre la lettre ci-jointe aux conseiller.ère.s et au chancelier d’État, à l’occasion de leur réunion hebdomadaire qui s’est tenue, aujourd’hui, à l’Élysée, à Lausanne. Cette lettre vise à interpeler ces derniers quant au retour à la rue des habitants du 11 Chemin du Closel. Les porte-fort du bâtiment, les Transports publics lausannois nous ont annoncé le non-renouvellement de la convention signée avec eux, celle-ci se terminant le 31 mars 2016. Nous essayons de reprendre contact avec les représentant.e.s de l’État de Vaud, réels propriétaires du bâtiment et premiers concerné.e.s par la problématique de ses habitants.Les politicien.ne.s, représenté.es par le Chancelier Vincent Grandjean, se sont engagé.e.s auprès des habitants à aborder le sujet lors de leur assemblée et à leur répondre au plus vite. Nous espérons voir très prochainement s’esquisser une reprise du dialogue dans l’optique de trouver, ensemble, des solutions concrètes et pérennes à la situation des membres de notre collectif.

Bien à vous,

Le collectif Jean Dutoit

Lausanne, le 07 mars 2016

Mesdames, Messieurs,

Nous nous permettons de vous écrire car lors de l’entretien du 18 février 2016, les Transports publics lausannois nous ont fait part de leur décision de ne pas renouveler le contrat de confiance relatif à l’ancienne usine Heineken.

Lors de la conclusion du contrat, et durant tout le déroulement des négociations, nous avons toujours eu comme interlocuteurs/trices les Transports publics lausannois, mais également les représentant-e-s de l’État de Vaud dans la mesure où celui-ci reste le propriétaire de l’ancienne usine Heineken. Ainsi, nous nous étonnons de ne plus avoir de nouvelles de votre part, notamment lorsqu’une décision impliquant de lourdes conséquences est prise et nous est communiquée.

De ce fait, nous souhaitons réouvrir le dialogue au vue de la présente situation. Lorsque nous avons interpellé les Tls au sujet de l’action violente que consisterait le fait de mettre plus de cent personnes à la rue, ils nous ont répondu qu’ils ne faisaient pas de politique. Nous nous permettons alors de nous tourner vers vous, dans la mesure où il s’agit précisément de votre mandat.

Les raisons invoquées quant à la décision de ne pas reconduire le contrat de prêt à usage se basent principalement sur des affaires de gestion de la maison. Les TLs nous ont adressé une lettre nous informant du non renouvellement du contrat, lettre dans laquelle a été produite une liste exhaustive des problématiques qui justifiaient cette décision. Ne souhaitant plus être en communication avec une entreprise de transport, nous souhaitons revenir avec vous sur certains de ces éléments.

Nous sommes principalement accusé-e-s de ne pas respecter le nombre de personnes inscrit sur le contrat. Sur ce fait, nous nous étonnons que la réponse politique à l’augmentation de personnes vivant sans toit soit de les remettre à la rue lorsqu’elles en ont trouvé un. Comme vous devez probablement le savoir, entre le 29 février et le 15 avril deux structures d’accueil (Répit, Abris PC) ferment leurs portes. Bien que nous ne souhaitions pas être associé à ces structures – l’une des vues du collectif étant de sortir de l’assistanat et de la marginalisation due à la fréquentation de ces dernières – nous nous devons de vous rappeler que si l’on ajoute à leur fermeture la décision de mettre fin au contrat relatif au bâtiment Heineken, ce sont des centaines de personnes qui vont se retrouver à la rue en même temps.

Comme vous le savez, la maison soulage l’entier du réseau politique et social d’une réalité qu’il préfère déléguer et ignorer. Nous avons eu plusieurs témoignages de personnes travaillant pour des structures d’accueil bas seuil, tous s’accordent à dire qu’il n’y a pas assez de place dans celles-ci.

Le contrat conclu avec les occupants du Chemin du Closel, et présenté médiatiquement par les autorités comme étant un geste généreux de leur part, a placé les habitants de la maison devant la tâche monstrueuse consistant à devoir gérer le nombre de personnes autorisées à rester dans le bâtiment. Ce qui signifie plus concrètement, devoir garder nuit et jour l’entrée de celui-ci et en empêcher l’accès à des personnes endurant la même réalité que soi. Il s’agit donc de repousser ses frères à la rue en sachant mieux que personne pourquoi ceux-ci se retrouvent à cette porte, ainsi que tout ce qu’un tel refus implique puisqu’ayant vécu soi-même d’autres hivers dans les rues lausannoise.

Face à cette gestion, aux réalités individuelles rendues extrêmes par l’exil et les impasses administratives, aux différentes origines géographiques des habitants et au harcèlement policier dans la rue ainsi que dans les environs immédiats de la maison, l’organisation interne a consisté en un casse tête complexe et magnifique de recherche d’équilibre. Les habitants ont développé des mécanismes d’organisation efficaces et admirablement humains, puisque prenant en considération les différentes composantes de la maison afin de fixer et appliquer des règles équitables et décidées en assemblées.

C’est dans ce contexte que les TLs nous annoncent, le 18 février 2016, qu’ils ne souhaitent pas renouveler le contrat les liant à nous. Notre trop grand nombre nous est reproché. Pourtant, durant les occupations de l’ex-collège de Fourmi et de l’ex-usine Heineken, nous étions 116 et l’avions clairement annoncé lors de la signature du contrat de prêt à usage. Si les TLs ont commencé par vouloir limiter le nombre d’habitants à 40, ils ont finalement décidé d’inscrire contractuellement et pour leur propre sécurité le nombre de 70, qui représente également un maximum restant politiquement acceptable.

Bien qu’elles soient triviales et absolument aberrantes, nous souhaitons revenir sur les autres raisons invoquées pour justifier la fermeture de la maison.

Il nous a été reproché d’avoir fait un feu lors d’un anniversaire, le 16 novembre 2015. Ce dernier a été éteint à l’instant où la police l’a demandé, au moyen d’un verre d’eau. Cela ne s’est pas reproduit.

D’autre part, la police est intervenue dans les locaux. Nous tenons à signaler que lors de la seule fois en six mois où cette situation s’est produite, la police a été appelée par un homme n’habitant pas dans la maison, et qui avait personnellement déclenché la bagarre pour laquelle il demandait une intervention.

Pour finir, l’alarme incendie s’est déclenchée plusieurs fois sans raison et a été mise hors service une fois, lors d’une fausse manipulation. Cependant, quelques personnes ont ensuite reçu des instructions quand à son fonctionnement et un autre rendez-vous est en train d’être agendé avec des techniciens recommandés par les TLs, dans le but savoir l’éteindre en cas de fausse alerte. Notons au passage que ces fausses alertes nous seront toutes facturées à part la première, ce qui est regrettable au vu des très faibles moyens financiers des habitants.

Nous ne reviendrons pas sur les détails détestables tel que le linge séchant sur une barrière ou encore la mauvaise gestion des déchets, invoqués comme raisons du non renouvellement de ce contrat.

Si, lors du rendez-vous avec nos propriétaires, ceux-ci évoquaient le besoin de réquisition imminente du bâtiment du chemin Closel 11 en vue du projet de tram Lausanne-Renens, nous savons qu’il restera vide après le départ de ses actuels habitants et ceci pour des mois. Outre le fait que le précité projet est loin d’être efficient, nous avons appelé l’entreprise ArtShow qui dispose de la halle directement liée aux locaux habités pour y organiser des évènements sporadiques. Le fait que la halle leur était laissée à disposition au moins jusqu’à cet été nous a été confirmé.

La situation urgente et alarmante vécue par les membres du Collectif est sur le point de se renouveler sans que le Canton, les villes de Lausanne et Renens ou le SPOP n’aient communiqué une quelconque ébauche de plan visant à trouver une solution à cette problématique. Il est tout simplement insensé de mettre un terme à cette occupation, tout comme le mutisme général de toutes les instances concernées par cette problématique est insensé.

Nous ne souhaitons plus négocier avec des interlocuteurs bloqués dans leur réalité d’entreprise « apolitique » et désignés pour cela précisément. Comme depuis le début, nous souhaitons ouvrir un dialogue avec vous. Nous vous prions de bien vouloir répondre à notre requête et de ce fait considérer des hommes qui sont en lutte depuis des mois et dont la parole n’a toujours pas été entendue.

En vous remerciant d’avance de l’attention que vous avez portée à cette lettre, nous nous réjouissons de vous rencontrer et nous vous adressons nos meilleures salutations.

Le collectif Jean Dutoit