Aujourd’hui, 23 mars 2016, nous habitons encore les maisons de l’Avenir 5 et 7 à Renens. Cela fait maintenant bientôt deux mois que nous luttons pour notre présence, deux mois que nous résistons face à l’absurdité de la situation. L’expulsion approche pourtant à grands pas, et pourrait bien intervenir dans les prochains jours. Hier, mardi 22 mars, la Municipalité, après de multiples tentatives de notre part, a enfin accepté de nous rencontrer, sans, pour une fois, nous renvoyer à son avocat. Nous avions de notre côté demandé à un médiateur d’être présent. Mais c’était sans compter la présence d’un nouvel interlocuteur qui nous a été imposée, un représentant des services de police de Pôle-Ouest. Le message était clair dès le départ, désormais l’intervention de la police est imminente, et ils/elles souhaitent parler d’un délai.

Malgré tout, nous avons décidé d’y aller, dans le but clair et simple de nous adresser encore une fois aux autorités politiques et propriétaires des bâtiments, afin de conclure un contrat de confiance. Pas question de parler à la police, pas question de négocier un délai. Notre position est simple, et nous ne cessons pas de la répéter jour après jour. On ne démolit pas des maisons qui sont salubres. On ne démolit pas des maisons sans avoir aucun projet effectif pour la suite. On ne démolit pas des maisons pour les remplacer par un terrain vague caché par un champ de tournesols. Et surtout, on ne met pas des dizaines de personnes à la rue.

Encore une fois, nous nous sommes retrouvé-e-s devant des murs, devant l’absurdité, devant la représentation parfaite que le pouvoir politique se justifie lui-même et ses décisions. Il y a plus de trente ans, la Municipalité a acheté ces maisons dans le but unique de les démolir. Elle n’a plus effectué aucun travail d’entretien, tout en continuant à encaisser des loyers jusqu’au 31 janvier 2016, soit il y a deux mois. Ils/elles brandissent leur argument d’insalubrité, pourtant, ce n’est pas en deux mois que la situation a radicalement changé. Soit ils/elles acceptent donc d’avoir loué des bâtiments « insalubres » pendant des années, soit ils/elles acceptent que toute cette argumentation autour de l’état des maisons ne soit qu’une mascarade. Nous leur avons fourni tous les documents nécessaires pour se décharger de leur décision absurde, notamment des rapports d’expertise effectués par des architectes et ingénieurs EPFL qui certifient la salubrité des lieux. Rien à faire… Hier, ils/elles nous ont suggéré de mesurer les conséquences que nous aurions à assumer lors de l’évacuation. À notre tour de leur rappeler les conséquences de leurs actes, des dizaines de personnes à la rue et un terrain vague au coeur de Renens pendant au moins trois ans, une évacuation de onze appartements habités.

Nous avons refusé de négocier un délai, nous avons clôt cette rencontre, et nous attendons désormais la police pour les prochains jours. Quoiqu’il arrive, notre expulsion ne signifiera pas la fin de cette affaire. Notre colère monte, et la lutte continue.