Avril 27, 2016
Par Renversé (Suisse Romande)
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Jeudi 21 avril vers 18 heures, une cinquantaine de personnes se sont rassemblées sur la place du marché de Renens pour partager un repas collectif. De la bouffe et des tracts ont été distribués aux passant.es (voir le tract à la fin de cet article). Ce rassemblement faisait suite notamment à plusieurs expulsions d’habitations, parfois très violentes, décidées et autorisées par la municipalité de Renens. Pendant que la sono mobile jouait de la musique, le sol et les murs de la place du marché ont été recouverts de slogans et de dessins à la craie.

Un peu après 20 heures, le groupe s’est déplacé en musique vers la salle où se tenait la séance du conseil communal de la ville, et a commencé à faire du bruit. Pendant ce temps, un petit groupe de personnes masquées a pénétré à l’intérieur du conseil et a accroché deux banderoles où il était écrit : « Nous ne disparaîtrons pas » et « Nous ne nous tairons pas ». Des tracts ont été lancés, puis du compost a été balancé depuis le balcon sur les politicien.nes. La séance a été interrompue. La municipalité a porté plainte. À notre connaissance, il n’y a eu aucune arrestation jusqu’à aujourd’hui.

Voici le tract qui a été distribué sur la place du marché et lancé à la séance du conseil :

Le 30 mars, deux immeubles, onze appartements à la rue de l’Avenir ont été expulsés par la force sous ordre de la municipalité de Renens, par une unité spéciale d’intervention de la gendarmerie : le DARD. Armés, ils se sont introduits à cinq heure du matin dans les deux maisons en escaladant les façades jusqu’aux fenêtres, ont défoncés les portes à coup de bélier pour mettre à la rue des dizaines de personnes de tout âge (dont notamment des familles) dans une extrême violence.

Tout ça pour un terrain vague fleuri, qui le restera sûrement plus de trois ans.

NOUS NE DISPARAÎTRONS PAS.

Le 31 mars, plus d’une centaine de personnes se sont fait mettre dehors de l’ancienne hall Heineken, à Renens. Dans un silence assourdissant, les autorités politiques, sans possibilité de dialogue, les ont volontairement forcées à retourner dormir dans la rue, alors qu’ils avaient trouvé un toit.

Tout ça pour un bâtiment vide et muré encore à ce jour.

NOUS NE DISPARAÎTRONS PAS.

Le 30 août 2015, ces mêmes personnes qui vivaient à l’ancienne halle Heineken ont quitté sous menace d’expulsion le jardin de la structure d’accueil Le Sleep-In. Ayant trouvé une manière d’être un minimum en sécurité et à l’abri pendant la nuit, elles sont parties suite à une pression policière et politique journalière, et sans solution en retour de la part des autorités. Ces personnes ont été tolérées des mois voire des années jusqu’à ce que des revendications, découlant de la précarité de l’accueil d’urgence, soient entendues et dérangent.

Tour ça pour laisser un jardin tout propre et cacher ainsi ce que l’on ne veut pas voir.

NOUS NE DISPARAÎTRONS PAS.

Il y a environ deux ans, la ferme des Tilleuls, une maison habitée à la rue de Lausanne, a été vidée pour en faire un musée et qu’ainsi rayonne la réputation culturelle de Renens. Pas d’argent, pas de musée.

Tout ça pour une maison rénovée, morne et vide.

NOUS NE DISPARAÎTRONS PAS.

Ni les contrôles

Ni les barrières

Ni les intimidations

Ni les expulsions

Ni les assistants sociaux, messagers de votre répression

Ni les agents de sécurité

Ni la police

ne nous feront disparaître

Cette répression ne restera pas sans réponse. Nous refusons de nous taire.

Nous étions là, nous sommes là, et nous serons toujours là.

L’AVENIR

A Renens, à la rue de l’Avenir 5 et 7 (propriété de la commune), la commune est en train de raser deux immeubles sur cette parcelle. Elle y laissera un terrain vague durant trois ans minimum qu’elle va essayer de cacher avec un champ de fleurs.

Mais ce qu’elle ne pourra pas cacher longtemps c’est qu’elle a envoyé le DARD (unité spéciale de la gendarmerie) pour expulser par la force les personnes qui avaient trouvé un toit dans ces immeubles. A cinq heure du matin, des individus armés ont grimpé par les balcons, explosés les fenêtres, défoncé les portes à coup de bélier, mis au sol certain.e.s habitant.e.s et pointé un arme sur leur tête. Des jeunes, des enfants, des personnes plus âgées, des familles d’abord menacées par des assistants sociaux puis expulsées par la police. Le DARD et les policiers venus en renfort ont interdit à une femme diabétique de prendre son insuline, elle a dû être amenée d’urgence en ambulance pendant que ses enfants et d’autres personnes ont été séquestré.e.s dans une salle des pompiers à côté des maisons. D’autres habitant.e.s on été placé.e.s en cellule pendant la matinée. Pendant l’expulsion, un policier s’est exclamée devant une enfant de deux ans en pleurs « Mais pourquoi elle pleure, elle a faim ou quoi ? »

Tout ça pour un terrain vague qui restera vide plusieurs années…

Résultat : des dizaines de personnes entre 2 et 70 ans à la rue, traité.e.s comme des terroristes et traumatisé.e.s pour un bon moment.

Mais ce qu’ils ne comprennent pas c’est que le besoin de trouver un toit sera toujours plus for que tous les flics et politicien.e.s qui démoliront nos lieux de vie.

HEINEKEN

Nous souhaitons rappeler ceci. Nous avons commencé cette lutte dans le jardin du Sleep-In, et cela en réponse à une situation intenable. Des dizaines de personnes dormaient dehors, des personnes que la société ignore volontairement. Nous avons donc uni nos forces et avons décidé, après de longues discussions, d’occuper une maison vide.

L’idée était simple, il existe des lieux disponibles, laissés à l’abandon, il existe des personnes qui ont besoin d0un logement. Au bout de las seconde tentative, et après des efforts considérables afin qu’enfin on nous prenne en compte, nos voix ont enfin été entendues. Nous avons obtenu un contrat de confiance pour cinq mois, contrat qui était reconductible comme le stipulait la convention. Nous avons pourtant été à nouveau privé.e.s de parole, privé.e.s de la possibilité d’avoir une réelle discussion concernant la situation et nous avons été prié.e.s de libérer les lieux pour le 31 mars. Nous le répétons, la nécessité d’avoir un toit n’est pas une option. La halle Heineken est vide, et le restera encore pour plusieurs années.

Concernant le conseil aux habitants de se présenter à l’EVAM, nous renvoyons les représentant.e.s politiques à l’argumentaire écrit par nos soins, le 24 septembre 2015, la réalité n’ayant, hélas, elle non plus pas changé. Sinon, étant en relation avec certain.e.s travailleu.r.se.s au sein des établissements d’acceuil d’urgence, nous pouvons affirmer qu’outre le fait qu’ils refusent déjà chaque soir des dizaines de personnes, ceux-ci n’accueillent précisément plus les personnes se présentant en urgence à leur porte.

Que les politiques souhaitent continuer à ignorer qu’il existe un réel problème de logements, et spécifiquement à nier l’existence de certaines personnes qu’ils/elles n’ont pas envie de voir est une chose. Par contre, qu’ils sabotent volontairement les solutions trouvées en est une autre.

NOBODY SHOULD SLEEP OUTSIDE. ONE LOVE

LA FERME DES TILLEULS

En rénovation depuis plus de deux ans alors que sur le papier treize mois auraient suffi à « revaloriser » la bâtisse, selon les architectes et maîtres d’ouvrage du projet (exposition publique sur la place du marché de Renens en 2013). A ce jour, une affectation toujours autant vague. Un éventuel projet de lieu d’exposition dont le nom ne cesse de changer au fur et à mesure que le temps passe.

Il était prévu que le jardin et ses imposants tilleuls deviennent un parc public. Foutaise. Une chaîne sur le portail principal y bloque l’accès, un relique de pelouse jonchée d’amas de terre retourné et des restes de matériel de construction.

Une présence continue des patrouilles de sécurité, quelques lumières qui restent allumées toute la nuit afin de simuler une présence, une fière enseigne de chantier, des murs trop blancs et des tags qui disparaissent, car il ne faut surtout pas ternir l’image du projet.

Ainsi, deux ans ont passé et pas grand-chose à déplorer, si ce n’est le sentiment de s’être bien fait avoir et d’y avoir laissé un lieu de vie collectif et un lieu de vie ouvert au public. En 2012 déjà, la Municipalité avait bien réussi à se débarrasser du collectif qui occupait les lieux depuis plus de dix ans. En 2014, c’est à nouveau une quinzaine de personnes qui se retrouvent à la rue.




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