Un mois sans peine : un cycle, onze dates du 8 février au 8 mars à Ivry sur Seine !

« Sous un gouvernement qui emprisonne injustement, la place de l’homme juste est aussi en prison. »

Henry David Thoreau

« Une société se juge à l’état de ses prisons. »
Albert Camus

Record battu : le 1er décembre 2018, plus de 71.000 personnes étaient incarcérées en France pour « seulement » 60.000 places disponibles. Les conséquences de cette sur-incarcération sont nombreuses : les personnes incarcérées se suicident sept fois plus que dans le reste de la société, 49 fois plus au quartier disciplinaire ; plus de 1.500 détenus dorment par terre ; « 8 hommes détenus sur 10 présentent au moins un trouble psychiatrique » (Observatoire International des Prisons). Avec 17 condamnations par la Cour Européenne des Droits de l’Homme pour conditions de détention inhumaines, la France, pour ces pratiques carcérales, est un des pays les plus épinglés d’Europe.

Mais quelle est donc l’étrange mission sociale du placard ? Protéger la société des dangereux individus qui l’habite ou au contraire transformer les mauvais sujets en bons citoyens ? Pour Albert Jacquard dans Un monde sans prison, « il n’est sans doute guère de domaines où l’hypocrisie ait été, et reste, aussi profonde. Toutes les déclarations placent la réhabilitation avant la protection de la société, mais toutes les mesures, concrètes, privilégient la protection. »

Ainsi, loin de constituer l’espace d’amendement et de réinsertion future promis par l’idéologie carcérale, les effets pervers et négatifs de la prison sont multiples : « stigmatisation, interruption des stratégies scolaires, matrimoniales et professionnelles, déstabilisation des familles, amputation des réseaux sociaux, enracinement dans les quartiers déshérités [accompagnent] tout le cortège des pathologies, des souffrances et des violences associées au passage par l’institution carcérale » (Loïc WACQUANT, Les prisons de la misère).

L’enfermement des individus dans des caractérisations dites « délinquantes », la déshumanisation effective à l’œuvre dans les prisons françaises ainsi que l’isolement essentiel du monde carcéral alimentent des taux de récidive si importants qu’ils écartent de facto la pensée d’une prison comme espace de réinscription sociale future.

Dans un pays qui a abolit la peine de mort, l’enfermement constitue plus que jamais la forme de menace supérieure de l’État envers les pauvres, les personnes racisées, les marginaux, les militants politiques et tous ceux qui résistent au système politique -et donc pénal- d’une manière ou d’une autre. La taule, en tant qu’épée de Damoclès constamment suspendue au-dessus de chacun.e, et l’image de ses murs, de ses barreaux, de ses barbelés alimentent un imaginaire collectif d’effroi, une forme de repoussoir censé contenir les énergies populaires par la négative.

Partant de ces constats, nous avons pris la décision d’ouvrir un PARLOIR, libre et accueillant, loin de la taule et des matons, dans lequel s’exprimeront anciens et peut-être futurs détenus, en tout cas tous prisonniers d’un système politique fondé sur l’exclusion et la hiérarchisation sociale. Ateliers, discussions, projections, pièce de théâtre et concerts alimenteront une réflexion collective dirigée vers quelques questions plus que jamais d’actualité au vu du contexte social actuel.

Pourquoi la taule ? Comment la crever ? Comment penser un horizon collectif sans ces murs ?

Nous ouvrons donc ce mois sans peine, et vous donnons rendez-vous à Ivry-sur-Seine, à 5 minutes du métro mairie d’Ivry (ligne 7) ainsi que de la station du RER C, du 8 février au 8 mars.

Boissons et repas à prix libre. Les bénéfices réalisés au cours du mois seront reversés à des collectifs acteurs de l’anti-carcéralisme et de l’accompagnement des prisonni.ères.

8 février : Présentation du livre “Radicalisation express” par son auteur Nicolas Fensch

13 février : Projection du film “A la folie” de Wang Bing

15 février : Projection du film “Sur les toits” en présence du réalisateur Nicolas Drolc

16 février : Discussion avec les zadistes de Haeren contre le projet de construction de la Maxi Prison de Bruxelles

17 février : Ateliers sur l’anti-racisme et l’anti-carcéralisme par le GENEPI

20 février : Lecture de paroles de détenu.e.s suivie d’écritures de lettres

27 février : Projection d’un documentaire sur la prison pour femmes d’Amiens

1 mars : Discussion sur l’enfermement en Centre de Rétention Administrative

3 mars : Ateliers sur l’anti-sexisme et l’anti-carcéralisme par le GENEPI

4 mars : Lecture et discussion : “La parole aux prisonniers” par l’Observatoire International des Prisons

9 mars : Concert de clôture en soutien à 269 Libération Animale : JAW KRACK, DJAM HELL VICE, et RES TURNER

Plus d’infos, horaires et inscriptions aux différentes dates à l’adresse : rdvparloir@protonmail.com

L’adresse exacte à Ivry vous sera transmise par mail.

N’oubliez pas de confirmer votre présence par mail ( rdvparloir@protonmail.com ) ! Merci pour l’orga’ !