Mars 27, 2017
Par Zone À DĂ©fendre
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Depuis 3 ans, le collectif Ecran Total rassemble des personnes très différentes (chômeurs, enseignantes, paysans, plombières, infirmiers, bibliothécaires, etc.) autour de l’idée qu’il est désormais crucial de résister à la déferlante de dispositifs (notamment technologiques et informatiques) destinés à gérer nos vies, c’est-à-dire à rogner sur l’autonomie que nous avons encore dans nos activités, laborieuses mais pas que. Dans bien des professions comme dans tant d’autres activités se ressent aujourd’hui une absurdité croissante : le travail, même quand il plait à celui qui l’exerce et n’est pas directement nuisible (industries de l’armement, du nucléaire, etc.), se vide de son sens à force d’être normé, managé, contrôlé. Et face à cela, nous sommes de plus en plus nombreux à chercher des chemins de traverse et des moyens de reprendre nos vies en main. Ce sont généralement nos expériences au travail qui ont déclenché et nourri, chez nous, le refus du monde actuel, administré et numérisé. C’est en tout cas à partir de nos vécus de terrain que nous nous sommes regroupés et avons pris la parole. Parmi nous, certains ont décidé de se battre “de l’intérieur” et d’autres ont rejoint la “valse des démissions” (titre d’une brochure du collectif Faut pas pucer, proche de nous, qui lutte contre le puçage électronique des brebis).
Au-delà de nos réalités dissemblables, nous avons constaté une situation commune : la société capitaliste et industrielle, notamment par la technologie et l’informatique, tend à neutraliser notre volonté et nos possibilités, non seulement de changer le « cours des choses », mais aussi de prendre nos vies en main. A Ecran Total, on essaie de ne pas se résoudre à cet état de fait. On veut croire que ce qui a été fait peut être défait, que tout n’est pas “plié”. Mais comment faire ? A défaut d’avoir “la” réponse, nous cherchons à mieux identifier ce qui nous paralyse et nous mutile, ainsi que ce qui pourrait permettre de reprendre de l’autonomie, dans et/ou en dehors du salariat. Par exemple, nous aspirons à employer des moyens techniques à notre échelle et réversibles, qui n’induisent pas plus l’exploitation de nos semblables (ici ou dans les pays du Sud) que de notre milieu de vie. On veut conserver et recréer dans nos activités les conditions d’une vie humaine, sensible, aussi riche et libre que possible.
Évidemment, ce qui se construit et se vit depuis quelques années à Notre Dame des Landes entre en résonnance avec nos aspirations. Nous cherchons aussi à redéfinir nos conditions d’existence, afin qu’elles ne nous échappent pas ni ne nous emprisonnent. Mais au-delà de la zad, c’est également ce que la lutte contre l’aéroport engendre qui nous parait fécond : quand des syndicalistes de la CGT Vinci proclament qu’ils refusent d’agir en mercenaires et posent la question de l’utilité sociale de ce qu’ils font, ça nous semble important dans un contexte social où ces questions cruciales ne sont guère posées. Il nous parait intéressant de nous saisir de ces questions sur la zad, avec des habitant-e-s mais aussi avec des personnes qui n’y vivront sans doute jamais. Car elles dessinent un destin commun et permettent de tisser des passerelles entre des situations différentes. En tout cas, il semble important de déjouer les étiquettes dans lesquelles l’administration cherche à nous enfermer : que l’on soit rsaste ou salariée, fonctionnaire ou indépendante, ce sont les mêmes logiques de gestion qui nous sont imposées, en recourant aux mêmes outils, massivement électroniques. C’est pourquoi on a envie de venir échanger avec celles et ceux qui, sur la zad ou autour, se posent des questions similaires. On imagine le faire en deux temps : dans un premier temps, quelques membres du collectif se proposent de passer quelques jours au printemps pour une discussion générale afin de présenter Ecran Total et faire connaissance avec celles et ceux qui, dans le mouvement de lutte et d’occupation, le veulent bien. En fonction de la réussite de ce premier moment, c’est-à-dire de l’intérêt que ces questions soulèveront (ou non) sur place, on imagine dans un second temps organiser avec ces personnes des rencontres plus conséquentes (cet été ? cet automne ?) entre des personnes vivant sur la zad, des syndicalistes (dont ceux évoqués plus haut), des salariés et des chômeuses autour de thèmes à définir ensemble. Pour stimuler l’imagination, voilà en vrac quelques idées de discussions : questionner l’utilité et le sens de ce qu’on produit, le lien entre management du travail et aménagement du territoire, l’impact social et écologique de l’informatisation, la neutralité de la technologie, les liens entre la « révolution numérique » des années 1980 et la mondialisation, etc. Quelques idées de livres à présenter : La machine est ton seigneur et ton maitre, sur les conditions de vie et de travail dans les Smartphones city en Chine ; La liberté dans le coma, sur ce que nous font les dispositifs d’identification électronique comme la biométrie ; Le progrès sans le peuple, sur les résistances luddites à la mécanisation et à l’automatisation du travail, etc. Et quelques idées de films à projeter : Moutons 2.0, sur le puçage électronique des animaux ; Moi, Daniel Blake, sur la déshumanisation informatique du travail social, etc.

Avant d’en arriver là, il faut d’abord se rencontrer et nous vous proposons de le faire le 09 avril, à la Wardine, à partir de 16 heures, pour un moment de présentation générale. Il y aura un Repas partagé en soirée

En amont de ce premier passage, on fera parvenir régulièrement, des textes qui précisent notre démarche et proposent des éléments de réflexion. Ces 2 dernières semaines, nous avons proposé notre « plateforme » de présentation, écrite collectivement en 2016 et un texte paru dans cqfd en février dernier. En outre, nous mettrons à disposition une série de textes (courts et longs), de brochures (comme La valse des démissions, évoquée plus haut), de revues ou de journaux (comme le CQFD du mois de février 2017, où Ecran Total a réalisé le dossier « All computers are bastards »), et de livres (ceux précédemment cités) pour permettre à celles et ceux qui le voudraient d’en savoir plus sur nous et les questions qui nous intéressent. En espérant faire plein de bonnes rencontres et avoir plein de discussion passionnantes…




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