Juin 7, 2021
Par Manif Est
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Rubrique consacrée à l’actualité des conspis, des confus et d’autres cons… faisant, directement ou indirectement, le jeu de l’extrême droite.

Plusieurs tribunes, appels de personnalités ou d’organisations l’ont récemment souligné : l’écho des idées d’extrême droite n’a pas cessé de s’amplifier ces derniers mois, au point que le RN arrive en tête dans les sondages auprès des 25-34 ans. On va bientôt voir resurgir les appels au « front républicain » pour contrer l’extrême droite dans les urnes. Mais outre que la question de la lutte contre l’extrême droite se pose au quotidien, sur les lieux de vie, de travail et d’études, donc en dehors des bureaux de votes, par le développement de perspectives alternatives, les mêmes qui vont se poser en rempart contre le fascisme sont pour beaucoup les premiers responsables de son ascension.

Les politicien·nes aux affaires depuis 40 ans n’en sont pas seulement responsables par les effets calamiteux de leur loyauté au capitalisme et de la politique antisociale qui en découle, et par la trahison des idées de gauche pour celles et ceux qui s’en réclament. Régulièrement, ils viennent sur le terrain de l’extrême droite, font la promotion de ses valeurs et contribuent par-là très directement à son expansion.

Le phénomène s’est singulièrement aggravé suite aux attentats de 2015 où, alors sous Hollande et Valls, les gouvernants se sont mis au régime permanent de la lutte antiterroriste. Avec un Conseil de défense et de sécurité nationale amené au premier plan, on nous a progressivement fait basculer dans un état d’urgence presque continu avec renforcement des prérogatives des « forces de l’ordre », répression étendue des mouvements sociaux, restriction des libertés, lancement régulier de campagnes identitaires contre les personnes issues de l’immigration et musulman·es.

Sous le règne de Macron et Darmanin, un palier supplémentaire est franchi. Bien entendu le gouvernement expulse des migrant·es, mais hélas, ce n’est pas nouveau. En revanche la majorité a renforcé comme jamais le poids de la police, une police gangrenée par les idées d’extrême droite devant laquelle elle (et d’autres) sont allé·es s’incliner.

Le renforcement du poids de la police, c’est avant tout une réalité dans les faits. La répression des mouvements sociaux (Gilets jaunes, retraites, soutiens au migrant·es…) s’est abattue sans retenue, policiers et gendarmes étant quasi systématiquement couverts dans leur agissements par les préfets puis par les tribunaux. L’autoritarisme du président des riches et de son gouvernement s’accompagne ainsi d’un accroissement de la violence étatique contre celles et ceux, dans la population, qui s’obstinent à les contester. Il est complété par un nouvel arsenal législatif (loi sécurité globale, fichage de police, loi Renseignement) qui vise à élargir les moyens de répression. Par sa pratique, la majorité LREM banalise ainsi l’idée que la sécurité doit absolument prévaloir sur l’égalité et sur les libertés, et finalement l’idée qu’un régime fort, appuyé sur les « forces de l’ordre », est la solution pour faire face aux multiples crises auxquelles la société est confrontée. Comme si résoudre ces crises écologique, économique, sociale, sanitaire, n’exigeait pas un débat démocratique généralisé au sein des populations, comme si la politique se réduisait à la gestion des désordres.

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Cette expansion démesurée de la répression constitue de fait un appui considérable à l’extrême droite. Elle se fait aujourd’hui sous le haut patronage du sinistre Darmanin, qui n’a pas pour seul qualité de s’inscrire dans la lignée des plus détestables des ministres de l’Intérieur (Sarkozy, Hortefeux, Valls, Collomb, Castaner…), mais aussi celle d’être un ancien compagnon de route de l’Action française, et un supporter de la Manif pour tous pas totalement décrassé de son antisémitisme [1]. On peut donc dire que Darmanin est un authentique ministre d’extrême droite de la majorité « en marche ». Rien d’étonnant à ce qu’au cours d’un débat télévisuel avec Le Pen en février dernier, il l’ait finalement jugée « trop molle ».

Darmanin n’est pas le seul ministre LREM à marcher sur les plates-bandes du RN. En lançant la chasse aux « islamo-gauchistes » dans les universités, les ministres Blanquer et Vidal ont quant à eux repris à leur compte, contribuant à le légitimer, un fantasme entretenu par l’extrême droite et jusque-là relayé uniquement par des médias comme CNews ou Valeurs actuelles. Selon ce fantasme, il y aurait un camp informe constitué d’universitaires, d’étudiant·es et de militant·es d’extrême gauche, féministes, antiracistes, allié aux islamistes pour ébranler la République : voilà comment on fait ressurgir l’épouvantail de « l’anti-France » pour souder l’union nationale. Une loi contre le « séparatisme » là-dessus et la messe est dite.

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Le thème a logiquement été repris par deux tribunes de généraux et autres militaires plus ou moins en retraite, et une d’anciens policiers, dénonçant cette nouvelle chienlit responsable du délitement de notre société. Face à cette expression politique fascisante par des militaires et des policiers qui suggèrent qu’ils pourraient être conduits à reprendre directement les choses en main, il n’y a eu que très peu de réactions du côté du gouvernement. À l’inverse, quand des milliers de policiers sont allés manifester devant l’Assemblée nationale le 19mai, revendiquant d’avoir tous les droits face à la justice – comme si celle-ci ne les soutenait pas quasiment tout le temps – Darmanin s’est précipité pour leur exprimer son soutien, au même titre que Bardella et ses amis du RN, ou que d’autres pitres fascisants comme Eric Zemmour, Jean Lassalle ou Jean-Marie Bigard.

En plaçant la répression au centre de sa stratégie de gouvernement, LREM réalise une partie du programme de l’extrême droite et il lui prépare le terrain. Des digues ont sauté, les idées fascisantes sont devenues fréquentables pour bon nombre de notables, les dirigeants PS, EELV, et PCF allant ainsi tranquillement manifester aux côtés de l’extrême droite le 19 mai. Parallèlement, les groupuscules fascistes s’en donnent un cœur joie pour provoquer voire s’en prendre physiquement à des migrant·es, des féministes ou d’autres militant·es. Face à cette peste brune qui remonte, la stratégie délétère du « front républicain » avec les premier·es allié·es de l’extrême droite ne conduira à rien.

Raph




Source: Manif-est.info