DĂ©cembre 5, 2019
Par Indymedia Nantes
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publié
le jeudi 5 décembre 2019 à 18:09 |

Des passagers-clandestins-d’une-sociĂ©tĂ©-Ă -l’amĂ©lioration-et-Ă -la-gĂ©nĂ©rositĂ©-de-laquelle-ils-ont-renoncĂ©


Snu-medium

Le SNU, c’est ni du pain, ni des jeux.

Le SNU, c’est la guerre, le contrĂŽle, la gestion, l’Etat, la paix sociale patriote et capitaliste.

Le SNU, c’est l’encasernement. C’est la construction d’une unitĂ© nationale autour de la patrie et de l’armĂ©e. C’est le renforcement de l’obĂ©issance Ă  la normalitĂ© de ce monde et le formatage des adolescents pour qu’ils rentrent sans mot dire dans la case qu’on leur rĂ©serve.

Pourtant les toutes premiĂšres images du Service National Universel, Ă  la suite des rĂ©centes campagnes de pub de l’armĂ©e, mettent en scĂšne tout ce que le gouvernement imagine ĂȘtre un dĂ©sir d’adolescent : une semaine de colonie de vacances oĂč on rit et on danse entre un camouflage et une course d’orientation, avant de rejoindre au dortoir ses nouveaux amis si divers (inclusivitĂ© et mixitĂ© sociale oblige) et pourtant tellement tous Ă©gaux grĂące Ă  l’uniforme. On nous montre ainsi une caricature grossiĂšre des gestes de l’armĂ©e version fun et inclusive (filles et garçons « Ă  Ă©galitĂ© Â», en dortoirs non-mixtes ! et il n’y aura pas de rĂ©formĂ©s, tout le monde est apte !), oĂč l’on n’apprend rien, sauf Ă  ĂȘtre obĂ©issant, mobilisable, Ă  devenir con, et Ă  le rester. Quant aux parents, on leur dit que le SNU les aidera Ă  gĂ©rer leur ado Ă©ventuellement rĂ©fractaire (les instructeurs, c’est un peu des grands frĂšres…), en lui redonnant espoir et perspectives (une carriĂšre dans l’armĂ©e ou dans la police ?), en mĂȘme temps qu’il rĂ©soudra tous les conflits de la sociĂ©tĂ© dans un immense brassage oĂč le « lien social Â» s’en trouvera raffermi sous l’Ă©gide de la Nation. Et la Nation, ça rend heureux non ?

Alors, avec bonne humeur, le SNU s’installe comme la prochaine Ă©tape du devenir-con-citoyen pour les jeunes, d’abord dans sa phase actuelle de « volontariat Â» (30 000 Ă©tant censĂ©s s’y porter dĂšs janvier
 vu le chiffre espĂ©rĂ©, on se demande ce que dĂ©signe le terme « volontaire Â» puisque l’Ă©cole en est le relais) puis dans sa gĂ©nĂ©ralisation annoncĂ©e autour de 2024. Un mois obligatoire pour tous dĂ©coupĂ© en deux phases : d’abord l’encasernement loin de chez soi, ensuite les travaux d’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral Ă  proximitĂ© (renommĂ©s de façon plus sexy Ă©videmment, type « stage d’engagement civique Â» et autres conneries du mĂȘme genre). En caserne (qui pourra ĂȘtre n’importe quel bĂątiment public, un CROUS, un lycĂ©e, une pension, pourquoi pas une ancienne prison ?), on vivra un vrai condensĂ© d’autoritĂ© militaire et disciplinaire, avec rĂ©veil Ă  6h pour le lever de drapeau et la Marseillaise, formations de flic-super-secouriste et prĂ©tentions Ă  la dĂ©mocratie interne. Le design de l’uniforme est dĂ©jĂ  prĂȘt, avec mĂȘme une casquette et un patch bleu blanc rouge !

Si personne n’est dupe (on ne cherche pas Ă  apprendre grand chose de prĂ©cis Ă  ces jeunes, de toute façon, pas les moyens, budget serrĂ©, etc.) c’est que le rĂŽle du SNU n’est pas tant de former (la formation, de toute façon, Ă  ce qu’on dit, elle est continue) que de contrĂŽler pro-activement la population. En remplaçant la JournĂ©e d’Appel Ă  la DĂ©fense (JAPD), le SNU approfondit la collecte de donnĂ©es, de statistiques, d’observation, de surveillance et de gestion de la population, via une batterie de tests mĂ©dicaux et scolaires. Le SNU sert de loupe pour cerner tout « problĂšme Â» – c’est-Ă -dire toute personne qui ne rentrerait pas dans le cadre – et y apporter l’immĂ©diate rĂ©ponse de l’Etat (rĂ©orientation, transfert vers les institutions aptes Ă  la gestion dudit « problĂšme Â»…). Dans la continuitĂ© de la JournĂ©e d’Appel, c’est l’occasion de faire une propagande active pour l’engagement dans l’armĂ©e, mais aussi dĂ©sormais dans la police, les secours, les associations citoyennes, la « dĂ©fense intĂ©rieure Â» et la « Nation en danger Â». En effet, une fois les appelĂ©s de retour chez eux, une large partie de la jeunesse pourra gagner des galons citoyens en servant de main d’Ɠuvre gratuite pendant deux semaines, l’occasion pour une mairie de faire dĂ©sherber ses parterres, ou de ramasser ses poubelles… avant de s’engager dĂ©finitivement dans l’armĂ©e.

Car, malgrĂ© son aspect de colonie de vacances citoyennes, le SNU s’inscrit directement dans la continuitĂ© du Service Militaire. Le SNU, c’est avant tout la guerre, c’est la perspective martiale que maintient l’Etat Ă  l’intĂ©rieur comme Ă  l’extĂ©rieur de ses frontiĂšres. Une continuitĂ© qui ne se cache mĂȘme pas : c’est Ă  terme le statut constitutionnel de sujet, assujetti, jusqu’ici rĂ©servĂ© dans la constitution aux militaires, qui est censĂ© s’appliquer aux enrĂŽlĂ©s du SNU.

Mais pour l’instant frileux d’une opposition trop vive Ă  un Service Militaire 2.0, l’État veut faire passer l’enrĂŽlement au SNU comme une « obligation librement consentie Â». Le SNU ne sera dĂšs lors pas une obligation dont le refus sera pĂ©nalisĂ©, mais cherchera Ă  s’imposer comme pratiquement inĂ©vitable. En faisant miroiter des avantages Ă  l’intĂ©gration (prĂ©paration au code, facilitĂ©s pour s’inscrire au permis de conduire, Ă  la fac, dans des formations, crĂ©dits de point que l’on pourra ensuite utiliser pour valider des semestres de fac, promesse de faciliter l’obtention de la nationalitĂ© française pour ceux qui n’ont qu’un titre de sĂ©jour, et autres carottes) et en s’appuyant sur l’obligation scolaire (n’importe quel Ă©tablissement public pouvant inscrire le SNU dans ses Ă©tapes obligatoires pour valider des examens, par exemple) tout en espĂ©rant encore et toujours pouvoir compter sur la bonne vieille pression sociale (profs, famille, dĂ©lation, camarades zĂ©lĂ©s), le SNU est un dispositif qui ne veut surtout pas d’insoumis, mais seulement des cas d’Ă©chec isolĂ©s. DerriĂšre cette rhĂ©torique dernier cri de la contrainte apaisĂ©e et du consentement appliquĂ© Ă  l’armĂ©e, l’objectif est de normaliser d’office le SNU, de le faire passer immĂ©diatement pour Ă©vident ; c’est-Ă -dire de pouvoir d’avance condamner moralement et attirer l’anathĂšme de l’exclusion sociale sur la possibilitĂ© d’un refus d’accomplir la sacro-sainte communion avec la Nation.

C’est pour toutes ces raisons qu’il est essentiel d’opposer un refus ferme, massif et fondamentalement antimilitariste au SNU. Celles et ceux qui ne s’en iront pas Ă  la caserne doivent pouvoir ne pas se laisser considĂ©rer des « Ă©checs isolĂ©s Â», des « erreurs de parcours Â», mais des insoumis comme le furent ceux au service militaire jusqu’en 1996. Le refus du SNU peut se donner les moyens de devenir un geste offensif, un refus de tous les dispositifs d’intĂ©gration forcĂ©e qui avancent ensemble – l’Ă©cole et sa formation, le travail et l’Économie, l’État et son armĂ©e. A une institution qui se veut aussi centrale et inĂ©vitable que le SNU, rĂ©pondons par un refus gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© qui en a besoin.

Des passagers-clandestins-d’une-sociĂ©tĂ©-Ă -l’amĂ©lioration-et-Ă -la-gĂ©nĂ©rositĂ©-de-laquelle-ils-ont-renoncĂ©.

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[Tract distribué dans les manifs du 5 décembre 2019.]




Source: Nantes.indymedia.org