Plusieurs lycées de Tours ont démarré en ce début de semaine les « E3C ». Au programme : histoire-géographie et langues vivantes pour la filière générale, et mathématiques en prime pour la voie technologique. Ce nouveau système d’épreuves rentre dans le cadre de la réforme du bac, imposée par Blanquer l’année dernière. Les enseignant-es alertent depuis de nombreux mois sur la rupture d’égalité que représente ce nouveau système de prise en compte du contrôle continu. En ce début de semaine, de nombreuses actions ont eu lieu devant les lycées pour alerter l’opinion et demander le report de cette réforme bancale. La rupture d’égalité se fait sur plusieurs plans :

  • Des élèves connaissaient la teneur de leur sujet d’examen, l’information a été donnée par la direction de certains établissements, quelques jours avant la date de l’épreuve, afin de faciliter les révisions et d’assurer une réussite plus grande. Pour d’autres établissements, les sujets ont été découverts le jour même de l’épreuve par les élèves. À Tours, le lycée Vaucanson a ainsi été concerné par le dévoilement des sujets quelques jours avant la passation de l’examen.
  • Les sujets sont corrigés en interne par les enseignant-es des élèves. De fait, les lycées ne sont pas neutres dans la manière de noter et d’évaluer les compétences, d’autant qu’il n’existe pas de grille de correction nationale.

Comme dans de nombreuses villes de France, des professeurs grévistes ont refusé d’assurer les surveillances. Les établissements ont donc fait appel à des « bénévoles » non formés, non préparés, pour briser la grève. Ces personnes sont principalement des retraités ou des demandeurs d’emploi. Ces remplacements au pied levé afin de tenir coûte que coûte les objectifs du ministère ont mis à jour de nombreuses défaillances du système.

À Vaucanson, une élève de première témoigne du comportement d’une surveillante âgée, visiblement retraitée. Cette dernière s’est absentée quinze minutes de la salle, où il n’y avait alors plus personne pour surveiller. D’autres élèves de ce lycée ont fait remonter des remarques écrites aux professeurs ou à la direction : consignes contradictoires ou absences de consignes, problèmes d’anonymisation des copies des candidats, usage toléré (ou non) du correcteur, problème dans les listes d’émargement, etc.

Au lycée Jean Monnet, les policiers sont intervenus pour assurer l’entrée des élèves : une cinquantaine de professeurs grévistes bloquaient en effet les entrées. Un des surveillants appelé en remplacement dans l’urgence, âgé de 83 ans, s’est blessé en trébuchant contre un muret. Les syndicats FNEC-FP-FO, FSU, CGT Educ’action, et Sud éducation, ont publié un communiqué dénonçant les violences policières exercées à l’encontre de leurs collègues manifestant devant le lycée.

Des professeurs témoignent : ils ont été attrapés au bras, bousculés, intimidés alors qu’ils manifestaient pacifiquement contre les épreuves communes de contrôle continu instaurées par la réforme Blanquer et contre la réforme des retraites. Les élèves ont été choqués de voir leurs professeurs malmenés. Par ailleurs, l’Assemblée Générale dénonce les irrégularités dans la passation d’épreuves surveillées par des retraités ou des chômeurs en fin de droits, sans avoir reçu de formation. Cela a donné lieu a des difficultés pour remplir les entêtes des copies, des débuts d’épreuves retardés. Plus encore, des élèves ont rapporté à la sortie des cas de fraude, passés inaperçus. L’Assemblée Générale invite l’ensemble des collègues à consigner toutes ces irrégularités, afin d’en faire état auprès des instances hiérarchiques.


Article publié le 23 Jan 2020 sur Larotative.info