Dans le cadre de la présidence du G7, Emmanuel Macron a fait le choix d’organiser le sommet du G7 à Biarritz du 24 au 26 août. Une décision prise en catimini, sans aucune concertation préalable. Reflet de la verticalité du pouvoir. Une décision hors-sol pour un sommet hors-sol.

Dans un exercice d’hypocrisie assumée, les chefs d’États allemand, français, italien, japonais, canadien, anglais et américain vont s’entretenir sur des questions de sociétés en lien avec les crises majeures provoquées et aggravées par leurs agissements. Ils se présentent comme des pompiers alors qu’ils agissent en pyromanes.



Malgré les efforts de communication qui ont été déployés par les représentants du pouvoir pour vanter les retombées du G7 en termes de notoriété, au Pays basque personne n’est dupe. Les mesures sécuritaires qui sont annoncées au compte-goutte dessinent une situation ubuesque. En pleine saison estivale, l’espace public de la côte basque sera privatisé et bunkerisé pour que les pantins de l’oligarchie planétaire puissent manigancer à leur aise. Et surtout, sans être dérangé.

Le sommet du G7 aura lieu dans un contexte particulier. L’État français traverse une zone de turbulence majeure. Le mouvement des Gilets jaunes est le révélateur d’un ras-le-bol généralisé face à l’arrogance et au mépris d’un pouvoir qui s’apparente plus à une monarchie absolue au service de l’oligarchie qu’à une démocratie. Et la dérive autoritaire de l’État face à ce mouvement social inédit tant par l’ampleur que par la durée met en évidence l’impossibilité pour le pouvoir de descendre de sa tour d’ivoire et d’apporter des solutions structurelles à des aspirations légitimes. D’où la violence déployée contre le mouvement des Gilets jaunes, pour ainsi l’engluer dans une spirale répressive et noyer les revendications sociales dans une logique antirépressive.

Mais le sommet du G7 aura également lieu au Pays basque, alors qu’un processus est toujours en cours pour résoudre le dernier et le plus ancien conflit armé d’Europe occidentale. Un processus qui a fait basculer unilatéralement le conflit d’une scène politico-militaire à une logique strictement politique. Une situation inédite qui ouvre une nouvelle ère au Pays basque.

Tant les États espagnol et français que les médias n’ont eu de cesse de réduire ce virage stratégique majeur à une victoire de l’État de droit, ou au mieux à un retour à la « normalité ». Une manière sournoise de dissimuler les acquis d’une lutte de résistance et d’émancipation.

À la source de cette réorientation stratégique se trouve une réflexion profonde concernant les différentes formes de lutte déployées, et plus précisément celle de la violence politique. La stratégie qui pendant de nombreuses décennies avait permis de construire une contre-hégémonie culturelle au système capitaliste et d’ouvrir de nouveaux horizons émancipateurs était devenue contre-productive et obsolète.

L’autorité de l’État repose en grande partie sur le monopole de la violence. Utiliser la violence politique dans un rapport de force avec l’État revient à accepter les règles établies par ce dernier. À défaut d’arriver à mettre en place un rapport de force suffisamment important pour renverser l’État, on finit par le renforcer. C’est ce qui s’est passé au Pays basque. Les États avaient pris la mesure de la situation et se trouvaient en situation de renforcer leur propre position.

C’est dans ce contexte bien précis qu’aura lieu le sommet du G7 au Pays basque. Occasion rêvée pour certains, pouvant servir d’étincelle incendiaire. Il s’agit plutôt d’un cadeau empoisonné. Une sorte de tsunami pouvant tout emporter à son passage, et qui plus est, faisant totalement abstraction de la réalité sociohistorique du Pays basque. De ce fait, l’inquiétude est de mise quant aux risques de déstabilisation des dynamiques sociales et politiques à l’œuvre, et des rapports de force en cours.

Face à l’imposition manu militari du sommet du G7, cela fait plusieurs mois qu’une plateforme éclectique s’est constituée au Pays basque, non sans difficultés. La gestion a été périlleuse et l’équilibre reste fragile. Un cadre à minima a été accordé en ce qui concerne les modalités d’action dans la mobilisation contre le G7 : une intervention idéologique notamment via les journées qui auront lieu du 21 au 23 août à Hendaye et Irun ; une mobilisation de masse populaire le 24 août entre Hendaye et Irun ; et enfin des actions de désobéissance civile le dimanche 25 via des rassemblements arc-en-ciel afin de dénoncer la privatisation de l’espace public et la remise en question des libertés fondamentales pendant le G7.

Dans ce cadre, l’ensemble des signataires s’est mis d’accord pour qu’aucun des événements organisés par la plateforme ne soit utilisé pour développer une stratégie de confrontation avec les autorités.

Néanmoins, l’instrumentalisation de la peur tant par le pouvoir qui reste fébrile que par certains opposants au sommet du G7 n’est pas de bon augure. Les mesures sécuritaires qui viennent d’être annoncées font présager le pire. Il suffit de lire les déclarations du ministre de l’Intérieur qui dit vouloir utiliser les mêmes méthodes déployées pour endiguer le mouvement des Gilets jaunes dans le cadre du maintien de l’« ordre » pendant les mobilisations contre le G7.

Face à la dérive autoritaire de l’État français, la tentation est grande dans certains secteurs de reproduire pendant le sommet du G7 les affrontements que la France a connus ces derniers mois. L’arrogance et la violence de l’État alimentent le débat sur la réappropriation de la violence et participent à sa fétichisation. Une violence réparatrice, voire purificatrice, aux yeux de certains. Mais faisant également abstraction du territoire dans lequel ils souhaitent la déployer.

Que le sommet du G7 fasse totalement abstraction de la réalité sociohistorique du Pays basque ne nous étonne guère. Nous l’avons dit, il s’agit d’un sommet organisé hors-sol. Et nous ne pouvons rien attendre d’autre de la part des dirigeants de ce monde qui méprisent les peuples.

Il serait dommageable que la contestation contre le G7 repose sur cette même logique hors-sol. Et il serait également salutaire que les débats qui ont traversé le mouvement d’émancipation et la complexité du moment politique que traverse le Pays basque soient pris en considération. L’expérience récente au Pays basque devrait servir d’exemple quand aux dérives des logiques antirépressives, lesquelles à terme, peuvent enfermer dans une véritable impasse les mouvements de contestations.

Car, dans un processus d’émancipation, il ne suffit pas de s’attaquer aux appareils coercitifs de l’État. Il faut surtout déconstruire l’hégémonie culturelle du système qui fait que les subalternes consentent leur subordination et contribuent activement à la reproduction du système politique et social. Et bien évidemment, construire ainsi une nouvelle hégémonie culturelle qui soit émancipatrice. À défaut de vouloir imposer la logique des États, cette nouvelle hégémonie ne peut se construire dans un jeu de miroir avec le fonctionnement des États et leur nature coercitive.


Article publié le 09 Août 2019 sur Paris-luttes.info