Deux faits parmi d’autres me semblent importants d’annoncer dans ce qui s’est déroulé à Bruxelles pour pouvoir réfléchir à développer des stratégies face à ce qui est.

- La première c’est la méthode policière. Si les collisions entre fascistes et polices sont connues depuis longtemps, s’il n’est pas rare que les keufs arrêtent au faciès quiconque ressemblerait à leurs critères à des “manifestantEs” et/ou des “indigènes” alors pourquoi autant de gens s’en sont étonnés ? Ce qui nous semble important c’est davantage le fait que des personnes ont été clairement ciblées, cherchées (puisque les keufs sont entrés dans des établissements privés pour aller chercher leur “cible” même si celle-ci ne faisait rien de spécial) et arrêtées, si possible, loin du groupe, loin de la masse, loin de là où cela pourrait susciter des réactions.(D’ailleurs les “musiciens” à la Bourse n’ont pas arrêtés de jouer malgré les arrestations qui se faisaient de part et autres).

Si les arrestations préventives ne sont pas rares, si les arrestations pour appartenance présumée à une position politique ne le sont pas également, c’est une nouvelle technique, du moins pas souvent usitée, d’arrestation discrète qui est mise en avant. Avant il s’agissait de cibler un groupe particulier et de créer une figure d’altérité (casseurs VS bons manifestantEs) et de faire éclater les dynamiques (généralement soutenues directement par des citoyennistes et autres paciflics) or ici il s’agit d’individualiser les arrestations, de les mettre dans la bordure pour qu’il n’y ait pas de résistance, ni de soutien, ni de suivi. Heureusement que dans ce cas-ci, des camarades ont réagi – faisant le choix dès lors de se faire arrêter et de lancer la machine répressive – afin de rendre visible ces arrestations “fantômes”.

- La seconde c’est l’utilisation massive de tout un corpus de pacificateurs sociaux. S’il y a les agents de répression habituels comme les keufs en tout genre (hélico, cavalerie etc), on a pu voir (!) l’utilisation des militaires dans ce cadre. Mais il y a eu aussi les éducateurs/ices de rue, gardiens.nes de la paix et autres personnes des mosquées afin de calmer la colère des habitantEs de Molenbeek qui en ont marre d’être sous pression, économique, politique, policière-militaire et médiatique. La présence des militaires dans les rues montre bien que son utilisation sert bien davantage, comme le montre la photo, à régler des problèmes “communs” qu’à “lutter contre le terrorisme”. Le but non-avoué, comme le montre la permanence de leur présence malgré l’inefficacité démontrée de ces derniers, est bien de nous habituer à leur présence, à leur menace et à leur effet. Il s’agit d’intégrer au sein même de nos corps et de nos comportements un effacement, une certaine crainte. Et dans nos esprits une alerte, une impuissance, bref apprendre la normativité de la gouvernance, c’est à dire une neutralité, une tiédeur, ne pas sortir du cadre, bref se comporter de manière la plus consensuelle possible.

De ces deux groupes de pacificateurs, les uns montrent leurs effets de répression par leur organisation et leur stratégie offensive, les seconds montrent leurs effets par le fait qu’ils habitent (!) réellement le terrain, qu’ils connaissent les personnes et les côtoient. Ils partagent un certain degré de commun avec les habitantEs.

Face à cela, la question n’est pas de s’indigner, ni de mettre en avant la figure tutélaire d’un président d’une organisation quelconque, ni d’aller se lamenter sur les réseaux sociaux mais bien de penser que le scandale médiatique – c’est à dire une “brèche” (?) dans leur plan – mais aussi la facilité par laquelle ils ont pu contrôler la situation (même s’il y a le rapport asymétrique des forces en leur faveur) – c’est à dire la stratégie opérante qu’ils ont mis en place – se doit de nous enseigner.

Il n’y a pas des réponses dans ce texte mais des pistes et un appel. Cet appel est celui de se rencontrer, de discuter de ce qui se passe et ce qu’on subit, de sortir des sentiers battus tellement connus – et donc gérables -, de voir qu’une partie de nos défaillances tient de notre absence au monde et à ses liens. De vouloir parler de stratégies et de tactiques, de s’y essayer quitte à se planter, échanger nos expériences, bref se lier et d’augmenter nos puissances.