Novembre 25, 2019
Par Paris Luttes
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Depuis maintenant la rentrée, tout le monde attend (avec angoisse comme espoir ) LE jeudi 5 décembre 2019. On en parle avec ses collègues autour d’un café, ses proches, ses potes dans des bars. On réfléchit au meilleur moyen de chacun·e, avec ses envies de faire vivre ça, ou juste de vesqui le taff, si l’on n’arrive pas à se mettre en grève. On parle « caisse de grève », « transports ». On parle « assemblées générales », « réunion syndicale », « meeting », etc.



Avec prudence, on commence à en parler même comme potentiellement une nouvelle séquence politique, après celle intense de cette dernière année où la France s’est faite « gilet jauner ». Sans vouloir dresser un bilan politique exhaustif de ce mouvement social, on peut en tirer quelques aspects. Déjà leurs impacts sur la gauche qui n’a pas toujours vu d’unbon œilce mouvement débordant ses cadres syndicaux, partisans, voire même affinitaires.

Les expériences politiques comme les ronds-points ou les assemblées semblent nous ramener à une échelle politique locale. Construire et faire vivre la grève semble donc être une chose à discuter de façon locale. Déjà du fait des transports et des difficultés de déplacement (que l’on va essayer de nous vendre comme « un caprice de preneurs d’otage qui défend ses privilèges blablabla ouin ouin… » ) nous amène par contre vers le problème géographique. Par exemple, cela a-t-il du sens de vouloir polariser le conflit social à travers l’espace de la manifestation nationale dans les grandes villes, comme la gauche a l’habitude de le faire, si personne ne peut venir à Paris à ce moment-là ? Ne vaut-il mieux agir surtout la où l’on peut, donc on est ?

Même sortir du cadre de la manifestation devient une évidence vers laquelle on arrive le plus vite. Même si c’est un moment phare dans un mouvement social en terme stratégique et symbolique, il induit une logique et un rythme. On prépare et attend chaque manif, le jeudi/mardi et maintenant le samedi. Il offre cet espace intense qui casse notre routine, mais reste ponctuel et qui fixe un calendrier épisodique. C’est le problème d’arriver à se mettre en grève sur le long terme comme ce qui s’est passé en 2018 avec les schémas des grèves perlées et les galères pour se mettre en reconductible.

On finit donc par se demander si construire sur le long terme une grève passe donc par la multiplication de cadre locaux. Que ce soit dans nos quartiers, nos facs, notre lieu de travail ou même de notre asso du coin ou simplement notre café préféré ou des parcs (malgré le froid ), retrouvons-nous et discutons efficacement dans la joie et la bonne humeur.

Le but n’étant pas exclusivement de vouloir créer des espaces particuliers, comme une occupation de place ou de fac ou d’espace « au service de la lutte » (après si l’envie vous prend, ça peut être golri en vrai). Mais de se donner des moyens qui ne soient pas ceux plus traditionnels de parti et de syndicat, mais des bails efficaces pour la lutte.

Ainsi un outil qui n’est pas un enjeu de pouvoirs d’organisation politique plus ou moins formelle, mais un outil au service de la lutte et des luttes. Penser que tout le monde veut la même chose et a les mêmes intérêts est une fable a laquelle on ne croit plus trop. Par contre, on peut se trouver des intérêts communs et plus que jamais tisser des alliances tout en étant clair sur nos désaccords et les moyens de les régler. Il ne s’agit pas de se mettre autour d’une table avec nos ennemis politiques sous prétexte que nous avons un ennemi commun. Mais juste savoir ce que chacun·e a envie de faire, et avec ses moyens d’action et accorder nos violons. Créer des cadres qui ne soient pas des spectacles d’égo et de rapports de pouvoir comme les assemblées générales par exemple. Organiser la grève donc la solidarité, chacun·e à notre échelle avec nos moyens.

Il serait cependant absurde de s’enfermer dans ces échelles centrées sur le local. La séquence d’occupation des facs du printemps 2018 nous l’a plus que jamais montré. Il faut éviter que ces espaces focalisent toute notre énergie et attention, tout simplement parce qu’ils nous épuisent et pour certains nous détruisent. On s’enferme dans notre échelle locale et on se coupe des autres. Face à cela, il faut avoir des cadres divers qui puissent rassembler les différentes forces de ce mouvement social à différentes échelles.

L’échelle du comité d’action semble donc tout aussi intéressante.

Retrouvons-nous aussi dans des espaces qui ne soient pas coincés par une identité militante. Car il semble nécessaire que ces cadres vivent aussi par et pour des gens qui se sentent isolés, ou qui ne se retrouvent pas d’une façon ou d’une autre dans des catégories, mais qui ont envie de s’organiser et de concrétiser leurs moyens et envies. L’enjeu de faire vivre la grève à un niveau local par la propagande, les financements des caisses de grève, l’autodéfense tant face aux patrons qu’aux flics et la justice, plein d’autres choses en tout genre qu’il reste à penser et à créer. Développons des espaces qui puissent être appropriables par tous, mais offensifs pour réfléchir à des actions de blocages, et autres.

Développons et multiplions des espaces complémentaires des ceux qu’on utilise déjà en les diversifiant. Que la grève ne soit pas cantonnée à des journées d’actions perlées, mais qu’on laisse le moins de répit possible à nos patron·e·s et ceux·elles qui prétendent nous gouverner.




Source: Paris-luttes.info