Mai 6, 2022
Par CQFD
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Un quinquennat très bleu se finit. Un nouveau commence…

Illustration de Clément Buée

Pour les flics à la gâchette facile, les cinq dernières années ont clairement représenté une ère de bamboche : répression ultraviolente des manifestations des Gilets jaunes (mains arrachées, yeux crevés, affaire Zineb Redouane, etc.), répression ultraviolente des fêtes non autorisées (avec à la clé la noyade de Steve Maia Caniço dans la Loire en juin 2019 et une main arrachée à la rave party de Redon en juin 2021), contrôles routiers qui tournent mal (mort par asphyxie de Cédric Chouviat en janvier 2020, décès par balle de Souheil El Khalfaoui à Marseille en août 2021, etc.), agressions racistes (Michel Zecler roué de coups en novembre 2020)… Les drames se sont accumulés en toute impunité – ou presque. Les victimes ? Pour une bonne partie, des personnes racisées, issues des classes et des quartiers populaires.

On le sait : à la présidentielle, les pandores ont voté en masse pour Marine Le Pen, qui leur faisait miroiter une exorbitante « présomption de légitime défense », autrement dit un permis de tuer. Certes, elle n’a pas été élue mais, au vu des dernières heures du premier quinquennat Macron, les choses ne risquent pas de s’arranger au cours du second. Le 21 avril, un étudiant marocain est gravement blessé par des policiers à Blois – il meurt deux jours plus tard des suites de ses blessures. Le 22, deux flics, accusés du viol d’une touriste canadienne dans leurs bureaux du 36 quai des Orfèvres, sont acquittés en appel (ils avaient été condamnés à sept ans de taule en première instance) et quittent leur box sous les répugnants hourras de leurs collègues présents. Le 24, soit le soir même du deuxième tour, sur le Pont-Neuf à Paris, un jeune flic arrose au fusil d’assaut un véhicule dont le conducteur aurait refusé de s’arrêter : deux morts et un blessé.

Très vite après ce dernier drame, le syndicat Alliance dénonce la mise en examen du tireur pour « homicide volontaire » et appelle à des rassemblements devant les commissariats et les tribunaux. Une stratégie de surenchère permanente et de provocation, grâce à laquelle Alliance espère gratter quelques voix aux élections professionnelles du 8 décembre prochain. Le rédacteur en chef de StreetPress Mathieu Molard a ainsi révélé sur Twitter le 30 avril le contenu d’une note vocale émanant d’un cadre d’Alliance, qui tourne actuellement dans les milieux policiers : « On a l’air de nous dire qu’il ne faut pas jeter de l’huile sur le feu. Sauf qu’on l’a toujours fait. On l’a fait sur l’affaire Zecler […]. L’affaire Théo. L’affaire de la BAC Nord Marseille. »

De l’huile sur le feu… excellente idée, alors même que des ONG comme Amnesty International tirent avec insistance la sonnette d’alarme sur les violences policières et les menaces pesant sur le droit de manifester en France. Tout dernièrement, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe a elle aussi dressé un rapport incendiaire sur « l’usage excessif et injustifié de la force par les forces de l’ordre » en Europe, où la France se retrouve épinglée au côté de la Russie et de la Turquie, pour ne citer qu’elles1. Qu’importe : dans son programme électoral, le président-candidat annonçait vouloir « poursuivre le “réarmement, juridique et matériel”, entamé pendant le quinquennat2 », en augmentant de 15 milliards sur cinq ans le budget de l’Intérieur. Autres largesses évoquées : le doublement des forces de l’ordre sur la voie publique et la constitution d’une « “force d’action républicaine” pour rétablir en urgence l’ordre dans les quartiers en crise ».

La drague est lourde, mais le jeu en vaut la chandelle. Lors du mouvement des Gilets jaunes, le régime n’a en effet dû sa survie qu’à la violence débridée des condés. (Mal) réélu dans la grogne généralisée, il sait qu’il va devoir à nouveau compter sur eux, car la rue a les crocs. Ahou, ahou, ahou  !




Source: Cqfd-journal.org