Octobre 17, 2020
Par Archives Autonomie
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Nous avons fait connaître, la semaine dernière, nos craintes au sujet de la suppression du Comité Central des Milices antifascistes et des modifications radicales apportées au fonctionnement du Conseil Régional Économique.

Nous sommes persuadés que nombre de camarades, à la lecture de notre article, ont senti, eux aussi, le danger qui résultait de ces changements de front sur les secteurs essentiels de la lutte en Catalogne.

Certes, ces problèmes intéressent au premier chef les syndicats et les militants de la Régionale de Catalogne. C’est à eux qu’il appartient d’abord et avant tout, de se rendre compte des déviations qui viennent de se produire, et il leur appartient aussi d’y porter remède par un vigoureux redressement. Mais il est indéniable que ces questions sont trop graves pour ne pas intéresser le mouvement international tout entier et, en premier lieu, le mouvement français, pour qui la solution apportée à ces problèmes capitaux peut avoir une conséquence et une répercussion immédiates.

Nul ne peut donc s’étonner que nous attachions à ces questions une importance toute particulière. Nul encore ne peut trouver déplacé que nous demandions à nos camarades de la Régionale de Catalogne de se rendre compte de la gravité de la situation actuelle.

Il nous apparaît que ces syndicats doivent, plus que jamais, être vigilants, contrôler sévèrement l’action qui se déroule à une cadence très vive et ne prendre leurs décisions qu’après une étude très sérieuse des mesures qui leur sont proposées.

A aucun moment on n’aurait dû pouvoir leur imposer ou leur faire accepter deux choses aussi essentielles que la disparition du Comité Central des Milices et l’incorporation du Conseil Économique dans l’appareil gouvernemental ; ils auraient dû savoir ce que ces changements signifiaient et les conséquences immédiates qui allaient en résulter.

Or, il semble bien qu’ils ont été surpris et qu’ils n’ont compris qu’après les répercussions que leurs décisions ont eues immédiatement.

Il apparaît aussi qu’ils n’ont pas saisi toute l’importance de ces premières déviations. Peut-être, encore, ont-ils pensé pouvoir corriger rapidement ? Il ont manifestement oublié qu’en cette matière, il n’y a que le premier pas qui compte, et qu’il est toujours décisif : que loin de corriger les erreurs de la veille, on est toujours conduit à les amplifier et à les multiplier, par solidarité avec la ligne de conduite adoptée antérieurement et avec laquelle on ne peut plus briser.

On est donc prisonnier des décisions et des erreurs antérieures, et il est quasi impossible de rompre avec elles.

C’est, pourtant, ce que nous demandons très instamment à nos camarades de la C.N.T. et de la F.A.I. parce que nous considérons que plus ils attendront, plus la situation s’aggravera et plus il sera difficile de redresser les erreurs commises, même si on en mesure toutes les conséquences et le développement sur d’autres plans.

En ce moment, il est absolument nécessaire que les Syndicats, qui sont la force, surtout en Catalogne, reconquièrent promptement les positions qu’ils ont abandonnées.

Ce sont eux qui ont fait la Révolution : dès les premiers jours, ils ont pris en mains et la conduite de la guerre sociale, et la direction de l’Économie. Ils les ont conservées suffisamment longtemps pour être convaincus de leur valeur et de leurs capacités.

On ne peut donc comprendre qu’après avoir fait la preuve de ces capacités d’organisation et de gestion, ils aient soudainement abdiqué des pouvoirs que personne ne songeait et ne pouvait leur disputer, même par la force.

Si rien ne pouvait — et ne peut encore — justifier l’abandon qu’ils ont consenti ; si rien ne peut expliquer, non plus, cet abandon, il importe qu’ils prennent au plus tôt conscience de l’erreur commise et, au lieu de s’y enfoncer, qu’ils la rectifient en renversant la vapeur sans délai.

Les Syndicats de la C.N.T., surtout en Catalogne, sont suffisamment forts, pour ne pas avoir besoin de faire de compromis, ni de pactes avec personne.

Ces compromis, ces pactes, ne peuvent les conduire qu’à oublier leur mission historique, qu’à agir inconsciemment contre eux-mêmes.

Il convient donc qu’ils se débarrassent de suite de cette sorte de complexe permanent d’infériorité qui les pousse à accepter ces compromis ne pouvant conduire qu’aux pires déviations.

Au nom de notre idéal commun, dont ils sont en ce moment les éléments les plus représentatifs, nous leur demandons de redevenir eux-mêmes, d’être les véritables champions de ce communisme libertaire qu’ils ont toujours revendiqué avec conviction et fierté de ce Communisme libertaire qui est aussi le nôtre, et que nous voudrions tant voir triompher en Espagne, sa terre d’élection.

Nous voulons croire qu’il est temps encore de faire machine en arrière, de ne pas abandonner entre les mains du Communisme autoritaire les destinées du prolétariat espagnol.

Nous avons, d’ailleurs, la conviction que ce prolétariat, en raison des enseignements qu’il a reçus, n’accepterait pas cette situation, qu’il se rebellerait contre ceux qui voudraient lui imposer un tel régime.

Cette situation provoquerait infailliblement un divorce profond entre les masses prolétariennes et les responsables qu’elles ont chargé de la défense de leur idéal et de leurs intérêts.

Il est inutile d’insister sur la gravité d’une telle situation et sur les conséquences de tous ordres qu’elle entraînerait.

Nous insistons donc de la façon la plus formelle auprès de nos camarades de la Régionale de Catalogne pour qu’ils rectifient, sans attendre davantage, les erreurs que nous leur avons déjà signalées.

De même, nous attirons l’attention de la C.N.T. tout entière pour que ces erreurs ne soient pas généralisées et entraînent le mouvement qu’elle représente en dehors de la route qu’il doit suivre et que les Congrès de la C.N.T. ont si lumineusement tracée.

Nous sommes certains d’être entendus, parce que nous savons que nos camarades espagnols, si chatouilleux qu’ils soient lorsqu’il s’agit de problèmes qui ne regardent qu’eux, sont très compréhensifs et ouverts aux arguments du dehors, lorsqu’ils ont à résoudre des problèmes qui intéressent le mouvement international tout entier, mouvement auquel ils sont particulièrement fiers d’appartenir, à juste titre.

Nous attendons donc d’eux les actes nécessaires : ceux qui doivent redresser radicalement la situation en leur faveur et donner à l’expérience en cours toute sa signification révolutionnaire sur le plan qui nous est commun.




Source: Archivesautonomies.org