Nous avons fait connaĂźtre, la semaine derniĂšre, nos craintes au sujet de la suppression du ComitĂ© Central des Milices antifascistes et des modifications radicales apportĂ©es au fonctionnement du Conseil RĂ©gional Économique.

Nous sommes persuadés que nombre de camarades, à la lecture de notre article, ont senti, eux aussi, le danger qui résultait de ces changements de front sur les secteurs essentiels de la lutte en Catalogne.

Certes, ces problĂšmes intĂ©ressent au premier chef les syndicats et les militants de la RĂ©gionale de Catalogne. C’est Ă  eux qu’il appartient d’abord et avant tout, de se rendre compte des dĂ©viations qui viennent de se produire, et il leur appartient aussi d’y porter remĂšde par un vigoureux redressement. Mais il est indĂ©niable que ces questions sont trop graves pour ne pas intĂ©resser le mouvement international tout entier et, en premier lieu, le mouvement français, pour qui la solution apportĂ©e Ă  ces problĂšmes capitaux peut avoir une consĂ©quence et une rĂ©percussion immĂ©diates.

Nul ne peut donc s’étonner que nous attachions Ă  ces questions une importance toute particuliĂšre. Nul encore ne peut trouver dĂ©placĂ© que nous demandions Ă  nos camarades de la RĂ©gionale de Catalogne de se rendre compte de la gravitĂ© de la situation actuelle.

Il nous apparaĂźt que ces syndicats doivent, plus que jamais, ĂȘtre vigilants, contrĂŽler sĂ©vĂšrement l’action qui se dĂ©roule Ă  une cadence trĂšs vive et ne prendre leurs dĂ©cisions qu’aprĂšs une Ă©tude trĂšs sĂ©rieuse des mesures qui leur sont proposĂ©es.

A aucun moment on n’aurait dĂ» pouvoir leur imposer ou leur faire accepter deux choses aussi essentielles que la disparition du ComitĂ© Central des Milices et l’incorporation du Conseil Économique dans l’appareil gouvernemental ; ils auraient dĂ» savoir ce que ces changements signifiaient et les consĂ©quences immĂ©diates qui allaient en rĂ©sulter.

Or, il semble bien qu’ils ont Ă©tĂ© surpris et qu’ils n’ont compris qu’aprĂšs les rĂ©percussions que leurs dĂ©cisions ont eues immĂ©diatement.

Il apparaĂźt aussi qu’ils n’ont pas saisi toute l’importance de ces premiĂšres dĂ©viations. Peut-ĂȘtre, encore, ont-ils pensĂ© pouvoir corriger rapidement ? Il ont manifestement oubliĂ© qu’en cette matiĂšre, il n’y a que le premier pas qui compte, et qu’il est toujours dĂ©cisif : que loin de corriger les erreurs de la veille, on est toujours conduit Ă  les amplifier et Ă  les multiplier, par solidaritĂ© avec la ligne de conduite adoptĂ©e antĂ©rieurement et avec laquelle on ne peut plus briser.

On est donc prisonnier des décisions et des erreurs antérieures, et il est quasi impossible de rompre avec elles.

C’est, pourtant, ce que nous demandons trĂšs instamment Ă  nos camarades de la C.N.T. et de la F.A.I. parce que nous considĂ©rons que plus ils attendront, plus la situation s’aggravera et plus il sera difficile de redresser les erreurs commises, mĂȘme si on en mesure toutes les consĂ©quences et le dĂ©veloppement sur d’autres plans.

En ce moment, il est absolument nĂ©cessaire que les Syndicats, qui sont la force, surtout en Catalogne, reconquiĂšrent promptement les positions qu’ils ont abandonnĂ©es.

Ce sont eux qui ont fait la RĂ©volution : dĂšs les premiers jours, ils ont pris en mains et la conduite de la guerre sociale, et la direction de l’Économie. Ils les ont conservĂ©es suffisamment longtemps pour ĂȘtre convaincus de leur valeur et de leurs capacitĂ©s.

On ne peut donc comprendre qu’aprĂšs avoir fait la preuve de ces capacitĂ©s d’organisation et de gestion, ils aient soudainement abdiquĂ© des pouvoirs que personne ne songeait et ne pouvait leur disputer, mĂȘme par la force.

Si rien ne pouvait — et ne peut encore — justifier l’abandon qu’ils ont consenti ; si rien ne peut expliquer, non plus, cet abandon, il importe qu’ils prennent au plus tĂŽt conscience de l’erreur commise et, au lieu de s’y enfoncer, qu’ils la rectifient en renversant la vapeur sans dĂ©lai.

Les Syndicats de la C.N.T., surtout en Catalogne, sont suffisamment forts, pour ne pas avoir besoin de faire de compromis, ni de pactes avec personne.

Ces compromis, ces pactes, ne peuvent les conduire qu’à oublier leur mission historique, qu’à agir inconsciemment contre eux-mĂȘmes.

Il convient donc qu’ils se dĂ©barrassent de suite de cette sorte de complexe permanent d’infĂ©rioritĂ© qui les pousse Ă  accepter ces compromis ne pouvant conduire qu’aux pires dĂ©viations.

Au nom de notre idĂ©al commun, dont ils sont en ce moment les Ă©lĂ©ments les plus reprĂ©sentatifs, nous leur demandons de redevenir eux-mĂȘmes, d’ĂȘtre les vĂ©ritables champions de ce communisme libertaire qu’ils ont toujours revendiquĂ© avec conviction et fiertĂ© de ce Communisme libertaire qui est aussi le nĂŽtre, et que nous voudrions tant voir triompher en Espagne, sa terre d’élection.

Nous voulons croire qu’il est temps encore de faire machine en arriĂšre, de ne pas abandonner entre les mains du Communisme autoritaire les destinĂ©es du prolĂ©tariat espagnol.

Nous avons, d’ailleurs, la conviction que ce prolĂ©tariat, en raison des enseignements qu’il a reçus, n’accepterait pas cette situation, qu’il se rebellerait contre ceux qui voudraient lui imposer un tel rĂ©gime.

Cette situation provoquerait infailliblement un divorce profond entre les masses prolĂ©tariennes et les responsables qu’elles ont chargĂ© de la dĂ©fense de leur idĂ©al et de leurs intĂ©rĂȘts.

Il est inutile d’insister sur la gravitĂ© d’une telle situation et sur les consĂ©quences de tous ordres qu’elle entraĂźnerait.

Nous insistons donc de la façon la plus formelle auprĂšs de nos camarades de la RĂ©gionale de Catalogne pour qu’ils rectifient, sans attendre davantage, les erreurs que nous leur avons dĂ©jĂ  signalĂ©es.

De mĂȘme, nous attirons l’attention de la C.N.T. tout entiĂšre pour que ces erreurs ne soient pas gĂ©nĂ©ralisĂ©es et entraĂźnent le mouvement qu’elle reprĂ©sente en dehors de la route qu’il doit suivre et que les CongrĂšs de la C.N.T. ont si lumineusement tracĂ©e.

Nous sommes certains d’ĂȘtre entendus, parce que nous savons que nos camarades espagnols, si chatouilleux qu’ils soient lorsqu’il s’agit de problĂšmes qui ne regardent qu’eux, sont trĂšs comprĂ©hensifs et ouverts aux arguments du dehors, lorsqu’ils ont Ă  rĂ©soudre des problĂšmes qui intĂ©ressent le mouvement international tout entier, mouvement auquel ils sont particuliĂšrement fiers d’appartenir, Ă  juste titre.

Nous attendons donc d’eux les actes nĂ©cessaires : ceux qui doivent redresser radicalement la situation en leur faveur et donner Ă  l’expĂ©rience en cours toute sa signification rĂ©volutionnaire sur le plan qui nous est commun.


Article publié le 17 Oct 2020 sur Archivesautonomies.org