Mai 17, 2022
Par Nantes Révoltée
207 visites

La semaine dernière se terminait l’opération de rachat du Red Star FC par un fond de pension étasunien, 777 Partners, malgré l’opposition des groupes de supporters. La vente du club basé à Saint-Ouen (93) est perçue par ces derniers comme un «bras d’honneur au 125 ans d’histoire» du Red Star.

Au sein d’une ville historiquement ouvrière et marquée à gauche, le club s’est très tôt distingué par son fort ancrage populaire et de multiples engagements politiques et sociaux. La stade Bauer dans lequel il évolue est un hommage à un médecin résistant : le juif communiste Jean-Claude Bauer, qui sera fusillé par la police française en 1942. La tribune Rino Della Negra, elle aussi, doit son nom à la mémoire d’un résistant contre le fascisme durant la deuxième guerre mondiale. Della Negra était un ouvrier immigré italien qui évolua sous les couleurs du Red Star avant la guerre. Dès 1942, refusant le service du travail obligatoire qui consistait à aller participer à l’effort de guerre allemand, le jeune homme rentre alors en clandestinité et rejoint un détachement des Francs-tireurs et partisans – Main-d’œuvre immigrée. C’est pour ses actes héroïques avec ce groupe qu’il sera lui aussi fusillé en 1944.

Encore aujourd’hui les supporters du Red Star continuent d’honorer la mémoire de ces figures si inspirantes et sont toujours engagé-es dans l’aide aux plus démuni-es, faisant régulièrement des levées de fonds pour des associations caritatives ou s’impliquant dans la vie associative de leur ville. À travers le rachat par un groupe aux logiques purement financières, c’est le risque de voir le foot business l’emporter sur les valeurs historiques du club.

Attiré par l’implantation proche de la capitale et le vivier de jeunes joueurs dont recèle l’Île-de-France, 777 Partners joue pleinement la carte du foot au service du capital. Depuis plus de 25 ans, le football est devenu un enjeu financier extrêmement important : des investisseurs cherchent à “valoriser” un club, puis le revende afin d’engranger un profit, ou bien considèrent les joueurs comme des actifs financiers sur un marché des transferts devenu complètement déraisonnable, en-dehors de toute perspective sportive.

À ce sujet les stars telles que Christiano Ronaldo ou Messi sont peut-être les exemples les plus poussés de joueurs devenus des marques, et dont la valeur sur le marché ne correspond plus à la valeur de leur jeu footballistique mais aux perspectives de gains dont le club pourra bénéficier grâce à leur image. Le fond d’investissement 777 Partners, basé à Miami, s’est lancé depuis plusieurs années dans ce secteur et possède déjà tout ou partie de plusieurs clubs de foot un peu partout dans le monde.

Alors que les groupes de supporters ont toujours soutenu leur club et ce malgré les périodes plus difficiles, on peut douter d’un tel engagement de la part d’une société aux intérêts uniquement pécuniaires. Il paraît pourtant important de rappeler que le football est avant tout une pratique populaire, qu’au-delà des effectifs professionnels ce sont des centaines de milliers de jeunes qui foulent les terrains chaque semaine pour le plaisir du jeu et que des milliers de clubs amateurs constituent le cœur battant de ce sport à l’opposé des logiques du marché.

Enfin saluons les clubs rebelles qui s’engagent dans le milieu du ballon rond malgré les obstacles. En 2020 le Ménilmontant FC 1871, club qui place les luttes sociales au cœur de sa démarche, avait par exemple fait l’objet d’une lourde «sanction politique» pour une banderole qui taclait la police. À ce sujet, on peut lire “Une histoire populaire du football”, de Mickaël Correia, référence dans l’analyse du football populaire et véritable manuel pour dribbler l’ordre établi. Nous en avions fait la chronique dans notre revue Contre Attaque Hors-série !


Une tribune collective contre ce rachat : https://www.lemond
e.fr/idees/article/2022/05/13/sport-le-red-star-est-un-bien-commun-qui-ne-peut-etre-sacrifie-sur-l-autel-du-profit_6125915_3232.html

Un collectif de supporters mobilisés : Collectif Red-Star Bauer




Source: Nantes-revoltee.com