Octobre 17, 2021
Par Expansive
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A l’occasion de la commémoration des 40 ans de l’abolition de l’usage de la guillotine, nous avons partagé plusieurs moments voués à critiquer cette prétendue fin de la “peine de mort”. Ces évènements ont pris place dans le cycle de rencontres “Qui Terrorise Qui ? – 20 jours contre les violences d’Etat,” organisé par le Comité 8/12, le NPA, la CNT et le CRAC (Collectif Rennais AntiCarcéral).

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Le vendredi soir, une petite vingtaine de personnes sont venues voir le film-documentaire « Le Déménagement » de Catherine Rechard, traitant du transfert des prisonniers de Jacques Cartier à Vezin en 2010. Nous avons pu écouter de précieux témoignages de prisonniers, le film nous permettant de questionner la dimension “confortable’’ des nouvelles prisons avec les cellules nouvellement dotées de douches par exemple. Mais cette nouvelle ’’commodité’’ ne contrecarre pas le caractère déshumanisant des prisons en jouant sur leur image (“si je pouvais avoir cette cellule mais à Jacques Cartier” paroles d’un détenu à Vezin après le déménagement), les nouvelles infrastructures ne changent en rien le fait que la souffrance de l’enfermement y est quotidienne. Elles restent des lieux de privation sensorielle et de manière plus affirmée encore que les anciennes prisons.

La prison de Vezin, comme les nouvelles prisons, est dotée de caille-bottis aux fenêtres (pratique illégale, ce qui n’est pourtant pas dit dans le film). Les ailes de détention sont plus isolées empêchant le libre déplacement des prisonniers. En effet, des séries de portes, dont l’ouverture est commandée à distance par les maton.nes , les séparent les unes des autres.L’architecture est pensée pour réduire au maximum les contacts entre prisonniers. 

La projection du film a pu nous suggérer l’état de tension, d’angoisse et de stress permanent subi par les détenus : « Le confort c’est bien mais on peut s’en passer, pas le contact humain » raconte un homme. Le documentaire semble faire l’hypothèse que la prison de Jacques Cartier était plus humaine car moins “froide” : les contacts entre les détenus mais aussi entre les détenus et le personnel pénitencier étaient plus fréquents etc. Mais quelle humanité lorsque l’on est enfermé.e ? « La prison ça casse la tête » disait un détenu. En somme, ” Tant qu’on est enfermés on a des raisons de se plaindre”.

Nous gardons un sentiment partagé sur le film, pas tant dans ce qu’il montre que dans ce qu’il invisibilise, notamment la violence systémique de l’Administration Pénitentiaire (AP), la surpopulation carcérale, le racisme, la souffrance des proches, etc. Au contraire, on y voit une AP ’’pédagogue’’ et infantilisante (’’soyez sages” d’une surveillante aux détenus).

La projection a été suivie d’une discussion : on a échangé sur les différents lieux d’enfermement dans la Métropole Rennaise : Centre Pénitentiaire de Vezin, Centre Pénitentiaire pour Femmes de Rennes, Centre de Rétention Administrative, Centre Hospitalier Guillaume Régnier.

Tout ça en mangeant des super quiches, pizzas et en sirotant du bissap ! 🙂

Le samedi soir nous avons assisté à la projection par l’association Champs de Justice du même film, “Le déménagement”. Cette association entend faire de l’ancienne prison Jacques Cartier un musée de la justice (1). Voulant ’’faire vivre un patrimoine architectural et carcéral de grande qualité’’ -dans une architecture conçue pour le contrôle des corps, soit dit en passant- elle entend muséifier une actualité criante : la souffrance qu’engendre le système pénal. On souhaitait y apporter un discours critique, pour ne pas les laisser invisibiliser les centaines de morts par les institutions de l’Etat , mais il n’y a pas eu de temps pour poser des questions. De plus, la libre expression de Catherine Rechard, la réalisatrice, était souvent mise à mal par son producteur qui ne pouvait s’empêcher de lui couper la parole et de parler en son nom et à sa place…

Nous y apprenions tout de même que l’inauguration de l’exposition sur les murs de Jacques Cartier, prévue en présence de Nathalie Appéré, avait été annulée à cause de tags et de collages sur les panneaux. Il ne sera jamais fait mention dans la soirée du contenu de ces affichages. « C’est une colère qui s’exprime », esquisse fébrilement le co-président de l’association. On apprendra à la lecture des journaux que les messages disaient : “Les prisons en feu”, “la police tue”, “les CRA tuent”, “acab”, “à quand l’abolition ?” et “crèvent les CRA”. (2). Des affiches issues d’une campagne publique de l’Envolée, collectif contre toutes les prisons ont aussi été collées. On y lit les témoignages suivants : ’’L’administration pénitentiaire préfère un détenu mort à un détenu qui s’évade’’ ou ’’La guillotine a disparu mais la mort est toujours là’’. Malgré la timidité du co-président de l’association il semble bien que les grafs et les collages visaient à dénoncer une violence encore inhérente à nos institutions, en particulier les prisons, lieu choisi de l’exposition. Suite à cela, Rennes Métropole et l’association ont porté plainte. Cela en dit long sur leur aliénation pénale et leur dépendance à la police. Pourtant, c’est bien dans un ancien lieu de torture qu’ils veulent perpétuer leur adulation pour la “Justice”. 

Au lendemain de cette soirée, dimanche, nous nous sommes retrouvé.es sur la parvis sud de la gare pour une manifestation de soutien aux personnes enfermées : banderoles déployées sous le soleil, ballons qui flottaient au vent, nous nous sommes adressé.es aux femmes derrières les barreaux et avons échangé des cris de soutien, de joie et de bonheur entre quelques prises de paroles. Des insultes se font entendre des deux côtés des murs lorsqu’il est fait mention de la police qui tue, de maton·nes et équipes du mitard qui tuent, des fouilles au corps systématiques, etc sous le regard de nombreuxses passant.es et de matonnes qui nous guettaient aussi depuis l’intérieur… 

Une fois les prises de parole terminées, les prisonnières nous demandent de passer Diam’s sur l’enceinte, et c’est le poing levé et le déhanché déterminé que l’on partagea avec elles “Ma France à Moi”. et autres chansons. Les banderoles sont tournées vers l’intérieur d’où de nouveau se font entendre des cris. Lorsque l’on demande si elles ont des messages à faire passer, un cri s’élève “Libérez-nous !!!”. Un bus nous klaxonne en soutien. Pour finir, nous tournons autour de la prison, en envoyant nos ballons volants sur lesquels nous avions écrit nos messages de soutien et entonnons des chants anti-carcéraux avant de rentrer, le cœur gros et léger à la fois…

Sooo SO !

Solidarité 

Avec les Enfermé.es

Du monde entier !

On pense à vous <3

A l’avenir, nous allons continuer de témoigner notre soutien aux personnes incarcérées et lutter contre le système carcéral, condition d’existence du système capitaliste.

Si vous aussi vous voulez témoigner votre soutien aux personnes à l’intérieur ou à une personne plus spécifiquement, n’hésitez pas à contacter l’émission de radio 94° à l’ombre au 02.99.52.77.66 Tous les dimanches de 10h à 11h30, les messages seront diffusés entre 12h et 14h sur Canal b (fréquence 94MHz).

Si vous souhaitez vous impliquer plus directement et fréquemment, n’hésitez pas à vous joindre à nous. Les pierres des prisons sont nombreuses !

Rejoignez le CRAC !

[email protected] 

(1) https://www.champsdejustice.fr/prison-jacques-cartier-dhier-a-demain-du-demenagement-aux-champs-de-justice/

(2) https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/rennes-une-exposition-consacree-aux-40-ans-de-l-abolition-de-la-peine-de-mort-couverte-de-tags-1633803909




Source: Expansive.info