Pour que la descente du roi en province qui accueille ses préfets africains se fasse dans un calme propre et diplomatique, le centre ville a été divisé en trois zones [1] : rouge, autorisée aux résident·es et commerçant·es sous présentation d’un document d’identité, document justifiant l’accès et d’une fouille et palpation ; bleue, autorisée à tou·tes sous présentation d’un document d’identité et d’une fouille et palpation ; et blanche, libre.

Tout l’après-midi, c’est le défilé des voitures vitres teintées, encadrées par des flics en moto, des cars de CRS, des cars de GM, les voitures de mili du vigipirate, un flic plancton qui surveillera un parc toute l’après-midi (si, si, on l’a vu pendant des heures, debout, là, tout seul et sans relève !). On retrouve évidemment des flics plantés aussi au niveau des péages et ronds-points de sorties d’autoroutes. L’hélico rôde et la circulation est difficile pour rejoindre le centre ville bunkerisé. Y a du monde en service, on sent qu’y a du gratin à protéger.

A 12h a eu lieu une première manif de la diaspora africaine contre le sommet du G5 Sahel. L’information n’a malheureusement pas trop circulé sur les réseaux, ce qui donnait l’impression que la seule manifestation contre le G5 Sahel était celle programmée à 18h devant la Préfecture par les organisations syndicales et politiques. Ce fut bien dommage. Depuis maliweb, on peut lire que :

En marge du sommet du G5 Sahel, la diaspora africaine de la France a organisé hier une marche pacifique dans les rues de Pau. En plus des ressortissants des cinq pays du sahel, la manifestation a enregistré la participation de plusieurs autres nationalités dont des ivoiriens, des sénégalais, des camerounais, des algériens et même de l’Afrique du sud et d’Éthiopie. Les marcheurs ont réclamé une clarification de la France par rapport à la situation dans le sahel. Tout au long de l’éternitaire, ils ont appelé à la liberté. Sur des banderoles, on pouvait lire : “Marionnettes africaines au service du système français. Tenez compte de ; l’avis de votre peuple ou dégagez”. “Les chefs d’Etats du Sahel sont des préfets, qu’ils disent la vérité”, “Non à l’impérialisme, à la dictature, au néocolonialisme”, etc. Les manifestants ont fait plus de 500 ou 800 km pour participer à cette manifestation.

Au parc Beaumont, vers 15h30, on assistera à des contrôles d’identité, fouilles et palpations bien humiliantes, pour que patte blanche soit faite au passage de Monsieur le Président de la République. Alors que circulaient séparément un binôme de schmitts avec des chien·nes tenu·es en laisse sous musolière, et un peu plus loin un autre binôme de policières à cheval. Ca sent la grosse pression psychologique sur les habitant·es et passant·es de Pau : va falloir se tenir à carreaux et filer droit, pas une seule barrette de shit ne doit dépasser.

Deux minutes après le début de leur ballade, un·e chien·ne renifle et bondit violemment, plein·e de bave, sur un passant d’un groupe de quatre-cinq personnes. Va falloir fouiller et contrôler. Histoire d’avoir du renfort, déboulent rapidement les deux policières à cheval, des flics piétons et un joli faux couple hétéro de flics en civil. Le contrôle et la fouille de ces personnes (noires de peau) durera pas loin de quinze minutes avant de se terminer sans arrestation. Sait-on jamais, ces passant·es du parc Beaumont pourraient bien perturber la venue du Seigneur Macron et de ses disciples françafricains, à quelques 2,5km de là. C’est préventif, on sait jamais, hein. Une population bien cadrée, c’est tout c’qu’on souhaite : la peur face à un·e chien·ne agressif·ve qui te saute dessus, la venue de près de dix policier·es dont deux à cheval, et les éventuels traumat’ que ça peut opèrer, ça, c’est pas notre souci.

Une ballade un peu plus loin au centre ville nous amène vers 17h devant le local autogéré de Libertat « La Tor deu Borrèu », où une banderole contre l’impérialisme français est descendue et où on entend au mégaphone, relié à la sono divers slogans anti-macron et anti-autoritaires (« A bas l’Etat, les flics et les fachos ! » ; « Macron dictateur » ; « .. on va tout casser chez toi !! ») avant de voir débouler des escaliers de la rue des flics en civil ou en uniforme afin de « garder l’ordre public ». Une cinquantaine de keufs va par la suite défoncer la porte sans mandat, se jeter violemment sur les militant·es présent·es, se saisir de toutes les enceintes visibles et embarquer six militant·es au commissariat. Les personnes seront relâchées au bout de 4h15 de garde à vue, pleine de vices et de confusions et celleux resté·es dehors se sont vu·es interdire d’avance l’accès de la zone de sécurité « bleue » et faire l’objet d’une attention particulière de la part des forces de répression. Un communiqué plus détaillé de la part de Libertat a été publié le soir-même.

Vers 17h, au même moment, au niveau de l’église St Jacques, un joyeux raffut se fait entendre dans la rue voisine : une groupe de gentes directement concernées par la françAfrique et determinés passe à vive allure en criant « Aba(t)s ! Aba(t)s la françAfrique !! », suivi par un troupeau de keufs désorganisés.

Le rendez-vous de 18h devant la Préfecture, en zone blanche mais limite de la zone bleue n’a a priori pas laissé place à des contrôles ou des fouilles. On y retrouve un rassemblement (et non une manifestation) de 700 à 1000 gentes selon la presse locale, ce qui est peu pour un rassemblement contre un sommet aussi crade et douloureux que le G5 Sahel [2], mais pas tant au vue de l’orga de cette manif dont la comm’ s’est faite 3 jours avant. On peut y voir pas mal de personnes avec chasuble jaune, des drapeaux bleu blanc rouges et des insignes syndicalistes ou politiques. L’ambiance est plutôt au boucan en frappant sur diverses casseroles et objets métalliques, avec en arrière fond un camion sono. On entend aussi divers slogans Gilets Jaunes, anti macron et pour le retrait de la réforme de la retraite à point. D’ailleurs, des flyers pour une pétition contre cette même reforme circulent parmi les gentes. En fait, on assiste au même type de manif syndicale qu’on se bouffe depuis le 5 décembre – la présence de macron dans la ville en plus. La dernière prise de parole demandera de continuer la mobilisation et le combat, mais pas celui contre le néocolonialisme ni l’impérialisme français. Drôle d’ambiance, pour nous qui pensions être venu·es pour une manif contre le G5 Sahel, la présence militaire de la fRance en Afrique, les intérêts économiques qui découlent du système de la françAfrique, l’industrie minière dont l’extractivisme de l’uranium au Niger (énergie nucléaire), etc.. Des brochures ont pourtant été distribuées de main à main sur les sujets mentionnés just’avant [3]. Au bout d’un certain temps de rassemblement, des gentes se sont finalement avancées vers la ligne de bleus, prétextant le droit de manifester. Le passage leur sera refusé, apparemment sans heurt ni gazage.

D’une manifestation contre le G5S, comme annoncée sur Occitania Arroja, il fallait comprendre rassemblement contre macron et sa dernière réforme. A 18h, il n’y a eu aucune prise de parole dénonçant la présence française au Sahel et la politique néocoloniale et impérialiste qui y règne encore aujourd’hui, et il n’y a eu aucun lien de fait avec les personnes directement concernées (une convergence aurait pourtant pu avoir lieu au motif de « Unissons-nous pour dégommer tous ces dictateurs ! »). Bref, cette manif a été une fois de plus une récupération politique par manque de politisation générale. Mais si ces événements restent encore de sombres déceptions, ils permettent la rencontre de certaines personnes avec qui nous partageons des valeurs, des colères et des utopies communes, et ainsi d’étendre toujours plus le réseau anti-autoritaire.

Soit dit en passant, que l’info circule déjà.. un sommet fRance-Afrique est organisé à Bordeaux le 4-6 juin prochain [4].

QUE CREVE LA FRANCAFRIQUE ET SON MONDE !


Article publié le 19 Jan 2020 sur Iaata.info