Novembre 2, 2020
Par Rebellyon
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Alors que la législation anti-squat se durcit (loi ASAP), et que les expulsions se multiplient, à Lyon, mais aussi partout en France,, retour sur des violences policières à la limite de la torture lors de l’expulsion de la clinique de l’Union, il y a de cela plus d’un an…

Le 31 août 2019, l’ancienne clinique de l’Union, à Vaulx-en-Velin, était occupée par plusieurs collectifs lyonnais de soutien aux exilé.e.s. A ce moment là, l’Amphi Z, occupé depuis janvier 2018 (suite à une première occupation de la fac de Bron), doit prochainement être expulsé, et la préfecture ne propose, évidemment, aucune solution.

L’ouverture de l’ancienne clinique est rendue publique le 4 septembre, et les flics se pointent rapidement. Ils commencent par repousser les gens venus soutenir l’occupation qui se trouvent autour du bâtiment à coups de gazeuzes et de boucliers, puis rentrent dans la clinique, et encerclent les occupant.e.s. Ces dernier.e.s se rassemblent sur une partie surélevée du toit.

À la tombée de la nuit, après plusieurs heures passées en plein soleil, on se dit que les flics n’oseront pas monter pour déloger les exilé.e.s et les soutiens sur le toit. Mais on a tort, les flics installent une échelle et “montent à l’assaut”, matraque à la main. De loin, on aperçoit les flics tabasser les gens pour les dégager. Une vidéo, relayée par plusieurs médias lyonnais, montre la violence des coups.

Un témoin nous raconte la scène de l’intérieur.

« On est là depuis un moment, les flics commencent à arriver dans l’après-midi, on se réfugie sur le toit, et assez vite ils nous insultent directement, nous prennent à partie personnellement. »Toi, là, on va te péter les dents”. Il y a une trentaine de flics, ils ont déjà vidé l’espace pour faire partir les soutiens, ils ont appelé les pompiers qui sont venus avec le camion grue. Les pompiers ont placé des sortes de gros airbags autour du toit, sur lequel on est bien resté 4 ou 5 heures. On était en haut d’une cage d’escalier, ou d’ascenseur, environ 50 personnes sur 10 ou 15 mètres carrés, on voit ça bien sur la vidéo. D’un côté il y a 20 mètres de vide, de l’autre 4 mètres.

Les échanges avec eux sont super tendus : ça commence par « descendez vite, ça va mal se passer », puis je leur parle de ma grand-mère, qui était résistante, et leur dit qu’elle aurait honte. Un des flics répond :

« Je la baise, cette salope ».

Au début, les flics cherchent à nous faire descendre par nous-mêmes, ils ramassent des sacs qu’on a pas eu le temps d’emmener sur la plateforme et se mettent à jeter leur contenu (nourriture, duvets, sacs à dos) par-dessus le toit, en nous disant « Allez en Afrique, on gâche pas, vous allez descendre chercher ça non ? ».

Ils ont amené des échelles, on a remonté les nôtres et on se protège derrière. Finalement ils arrivent à grimper, à coups de matraque, on est à plus de 4 mètres du toit, les gens descendent comme ils peuvent, s’accrochent aux antennes à bout de bras… C’est hyper dangereux. Il y avait des gens qui tombaient et qui se faisaient matraquer une fois au sol par les autres flics en contrebas. En haut, les flics nous mettent des coups de pied pour qu’on tombe. Mais aussi des coups de poing, et des coups de gazeuse. Voilà ce que c’était leur « sécurisation » !

Je finis par descendre, on me dit « enlève ton sac à dos », je le pose au sol et un des flics le balance par-dessus le toit, je ne le récupérerai jamais. J’avais toutes mes affaires dedans. Là ils m’ont hurlé de me coucher par terre. J’ai obéi. Un flic m’a demandé si j’étais droitier ou gaucher. J’ai répondu que j’étais gaucher, et là il m’a pété le bras gauche. Il a mis mon bras dans un angle pas possible et m’a démis l’épaule, l’os de mon épaule faisait une boule sous le tee-shirt. Je hurle, il me menotte comme ça, avec le bras dans le dos tout de travers.

Là c’est une pluie de coups sur le dos, la tête. Ils nous ont alignés sur le toit, les uns à côté des autres sur le ventre, et un policier s’est mis à faire des aller retour sur nos têtes, nos nuques. Il nous marchait dessus.

Un des flics s’approche de moi, et me dit « Tu me reconnais ? », je l’avais charié sur la taille de ses bras, en disant que ça servait à rien de faire de la gonflette… Il me passe un bras autour du cou, en me disant « et maintenant tu les sens mes gros bras ? », il me relève en m’étranglant, il serre fort, et me dit « tiens, regarde mon collègue ». Je relève la tête tant bien que mal et son collègue me met une grande droite, en criant « Arrêtez de lutter Monsieur », « Arrêtez de désobéir ». Il cherche à se couvrir pour les caméras. Je crie que je ne fais rien, que je ne lutte pas, qu’il me laisse au sol, et il me relève à quatre reprises pour que son collègue me mette une pêche. A côté de moi, je voyais les copains qui se prenaient des coups, qui se faisaient piétiner le visage.

Ensuite on nous fait descendre une deuxième petite échelle vers un deuxième balcon « tu descends, regarde ce qui va t’arriver en bas », je vois un camarade plus bas se faire défoncer. Je leur dis que je ne peux pas descendre avec les menottes dans le dos. Il m’enlève une menotte, je descends l’échelle. Je me prends à nouveau une pluie de coups, et ils me tirent à nouveau violemment le bras vers l’arrière, toujours démis. Je sens mon bras claquer une deuxième fois quand le flic me remet les menottes.

Je suis remis au sol, un policier est à genoux sur ma nuque, il me tire les cheveux en arrière et me dit « On t’avait dit qu’on allait te péter les dents », et il me claque la mâchoire au sol super violemment, plusieurs fois.

Aujourd’hui j’ai quatre dents de sagesse pétées, et une dent de devant.

Là j’entends un pote gueuler : un flic le tient par les cheveux et lui frotte le visage contre le mur en crépi, sur 2 mètres.

Ils finissent par nous descendre dans la rue. Je croise des pompiers, je leur demande de l’aide. Ils répondent : « Non ». Ils nous regardent dans les yeux et ils refusent.

On nous aligne encore par terre. Les flics disent aux habitants qui assistent à la scène, qu’ils peuvent venir nous taper s’ils veulent. Personne ne s’approche.

Un flic nous dit « vous avez de la chance, je vous ai seulement blessé, d’habitude je les tue. » Plusieurs personnes ont entendu ça. Dans le fourgon de police, les flics rient quand ils m’entendent hurler de douleur. J’arrive à Marius Berliet (commissariat central, du 8e, où passent de nombreux gardés à vue avant, parfois, d’être redispatchés dans d’autres comico), j’ai extrêmement mal au bras.

Une OPJ m’accueille en me disant « Oh, on a un petit bobo ? Fais voir ça ? », je lui présente mon épaule, qui fait un angle super bizarre, je vois qu’elle a un mouvement involontaire de recul, et puis elle dit quand même « Mais c’est rien du tout ça ». Ils me mettent en cellule de tri, j’ai les doigts qui virent au violet, noir, et le visage livide, d’après les autres. Je demande à être soigné.

A un moment, un flic me dit « Allez viens », je me lève et il se marre « eh bah non, fallait obéir, fallait descendre du toit quand on vous l’a demandé », « c’est nous les macs ». J’hallucine devant leur absence totale de gêne.

Deux heures plus tard les pompiers finissent par arriver. Je monte dans leur camion, accompagné par les mêmes flics qui m’ont tabassé, les pompiers insistent pour qu’ils me démenottent. Les flics refusent. Je me retrouve menotté au brancard. Je me suis déjà pris une grenade de désencerclement, je me suis déjà fait taper en manif, mais là c’est carrément pire. Ça s’arrête jamais.

Arrivés à l’hôpital Edouard Herriot, je me fais ausculter par un médecin, les flics sont toujours là. Ils me glissent « Si tu la fermes pas, je vais te mettre une bulle d’air ». Ils ajoutent : « T’as perdu, c’est nous qui avons gagné ! », si bien que le médecin finit par les faire sortir. On me fait un scanner, une IRM, deux radio, et je suis placé sous intraveineuse de Kétamine.

A mon réveil, le médecin me dit qu’il ne peut pas vraiment dire ce qu’il pense, qu’il a un devoir de réserve, mais qu’il me garde jusqu’à ce qu’une autre équipe de flics vienne prendre la relève. Apparemment les flics lui ont dit qu’ils avaient le droit de tirer dans le dos des gens qui s’enfuyaient. Ça a l’air de l’avoir fait suffisamment flipper pour qu’il me garde. Il me remet le masque à oxygène et me conseille de me rendormir.

Plus tard, il m’expliquera qu’il a peur de témoigner, qu’il a peur pour sa famille. J’ai 21 jours d’ITT et un trauma crânien.

Au petit matin, une autre équipe de flics arrive, ils ont l’air un peu choqué en voyant mon état. Je leur demande s’ils trouvent ça normal ce que leurs collègues m’ont fait. Ils répondent pas mais ont une expression qui veut dire qu’ils hallucinent. Je repars en garde-à-vue, pour un bon moment, en tout je fais 48 heures de garde-à-vue et je finis par atterrir enfin au TGI. La juge qui demande mon placement sous contrôle judiciaire me dit “Vous vouliez

aider des sans papiers ? Mais on s’en fout, ils peuvent crever.” Mon contrôle judiciaire m’interdit d’aller à Vaulx-en-Velin, et m’oblige à pointer toutes les deux semaines dans ma commune.

Je passe en procès pour outrage, rebellion, menaces de mort et violences aggravées, rien que ça. J’aurais mis un coup de pied latéral de ninja qui aurait touché 4 policiers. 4 policiers demandent des dommages et intérêts.

Au procès, le procureur juge « inadmissible » le fait d’être monté sur un toit, et d’avoir ainsi « mis en danger la vie de tout le monde », et ira jusqu’à prétendre que les policiers sont « choqués ». La juge n’a pas du tout envie d’écouter mon récit sur les violences que les flics ont commises. C’est un véritable déni, elle me dit sur un ton de reproche qu’il y aurait pu y avoir des morts, qu’heureusement que les policiers étaient là pour nous « sécuriser ».

Elle me méprise totalement. Elle refuse de voir les vidéos, en disant « On est pas dans une salle de cinéma ». Littéralement, elle ne veut pas voir ce qui s’est passé.

Je prends 8 mois avec sursis, et les 4 flics récoltent 100 euros chacun de dommages et intérêts.

La violence judiciaire redouble les violences policières. C’est super insidieux, ça vise à empêcher toute contestation sociale. J’ai porté plainte, mais j’ai pas vraiment d’espoir, t’as l’impression qu’ils sont tellement puissants et tellement soutenus par la justice que je pourrais me prendre un procès pour diffamation.

Le sursis, c’est une épée de Damoclès au-dessus de ta tête, clairement ça te dit : ferme ta gueule, sinon c’est la prison.

Aujourd’hui j’ai toujours des douleurs à l’épaule, et je n’ai toujours pas récupéré l’amplitude de mouvement. Il faut que je m’occupe de mes dents aussi…”

La plainte de cette personne n’a toujours pas été instruite.

Si vous souhaitez témoigner de violences policières, n’hésitez pas à nous contacter.

Nous savons pertinemment que le confinement laisse libre cours à l’arbitraire policier : soyons solidaires les un.e.s des autres face à la police !




Source: Rebellyon.info